Europe : La Commission de la dernière chance ?

28 février 2020
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Les équipes Affaires Publiques de JIN vous décryptent les faits politiques marquants, de Washington à Berlin, en passant par Londres, Paris et Bruxelles.

La séquence de renouvellement des instances européennes, initiée par les élections de mai 2019, suivies par l’installation du Parlement puis de la nouvelle Commission, a symboliquement trouvé son terme en ce début d’année avec le départ annoncé des députés britanniques, conséquent à la confirmation du Brexit.

Ce processus, marqué par de multiples péripéties, a permis de mesurer l’évolution des équilibres politiques au sein de l’Union. A commencer par un Parlement européen désormais morcelé, à l’image de nombreux parlements nationaux. Ainsi, le bipartisme majoritaire, qui était de rigueur depuis des décennies, n’est plus qu’un lointain souvenir, ouvrant la porte à une instabilité chronique.

La nouvelle Commission, confirmée dans la douleur, après que le Parlement ait écarté plusieurs des commissaires proposés par les États, à commencer par la candidate du président français, ne peut donc s’appuyer sur une majorité stable et devra, sans doute âprement, négocier avec les députés à l’occasion de chacune de ses futures initiatives, une majorité sur mesure.

Une fragilité intrinsèque qui n’empêche pas sa nouvelle présidente d’afficher des ambitions certaines. Qu’il s’agisse de la lutte contre le dérèglement climatique, pour lequel un vaste plan, chiffré à 100 milliards d’euros sur 7 ans, est annoncé, de la politique d’innovation numérique, mais aussi en matière de défense, l’Europe veut « faire la course en tête », annonce Ursula von der Leyen.

Parmi les autres chantiers auxquels elle promet de s’atteler, on notera un accord revisité sur la politique migratoire et d’asile, l’instauration d’un semblant de salaire minimum européen, ou encore une grande conférence inclusive sur l’avenir de l’Europe, dont les contours restent à dessiner.

Avant de mener à bien ces beaux projets, elle devra toutefois commencer par résoudre quelques équations aussi complexes que les négociations sur les relations futures entre l’Union et le Royaume-Uni, qui promettent d’être plus ardues encore que celles menées ces deux dernières années, ou d’obtenir des chefs d’État et de gouvernement un accord sur le budget de l’Union pour les prochaines années, alors que celui-ci sera désormais amputé de la contribution britannique.

La bataille de chiffonniers à laquelle on a assisté la semaine dernière, lors du sommet extraordinaire convoqué pour résoudre cette équation budgétaire, et qui a vu s’affronter les « frugaux », soucieux de limiter leur participation financière, et les « amis de la cohésion », attachés aux programmes redistributifs tels que la politique agricole commune ou les fonds de cohésion dont bénéficient les États les plus pauvres, augure mal d’une dynamique positive.

Sachant qu’on s’étripait là autour de quelques décimales, derrière la virgule d’un budget européen aujourd’hui limité à 1% seulement du produit national brut continental, jusqu’au refus pour certains de s’asseoir à la même table pour en discuter, il y a de quoi désespérer de la capacité des dirigeants européens à se projeter dans l’avenir, en dépit des ambitions affichées. Ceux qui misaient sur une cohésion retrouvée, après le départ des trublions britanniques, en sont pour leurs frais.

Il feraient bien toutefois de ne pas oublier que, si la poussée eurocritique a été contenue en mai et que les partis populistes n’ont pas su s’accorder pour peser au sein du Parlement, ils restent en embuscade dans plusieurs pays, et pas les moindres. En Italie bien sûr, où l’on ne peut exclure le retour au pouvoir de la Ligue à l’occasion d’une nouvelle crise gouvernementale, mais aussi en France et même en Allemagne, où l’extrême droite continue de développer d’un scrutin à l’autre sa base électorale, déstabilisant progressivement une CDU par ailleurs confrontée à la difficile succession de la Chancelière.

A défaut, plutôt que de permettre la nécessaire refondation d’une Union fragilisée, si l’on veut affronter ensemble les défis gigantesques des prochaines décennies, le départ des Britanniques risque de n’être que la première étape d’un processus de déconstruction systémique, qui pourrait bien faire voler en éclat un demi-siècle d’efforts pour unir le continent.

Cette mandature pourrait bien être celle de la dernière chance.

1 – Parlement : la fin du bipartisme

Les élections du printemps 2019 ont engendré un Parlement européen fragmenté où, pour la première fois, le duopole constitué par les deux grands blocs du Parti populaire et des sociaux-démocrates ne rassemble plus à lui-seul une majorité de députés. Il leur faudra désormais composer en particulier avec les groupes libéraux-démocrates et écologistes, renforcés par le scrutin. Imprévisibilité et négociations serrées sont à attendre.

2 – Top jobs : les nouveaux visages de l’Europe

Il aura fallu bien des péripéties pour composer le casting des nouvelles instances européennes. Du refus d’Emmanuel Macron de se soumettre à la logique des Spitzenkandidat, bloquant la nomination du chef de file allemand du Parti Populaire Européen à la tête de la Commission, jusqu’au rejet par le nouveau Parlement de plusieurs commissaires, à commencer par celle proposée par la France. Qui sont in fine les principaux visages de cette nouvelle équipe européenne?

3 – Les grands chantiers de la nouvelle Commission

Lutte contre le changement climatique, stratégie numérique européenne, intelligence artificielle, gestion des migrations, tensions commerciales avec les Etats-Unis, règles sur la concurrence, salaire minimum européen, vieillissement démographique, préparation du nouveau budget… La nouvelle Commission a du pain sur la planche. Quels sont les principaux chantiers auxquels elle promet de s’atteler ?

4 – Budget européen : l’impossible équation ?

Le sommet extraordinaire consacré en février au budget européen s’est soldé par un échec. Les négociations entre « frugaux » et « amis de la cohésion » n’auront pas permis de résoudre la quadrature du cercle : donner à l’Europe les moyens de ses ambitions, alors même que son budget se voit amputé de la contribution britannique. Timidement, la Commission envisage par ailleurs un assouplissement du pacte de stabilité, afin d’encourager une relance de l’investissements public dans les Etats qui disposent de marges de manœuvre.

5 – Banque Centrale : vers une nouvelle politique monétaire ?

La nomination de Christine Lagarde, ni économiste ni banquière centrale, à la tête de la BCE à été accueillie avec scepticisme par les spécialistes de la politique monétaire. Un choix jugé plus politique que technocratique. Sa capacité d’écoute et de dialogue a depuis été saluée. En décembre, elle a annoncé une « revue stratégique » de la politique monétaire, une première depuis 2003, et affiché sa volonté de faire de la question climatique un élément fondateur de son action.

6 – Une « conférence » pour réformer l’Union avec ses citoyens

Impulsé par Emmanuel Macron, le projet d’une grande « conférence sur l’avenir de l’Europe » a été reprise à son compte par la nouvelle Commission. Il s’agira à la fois de donner la parole aux citoyens et de résoudre des questions institutionnelles pointues afin d’améliorer le fonctionnement démocratique de l’Europe. D’autres thèmes pourraient être abordés comme le rôle de l’Europe dans le monde, le changement climatique, la numérisation ou encore l’immigration. Ses contours restent pour l’heure assez flous.

7 – Après le Brexit, un nouvel élargissement ? On a pas fini de négocier…

Le Brexit acté, avec le départ des députés britanniques du parlement européen, les négociations ne font pourtant que commencer concernant l’accord final qui régira, ou pas, les relations futures entre la Grande-Bretagne et l’Union. Alors que les Britanniques s’en vont, d’autres candidats à l’adhésion frappent à la porte de l’organisation, qui semble désormais entrouverte.

 

Parlement : la fin du bipartisme

Une bombe à fragmentation politique a été lâchée sur l’Europe, Le Monde par Sylvie Kauffmann

« Cette neuvième élection du Parlement européen, c’est le scrutin qui démolit tout sur son passage. Et les répliques n’ont pas fini de se faire sentir. Partout, les états-majors politiques tremblent sous l’effet de ce choc multiple. Certains s’effondrent, d’autres émergent, quelques uns parviennent à rebondir. Rarement les Européens auront été autant à l’unisson : les électeurs de l’Union ont beau avoir voté sur des critères nationaux, ils ont glissé le même message dans les urnes, un message de défiance à l’égard des grands partis traditionnels et un irrésistible désir de renouveau. Plus nombreux que prévu à participer à ce vote dont on disait qu’il n’intéressait personne, les citoyens européens ont convergé pour composer à Bruxelles un Parlement à l’image du paysage politique bouleversé dans la plupart de leurs pays : éclaté, pluriel, en pleine mutation politique.

[…] Ce Parlement ne sera plus régi par le duopole droite-gauche, représentés par les deux grands blocs du Parti populaire et des sociaux-démocrates, qui ont perdu la majorité. Un bloc centriste-libéral, dont les députés français fourniront le plus gros apport, est venu troubler l’ordonnancement très « vieux monde », tout comme le groupe des Verts, gonflé par la puissante dynamique écologiste, qui en fait désormais une force déterminante : c’est de ces deux pôles que soufflera le vent nouveau. A eux d’articuler le changement de système auquel aspirent les électeurs.

[…] Il va falloir trouver d’autres moyens de forger des compromis, sur de nouveaux clivages. Le clivage droite-gauche est-il voué à disparaître ? Probablement pas. […] Mais d’autres divergences vont se superposer : le clivage entre les forces politiques favorables à l’ouverture sur le monde et celles qui préfèrent le repli ; ou le clivage entre les partisans d’une intégration plus poussée de l’UE et ceux qui privilégient une Europe des nations. […] Des sujets majeurs, comme le climat, l’immigration ou la protection sociale, recouperont des clivages différents. L’ex-diplomate et chercheur Pierre Vimont prévoit que « l’extrême fluidité » de l’évolution des groupes politiques entraînera un jeu de coalitions ad hoc, qui se feront et se déferont en fonction des projets discutés au Parlement. »

Parlement européen : un ménage à trois qui change la donne politique, Ouest France par Laurent Marchand

« Le résultat des élections européennes du printemps a changé profondément la nature des équilibres au sein du Parlement. Depuis 1979, les deux grandes familles de la droite (PPE) et de la gauche (S&D) détenaient, à deux, la majorité des députés. Dans le nouveau parlement, ces deux forces cumulées n’arrivent qu’à 44,9 % du nombre d’élus. La coalition à deux, sur le modèle de la Grosse Koalition qui gouverne à Berlin, n’a plus de majorité. Un troisième groupe, Renew Europe (RE) qui comprend les Centristes et les Libéraux, est devenu incontournable pour la constitution d’une majorité. Cela peut paraître un changement mineur. Il est en fait décisif.

[…] Avec une coalition à deux, les médiations reposaient essentiellement sur un accord, et donc un donnant-donnant, entre conservateurs et socio-démocrates. Un coup de fil du président de la Commission à la Chancelière et au patron des sociaux-démocrates européens pouvait suffire à éclaircir les positions.  Avec trois partis, la nouvelle Commission dirigée repose, de facto, sur un principe de coalition même si, pour l’heure, aucun accord politique de coalition n’a été signé.

[…] Dacian Ciolos, le patron du groupe Renew, estime qu’un nouveau mode de fonctionnement va être nécessaire. Avec, dit-il, une rencontre mensuelle entre la présidente de la Commission et les trois chefs de groupe, à Strasbourg ou à Bruxelles. « Il fut un temps où les chefs de groupe écrivait aux commissaires et n’avaient pas toujours de réponse », se souvient un ancien assistant parlementaire. « On mesure le poids pris par le parlement dans le processus de décision ».

Un Parlement européen devenu imprévisible : Le Figaro, par Anne Rovan

« En dépit de la large majorité qui a voté en faveur de la Commission d’Ursula von der Leyen, cette assemblée est bien plus imprévisible qu’elle ne l’était il y a cinq ans. L’élection de justesse, en juillet, de cette nouvelle présidente n’était pas qu’un mouvement d’humeur des eurodéputés après le refus des Vingt-Sept à choisir le chef de l’exécutif européen dans les rangs des spitzenkandidaten, c’est-à-dire des chefs de file des différents partis aux élections européennes. L’évolution à l’œuvre à Strasbourg est bien plus profonde.

[…] Trois phénomènes se conjuguent dangereusement. Il y a d’abord cette fragmentation du Parlement européen, prolongement logique de celle qui est observée dans les pays où les coalitions au pouvoir se sont multipliées ces dernières années. Le PPE et les S&D ont perdu la majorité qu’ils détenaient ensemble. Il leur faut désormais composer avec Renew. Ce fait nouveau rend la recherche de majorité beaucoup plus complexe.

[…] Mais là n’est pas le seul problème. Au sein même des groupes parlementaires, les positions se tendent de plus en plus. « La radicalité, que l’on observe au niveau national, se reproduit maintenant au Parlement européen, estime Martin Schulz. Ce n’était pas le cas avant. Il y avait bien sûr une aile gauche chez les socialistes et une aile droite au PPE, mais ce n’était pas aussi marqué. » Dans ce contexte, il est bien plus difficile pour les patrons des groupes parlementaires d’avoir la main et de faire observer une certaine discipline.

[…] Enfin, et cela n’arrange rien, près de 60% des eurodéputés n’ont jamais siégé à Strasbourg et ne connaissent donc pas les codes de cette institution où, comme au Conseil européen, rien ne peut se construire sans compromis. Un commissaire européen se veut toutefois optimiste. « Ce n’est que le début. Ils apprendront. »

Après le Brexit, les équilibres changent au Parlement européen : France Inter par Angélique Bouin 

« 73 eurodéputés britanniques ont fait leurs valises mais 27 seulement sont remplacés, les autres sièges étant conservés vacants pour un éventuel élargissement de l’Union européenne à d’autres pays. Et seuls les États qui étaient numériquement sous-représentés au regard de leur population ont de nouveaux élus. La France est de ceux-là. Elle récupère donc cinq sièges. […] Deux élus LREM siégeront dans le groupe centriste Renew. Un renforcement qui met la délégation française de la majorité présidentielle au même niveau que le RN, qui, lui, accueille un seul nouveau. […] À l’échelle européenne, c’est le PPE qui rafle la mise numériquement. La famille politique de droite et de centre-droit gagne cinq sièges et, avec 187 élus, demeure incontournable pour former des majorités. Les sociaux-démocrates perdent 6 sièges mais restent la deuxième force politique. Le départ de 11 britanniques Liberal Democrats ne fait pas reculer les centristes du groupe Renew, qui conservent leur troisième rang. […] Du côté des eurosceptiques, les élus britanniques du Parti du Brexit, qui consacraient une partie de leur temps de parole à vociférer contre l’Union, ont quitté le Parlement, mais ils étaient non-inscrits. Leur départ ne fait donc pas mécaniquement baisser le poids des groupes eurosceptiques. Au contraire, même, puisque le parti dans lequel siègent les élus du RN et de la Ligue de Salvini se trouve renforcé avec l’arrivée de cinq nouveaux. Ce groupe, baptisé « Identité et Démocratie », ravit même la quatrième place aux écologistes et régionalistes du groupe des Verts/ALE. En termes d’influence, même si le « cordon sanitaire » mis en place par les groupes pro-européens autour des eurosceptiques leur bloque l’accès à certaines responsabilités dans les Commissions parlementaires, ce nouveau rang pourrait les servir politiquement dans le cadre de la distribution des temps de parole ou l’obtention de rapports parlementaires. »

Top jobs : les nouveaux visages de l’Europe

Les 27 visages de la Commission von der Leyen :  La Tribune par Anne-Laure Mondesert

« Un nombre record de femmes, un commissaire de 29 ans, 8 anciens et 19 nouveaux venus : tour d’horizon de l’équipe dirigée par Ursula von der Leyen »

Ursula von der Leyen, l’éclosion de « Petite rose » : Le Point par Romain Gubert

« Ursula von der Leyen surprend ceux qui, avec pas mal de condescendance et surtout de machisme, la considèrent comme une simple créature d’Angela Merkel. Ou, avec plus de mépris encore, comme une mère de sept enfants tombée en politique un peu par hasard et surtout par la grâce de sa naissance privilégiée. Son père, Ernst Albrecht, fut longtemps ministre-président chrétien-démocrate de Basse-Saxe. Un chef à poigne très conservateur, qui dirigea son Land avec une rigueur toute protestante.

[…] Tout semblait écrit pour celle que ses parents surnomment Röschen, « Petite rose », pour son teint transparent, sa taille menue et ses manières délicates. Dans cette famille de Hanovre, il n’y avait guère de place pour la fantaisie. Culte le dimanche matin, musique en famille le soir après le dîner. […] Ursula s’occupe de ses enfants. Le couple en aura sept, un chiffre ahurissant dans un pays où le taux de natalité atteint péniblement 1,3 enfant par femme. Tout en élevant sa progéniture aux Etats-Unis, où elle et son mari s’installent quelques années, Ursula von der Leyen, diplômée en économie, étudie la gynécologie et suit des cours en auditrice libre à la prestigieuse Université Stanford, où elle décroche un master en santé publique.

[…] Quand les Von der Leyen rentrent en Allemagne à la fin des années 1990, Ursula entame une carrière politique fulgurante. En 2003, Christian Wulff, ministre-président CDU de la Basse-Saxe, lui demande de devenir ministre de la Famille du Land. « Il n’y a pas de manageurs plus efficaces que les mères de famille nombreuse ! » explique Ursula von der Leyen, alors que ses camarades de la CDU trépignent. Le sommet de sa popularité est atteint quand elle devient, en 2005, ministre, fédérale cette fois, de la Famille, des Personnes âgées, des Femmes et de la Jeunesse au sein du premier gouvernement d’Angela Merkel, qui l’a repérée.

[…] Après un passage au ministère du Travail et des Affaires sociales, elle est nommée en 2013 à la tête de l’armée allemande. Mais les choses s’y passent moins bien. D’abord parce que l’étoile de Merkel, son mentor, commence à pâlir sérieusement. Même au sein de son parti. Ensuite parce qu’à la suite d’un fait divers elle sermonne maladroitement ses officiers et part en guerre contre un « esprit de corps » qu’elle juge malsain. Ce que les militaires ne lui pardonneront pas. Elle est rattrapée par plusieurs scandales : elle n’aurait pas obtenu son doctorat dans les règles de l’art. Elle aurait commandé des études à des experts surpayés sans appel d’offres. Autre dossier embarrassant, la rénovation du voilier-école de la marine allemande dont les coûts ont explosé, passant de 9 millions à 135 millions d’euros et qui fait les choux gras de la presse depuis des mois.

[…] Ces derniers temps, même si Angela Merkel lui conservait toute sa confiance, Ursula von der Leyen n’était au plus au firmament et n’était plus considérée comme une possible alternative à Merkel. A tel point que sa nomination à la tête de la Commission est aujourd’hui particulièrement critiquée en Allemagne. »

Frans Timmermans : une conversion récente à l’écologie, Libération par Nelly Didelot

« Déjà l’un des poids lourds de la Commission sortante, le Néerlandais Frans Timmermans sera le pivot environnemental de la nouvelle équipe. En tant que vice-président exécutif, sa fonction est double : il supervisera le travail des commissaires liés au « Green Deal », notamment ceux à l’Environnement et à l’Energie, et il sera personnellement responsable du portefeuille du Climat. La conversion écologique de ce social-démocrate est relativement récente. En charge de l’Etat de droit et de l’amélioration de la réglementation au sein de la Commission Juncker, il s’était beaucoup investi dans la directive interdisant le plastique à usage unique d’ici 2021. Pour les européennes, Timmermans avait mené une campagne tournée vers l’écologie, appelant même à « voter vert » lors d’un débat télévisé aux Pays-Bas.

[…] « Son approche générale est bonne, il cherche à combiner la transition environnementale et la justice sociale, juge Clémence Hutin, des Amis de la Terre Europe. Mais Timmermans continue à souligner l’importance d’adopter de nouveaux comportements individuels, aux dépens du nécessaire changement systémique. » Le Green Deal qu’il doit piloter devrait faire avancer l’Europe vers la neutralité carbone, et organiser la transition des régions très dépendantes des énergies fossiles à travers la mise en place du Fonds pour une transition juste. Mais sa marge de manœuvre est réduite par la nouvelle structure de la Commission. Il n’aura pas la main sur les outils économiques nécessaires à la mise en œuvre de ses promesses, qui seront sous le contrôle de commissaires issus pour la plupart du Parti populaire européen. »

Thierry Breton, un homme pressé à la Commission européenne : Challenges par Paul Loubière

« Il faut savoir que Thierry Breton est habité par deux passions, deux idées fixes sur lesquelles il passe son temps à lire, à relire, à argumenter, à se documenter : la mécanique quantique et la dette publique. Les deux thèmes n’ont a priori rien de commun. Thierry Breton y consacre plusieurs heures par jour. Le matin au réveil, il fait du rameur ou du vélo d’appartement, des écouteurs sur les oreilles. De la musique ? Que nenni ! Il écoute des podcasts, des « émissions en rediffusion », comme il préfère les appeler. Invariablement, son thème de prédilection est le monde quantique. Qu’il s’agisse de l’histoire des sciences, des aventures du chat de Schrödinger, des relations d’incertitude de Heisenberg ou des inégalités de Bell, il dévore. Surtout, il observe de près la révolution qui se produit sous nos yeux, avec l’inéluctable avènement de l’ordinateur quantique, son dada quand il était PDG d’Atos.

[…] Protestant, ancien élève de l’Ecole alsacienne, diplômé de Supélec, il ne se livre pas facilement. Sur sa famille, il ne dit rien. Tout juste admet-il avec un brin de fierté d’Européen convaincu : « Mes petits enfants sont allemands », car sa fille vit à Berlin avec son mari allemand. « C’est vrai qu’il n’étale pas sa vie privée, reconnaît son ami Jean-Pierre Raffarin. Il peut paraître austère mais en réalité il est gai, positif, de bonne humeur. C’est une intelligence qui cherche une solution, il n’est jamais désespéré. » Son entourage reconnaît qu’il y a une forme d’ascétisme chez lui. Il ne consomme pas d’alcool, surveille son corps. Il estime que, quand on a de grandes responsabilités, il faut faire attention à son énergie vitale et avoir une éthique adaptée. On comprend mieux, alors, son engouement pour tout ce qui touche à la dette publique. Sur ce sujet rapidement polémique, il prend facilement des accents de tribun. Et ne perd pas une occasion de rappeler l’importance de la convergence franco-allemande en matière d’endettement. Il ne pardonne pas à Nicolas Sarkozy d’avoir fissuré l’euro en optant délibérément pour une politique budgétaire opposée à celle de l’Allemagne.

[…] Le 1er décembre, il a gagné : il est officiellement intronisé commissaire européen au Marché intérieur, à l’Industrie, la Défense, l’Espace et le Numérique, l’un des plus gros portefeuilles de la Commission et le seul à avoir autorité sur trois directions générales. A peine nommé, certains ont tenté de le mettre au pas en lui collant un directeur de cabinet allemand. Pas question pour le bouillonnant commissaire de se faire imposer quoi que ce soit. Il choisit Valère Moutarlier, fin connaisseur des rouages de Bruxelles, où il travaille depuis plus de treize ans. Mais l’aventure européenne ne sera pas une sinécure. Il lui faudra maîtriser l’art du dialogue et la diplomatie. Or, malgré sa politesse apparente, à Bercy, il a laissé un souvenir mitigé. « Il savait être cassant, se souvient un de ses collaborateurs, mais il le faisait avec bonhomie, ce qui fait qu’on avait du mal à lui en vouloir. » L’homme sait convaincre. « Sa force est d’être capable de transformer des suites de chiffres en récit, confie un proche. Il sait bâtir une histoire là où d’autres ne voient qu’un tableau Excel. Il raconte un bilan comptable ou la dette publique comme s’il s’agissait d’un thriller, de sorte que tout le monde est porté à aller dans le même sens. »

Thierry Breton, un iconoclaste qui rêve d’Europe : Le Figaro par Jacques Olivier Martin

« Mi-homme d’affaires, mi-homme politique ; un peu romancier, un peu enseignant. Thierry Breton est un personnage à part dans un monde qui se plaît à ranger chacun dans une case. Il le sait, il s’en moque, il en joue. Il déconcerte à dessein. Interrogez-le sur les retards de l’Europe en matière technologique, il vous livre son projet pour lutter contre la désertification économique et intellectuelle des territoires. Sondez-le sur l’intelligence artificielle, il vous explique que la révolution à venir, c’est l’informatique quantique. Parlez-lui dette, il vous répond financement de la défense européenne. Thierry Breton est à sa manière un maître queux: chaque jour il râpe quelques concepts économiques qu’il agrémente avec des défis politiques, et saupoudre le tout de technologies. À défaut d’être forcément bons, les plats du Creusois d’adoption sont toujours originaux et variés.

[…] Avec Thierry Breton à sa table, Ursula von der Leyen accueillera un commissaire qui saura faire paraître courtes les soirées dans l’immeuble du Berlaymont. L’homme aime raconter ses multiples vies. Celle de Bercy ne déplaira pas à la présidente de la commission allemande. Der Kommissar Breton est en effet l’un des premiers, parmi les ministres, à avoir réellement tiré la sonnette d’alarme sur la dette publique en s’appuyant sur un rapport réalisé par Michel Pébereau, le grand sage de la banque. À l’époque, le ministre de l’Économie, de l’Industrie et des Finances est effaré, la dette française vient de franchir les mille milliards d’euros. Il la comprime… mais dix ans plus tard, elle a plus que doublé. Les meilleurs rapports, la détermination d’un ministre, et les grosses voix de Bruxelles n’y changent donc rien : en France, la maladie de la dépense publique compulsive semble incurable.

[…] Son premier fait d’armes, c’est la publication en 1984 (il a moins de 30 ans) de Softwar, un roman d’anticipation audacieux ou « les bombes logiques », des virus en quelque sorte, sont envoyées derrière le rideau de fer pour faire tomber l’Union soviétique… Rien de moins. […] Il écrira d’autres romans, mais c’est dans l’entreprise qu’il se fait une réputation. Avec l’aide des politiques d’ailleurs. En 1997, le gouvernement nomme ce disciple de René Monory à la tête de Thomson, l’entreprise qui ne valait qu’un franc à son arrivée et 100 milliards de francs une poignée d’années plus tard. Le gouvernement lui offre en 2002 la présidence de France Télécom, champion puissant, mais surendetté.

[…] Après son passage à Bercy, il part enseigner le « leadsership » à Harvard. Il y croise notamment Larry Summers, un ancien secrétaire au Trésor de Bill Clinton, avec lequel il se lie, puis retourne dans le monde de l’entreprise. En 2008, il prend alors la direction d’Atos, une belle endormie. En une décennie, il va multiplier sa valeur par près de dix, jusqu’à réussir à la faire entrer au CAC 40 ! Nouvelle consécration. Nul ne peut contester sa légitimité en matière de politique industrielle, ni son engagement européen avec une place toute particulière pour l’Allemagne. Atos a repris 30.000 salariés et ingénieurs de Siemens et jeté les bases d’un vrai groupe franco-allemand, le deuxième plus important derrière Airbus.

[…] Autre cheval de bataille qui, là encore, colle à ses attributions : le numérique. Non pas parce qu’il a écrit des livres d’anticipation, mais bien parce qu’il s’est fait depuis des années le chantre de la souveraineté technologique européenne. Son credo ? Que les données soient non seulement protégées, mais qu’elles soient stockées et traitées en Europe, selon des modalités définies par les pays européens. « Il faut structurer l’espace informationnel, comme on a organisé par le passé l’espace territorial, l’espace maritime et l’espace aérien. Les Gafa ont tenté de faire du numérique un “no man’s land” dont ils écriraient la loi. C’est terminé », déclarait-il au Figaro il y a dix-huit mois. »

Margrethe Vestager, commissaire européenne ultrapuissante : Le Monde par Par Virginie Malingre

« Elle aurait voulu être présidente de la Commission. […] Mais Margrethe Vestager a su négocier la sortie : la commissaire à la concurrence sera à la tête de l’une des plus puissantes vice-présidences que l’institution communautaire ait connues. Sur le papier en tout cas : à ses fonctions actuelles, elle rajoute le numérique, avec comme mission de bâtir « une Europe prête pour l’ère numérique ».

[…] Celle que la presse anglo-saxonne a baptisée « la Reine viking » ou encore « la Valkyrie » s’est surtout fait connaître pour avoir obligé les stars de la Silicon Valley à payer des impôts auxquels elles avaient échappé avec la bénédiction des Etats concernés, en faisant de la concurrence une arme anti-optimisation fiscale redoutable. Au passage, elle s’est attaquée aux montages fiscaux luxembourgeois, irlandais ou néerlandais et s’est vue affubler par Donald Trump du sobriquet de « tax lady », ce qui, dans la bouche du président américain, n’est pas un compliment.

[…] Les « victimes » de la commissaire à la concurrence sont nombreuses. Starbucks, Fiat, Amazon, Engie, Amazon, Nike… pour n’en citer que quelques-unes. Mais le cas le plus emblématique reste à ce jour celui d’Apple, qui a dû rembourser 14,3 milliards d’euros à l’Irlande. […] Les actions en justice contre ses décisions sont nombreuses et Mme Vestager fait probablement la fortune de bien des cabinets d’avocats d’affaires. « Il y a eu des arrêts techniques, qui dans certains cas lui disent qu’elle est parfois allée un peu vite en besogne. Mais jusqu’ici, aucune décision de justice n’a remis fondamentalement en cause la philosophie de son action », juge l’avocat Benoît Le Bret.

[…] Pour autant, ce ne sont pas les amendes de Bruxelles, aussi importantes soient-elles, qui amèneront les géants de la technologie à revoir leur modèle économique. […] Dans ce contexte, cela fait des mois que la commissaire réfléchit à la manière dont elle pourrait s’y prendre pour avoir une action plus structurante. Ce nouveau portefeuille est une première réponse à ce qui est pour elle un impératif. Car il lui permet d’ajouter des flèches à son arc. « La concurrence n’est plus dans un silo, elle s’articule désormais avec le marché intérieur, la politique industrielle, ou encore les PME », dit-on à la Commission. […] Dans ce cadre, Mme Vestager va devoir s’atteler à la réglementation des plates-formes numériques. Ce sera le « Digital Service Act » et la question des données y sera cruciale. »

Charles Michel, un allié de Macron à la tête du Conseil européen : Les Echos par Alexandre Rousset

« Le natif de Namur a été choisi ce mardi comme président du Conseil européen en remplacement du Polonais Donald Tusk. Un poste hautement stratégique et diplomatique, dont la principale fonction est de faciliter les compromis entre les chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE. Une mission qui sied au parcours de Charles Michel. Car l’homme de 43 ans a été biberonné à la politique et à l’Europe. Son père, Louis Michel, a été leader du centre-droit belge avant de devenir ministre des Affaires étrangères. Il entamera ensuite une carrière de député européen et sera même nommé Commissaire à la coopération internationale de l’UE. […] En 1999, Charles Michel devient le benjamin de la Chambre belge à seulement 23 ans. L’année suivante, il est ministre des Affaires intérieures et de la Fonction publique. Au gouvernement, il s’illustre par ses réformes ambitieuses et polémiques sur la réorganisation de la vie politique et de l’administration. S’ensuivra une longue période d’allers-retours entre mandats locaux et nationaux avant de devenir en 2014 le plus jeune Premier ministre de l’histoire de la Belgique à 38 ans. A la tête d’une coalition de centre droit comportant quatre partis, Charles Michel a du mal à maintenir la stabilité de sa majorité et à imposer sa politique faite de rigueur budgétaire et de libéralisme économique. Une situation bancale qui éclate en décembre 2018, avec le départ des nationalistes flamands de la N-VA. Ce départ fait de Charles Michel un chef de gouvernement sans majorité et replonge la Belgique dans l’imbroglio politique, dont le pays n’est toujours pas sorti. Une impasse qui pousse le chef du gouvernement belge à regarder vers l’Europe. […] Prenant part aux négociations sur les nominations au sein de l’UE, Charles Michel avait listé fin mai ses priorités pour la future équipe dirigeante : « D’une part, la poursuite du travail pour le développement économique, d’autre part le recours à l’enjeu climatique comme une opportunité et enfin les dimensions de sécurité en Europe, à travers la défense ou encore une gestion plus efficace des questions migratoires. »

Christine Lagarde, choix controversé à la tête de la BCE : Le Monde par Eric Albert

« L’annonce de la décision a laissé les spécialistes de la politique monétaire dubitatifs. L’actuelle directrice générale du FMI n’est ni économiste ni banquière centrale, et elle se retrouve au poste de grand argentier de la zone euro, la véritable clé de voûte d’un système encore fragile. […] « C’est un peu curieux , parce qu’elle n’est pas connue pour être l’une des grandes penseuses de l’économie », estime une stratégiste d’une banque américaine. « Ça n’aurait pas été mon premier choix », renchérit, anonymement, l’analyste d’une grande banque européenne. « En cas de crise de la zone euro, je ne sais pas si elle aura l’autorité intellectuelle nécessaire », ajoute un autre.

[…] En nommant Christine Lagarde, les Vingt-Huit ont fait un choix politique plutôt que technocratique. L’ancienne ministre de l’économie de Nicolas Sarkozy, à la tête du FMI depuis huit ans, a l’immense avantage de très bien connaître les leaders européens. Elle est particulièrement appréciée de la chancelière allemande, qui lui a rendu hommage mardi : « Elle a été choisie parce qu’elle a pris un rôle de leader indiscutable au FMI, et je crois que, si elle peut faire ça, elle peut diriger la BCE. »

[…] Habituée des cénacles des grands de ce monde, passant de G20 en Forum de Davos, la « reine Christine » à l’indéniable élégance est devenue depuis une décennie une figure incontournable parmi les dirigeants de l’économie mondiale. Et sa capacité à manœuvrer, à éviter les pièges, lui a toujours servi. […] Ce profil suffira-t-il, si elle devait être confrontée à une nouvelle crise de la zone euro ? « Est-ce qu’elle sera capable de refaire un whatever it takes ?, s’interroge un analyste. Je ne suis pas sûr. Mario Draghi sera très difficile à remplacer. Son sens du timing, sa compréhension des marchés étaient uniques. »

La revanche de la procureure roumaine Laura Kövesi : Le Figaro par Thierry Portes

« Engagée dans la lutte anticorruption et sanctionnée par le pouvoir dans son pays, elle va diriger le parquet européen. […] La justice l’a emporté et l’État de droit forgé par les démocraties d’Europe de l’Ouest a prévalu. Voilà ce que représente la prochaine arrivée de la Roumaine Laura Kövesi au nouveau poste de procureur européen. À la tête du futur parquet européen, elle sera chargée de la lutte contre les fraudes aux subventions de l’UE, et du combat contre la corruption et le blanchiment de capitaux. Pour cette femme de 46 ans, c’est une victoire personnelle et un défi à sa mesure. […] Fille d’un procureur, cette native de Transylvanie, divorcée d’un Roumain de la minorité hongroise dont elle a gardé le nom, a dirigé la branche du Bureau d’enquête pour les infractions du crime organisé et du terrorisme de la ville de Sibiu. Elle est devenue, à 33 ans, la plus jeune procureure générale près la Cour de cassation, avant d’être nommée, en 2013, à la tête de la Direction nationale anticorruption. Au moment de son adhésion à l’Union européenne, la Roumanie a créé ce parquet pour satisfaire aux exigences anticorruption de Bruxelles. Et c’est Laura Kövesi qui a nettoyé les écuries d’Augias. À la tête de la DNA, elle fait tomber des chefs de gouvernement et par dizaines des ministres, des sénateurs, des députés, des hauts fonctionnaires… »

Les grands chantiers de la nouvelle Commission

Les chantiers européens d’Ursula von der Leyen : L’Express

« Migrations, Brexit, pacte vert, numérique, budget européen, règles sur la concurrence, tensions commerciales avec les États-Unis, montée des populismes… La nouvelle présidente de la Commission européenne devrait vite s’atteler à des chantiers plus ou moins urgents. »

La transition, nouveau credo de la Commission européenne : L’Opinion par Gilles Sengès

« La nouvelle présidente a donné le la avec son « Green deal », le projet phare de sa campagne devant le Parlement européen. Confié à Frans Timmermans, son premier vice-président exécutif en charge du climat et du « pacte vert » européen, le dossier représente un engagement de 1000 milliards d’euros sur dix ans. Tout le monde est mobilisé sur le sujet, à des degrés divers […] « C’est probablement notre meilleur moteur de croissance de demain », explique-t-on à Bruxelles. […] Thierry Breton planche par ailleurs sur une autre «  transition  ». Celle de l’exploitation des données et de l’intelligence artificielle, terrain sur lequel Bruxelles assure qu’il n’y a pas de fatalité et que l’Europe n’est pas en retard sur ces sujets. […] L’autre souci est de protéger la souveraineté de l’UE. «  Non seulement nous ne devons pas rater ces trains mais il faut encadrer ces nouvelles technologies, sachant que d’ici à 2050, il y aura 500 milliards d’appareils interconnectés ce qui va produire des flux de données inimaginables et poser des problèmes de sécurité géopolitique alors que les algorithmes peuvent, à terme, décider de notre vie », indique-t-on, en expliquant qu’il faut bâtir des garde-fous autour de ces domaines critiques. […] Le mouvement des « gilets jaunes » n’a pas seulement marqué les esprits en France. Il est évoqué au détour de chaque dossier. […] « On ne peut pas faire une transformation de cette taille en demandant aux citoyens européens de s’adapter. Il ne faut pas se tromper de message et éviter d’amener les gens d’avoir à choisir entre la fin du monde et la fin du mois. Le green deal va créer des emplois mais aussi en détruire ! » explique-t-on à Bruxelles, en assurant que parler ainsi n’est pas seulement du « politiquement correct ». Le mot « sécurité » se trouve désormais accolé quasi automatiquement à celui de « transition ». Il s’agit d’accompagner les pays, les régions et les particuliers les plus défavorisés à traverser cette période. »

Le « green deal » tous azimuts de la Commission européenne : Le Monde par Par Virginie Malingre

« Qu’il s’agisse de la politique énergétique, de l’industrie, des transports, des sols, de l’eau, de la construction, du commerce, de la recherche ou encore de la biodiversité et de l’agriculture, l’exécutif européen se veut sur tous les fronts de la transition écologique. Le « green deal » doit irriguer tout l’arsenal législatif et réglementaire de l’Europe. Au programme, entre autres, un objectif zéro pollution, la révision des normes d’émission pour les véhicules, des investissements dans le secteur ferroviaire afin que l’on puisse traverser le continent en train sans que l’avion s’impose, la mise en place d’un million de points de recharge de batteries… Au total, précise la Commission, au moins 25% du budget de l’Union devra, à terme, être consacré à la transition écologique. « Il faudra des investissements de 260 à 300 milliards d’euros par an, publics et surtout privés, pour arriver à la neutralité carbone en 2050 », complète Frans Timmermans.

[…] Au printemps 2020, la Commission expliquera comment elle entend inciter l’agriculture à être plus verte. Il faudra que « la réforme de la politique agricole commune reflète les ambitions du “green deal” » et soit donc adaptée à cet effet. Mais Mme von der Leyen n’a pas précisé les choses, alors que dans une version intermédiaire de son projet était évoquée la baisse de l’utilisation des pesticides chimiques de 50% d’ici à 2030. Cela étant dit, la Commission propose que 40% du budget de la PAC soit désormais affecté à financer des activités qui participent de la lutte contre le réchauffement climatique. En ce qui concerne les fonds affectés à la pêche, elle propose que ce pourcentage soit de 30%.

[…] Un fonds de « juste transition » de 100 milliards d’euros (entre 2021 et 2027) permettra d’aider les régions qui en ont le plus besoin, celles dont l’économie est la plus dépendante du carbone. Il se verra attribuer quelques milliards, moins de dix, qui proviendront du budget européen, le solde émanant des cofinancements nationaux, de la Banque européenne d’investissement et de l’agence Invest EU. Pour l’heure, et afin d’éviter les sujets qui fâchent, on ignore comment ce fonds sera financé.

[…]  Le « green deal » ne serait pas cohérent s’il ne s’accompagnait pas d’une révision de la directive sur la taxation énergétique, qui remonte à seize ans. Ce texte est, à plusieurs égards, contre-productif au vu des nouveaux objectifs climatiques de l’UE. Les Etats membres viennent de donner leur feu vert au principe d’une réforme et la Commission fera ses propositions en la matière en juin 2021. Le sujet promet d’être ardu alors qu’aucune réforme de la fiscalité ne peut se faire, en Europe, sans un accord à l’unanimité des Etats membres.

[…]  Un autre sujet promet de faire débat entre les Etats membres : la révision du pacte de stabilité et de croissance. Alors que la Commission doit en évaluer, en 2020, les forces et les faiblesses, elle s’interrogera sur la nécessité d’instaurer ou pas un traitement de faveur pour les investissements verts. Et la possibilité de ne pas comptabiliser dans la dette publique les emprunts que les Etats pourront faire à cet effet. Une perspective qui ne convainc pas, pour l’heure, les pays qui, comme l’Allemagne, sont attachés à la rigueur budgétaire. »

Le sort du Green Deal suspendu au vote du budget européen : Euractiv par Jorge Valero 

« La présidente de la Commission européenne a prévenu que le « Green deal » se solderait par un échec si les États membres refusaient d’octroyer des fonds suffisants aux régions et aux travailleurs touchés par la transition climatique. Face aux parlementaires européens réunis en séance plénière, Ursula von der Leyen a plaidé, le 12 février, en faveur d’un cadre financier pluriannuel ambitieux. […] Elle a prévenu les eurodéputés qu’elle « n’accepterait pas » une feuille de route qui ne garantirait pas l’octroi d’au moins 25% des fonds disponibles à la lutte contre le réchauffement climatique et à la dotation du Fonds de transition juste. »

Ursula von der Leyen ouvre un grand chantier sur l’immigration : L’Opinion

« La nouvelle présidente de la Commission a d’ores et déjà demandé au vice-président de la Commission Margaritis Schinas et à la commissaire chargée de l’immigration Ylva Johansson de sonder les Etats membres sur « différents volets de la question migratoire », prenant en compte que « tous veulent sortir de l’impasse et aller de l’avant ». Ursula von der Leyen pense que « nous devons élaborer un ensemble qui traite de la protection des personnes, qui clarifie qui est admissible à l’asile ou non et se penche sur la question des retours, qui prend en compte la protection des frontières extérieures et les relations avec les pays d’origine. Il nous faut aussi des outils juridiques pour la migration légale et la migration qualifiée ». Un ensemble de mesures seront ainsi proposées au printemps 2020. La nouvelle présidente défend la décision prise en 2015 d’instituer une répartition des réfugiés par pays, alors que la crise migratoire atteignait des sommets. […] Mais la méthode sera revue : « Les États membres ont décidé de rechercher l’unanimité, parce qu’ils pensaient que ce qui s’est passé en 2015, avec les quotas de migrants décidés à la majorité contre une partie des pays, avait été une grave erreur politique. Ces sujets sont tellement importants qu’il faut l’unanimité. »

Salaire minimum européen : le chantier périlleux de von der Leyen: La Tribune par Grégoire Normand 

« C’est un sujet qui risque de mettre le feu aux poudres dans les prochains mois. La présidente de la Commission européenne a lancé le chantier du salaire minimum sur le Vieux continent. Selon des documents communiqués par les services européens, ce travail doit commencer par une première phase de consultation des partenaires sociaux sur les salaires minimums équitables. […] Même si 22 pays sur 28 pays ont adopté un salaire minimum, les sujets de division demeurent très vifs. Pour le commissaire à l’emploi et aux questions sociales, Nicolas Schmit, ce sujet périlleux pourrait à nouveau mettre en exergue les profondes divisions au sein des pays de l’Union. La lutte contre le dumping social et le détachement des travailleurs restent au coeur des problématiques européennes même si certaines avancées ont pu être constatées ces dernières années.

[…] Face aux inquiétudes des milieux d’affaires, les membres de la Commission tiennent à préciser qu’« une initiative de l’Union européenne sur le salaire minimum équitable ne cherchera pas à harmoniser les salaires minimums. En particulier, une initiative de l’Union européenne ne fixerait pas et ne pourrait pas fixer un salaire minimum européen uniforme, ni n’imposerait un modèle de fixation du salaire minimum par rapport à un autre ». Visiblement, l’exécutif veut éviter au maximum les crispations dans chaque pays. Dans le document de consultation, l’institution bruxelloise explique qu’elle « respecterait en outre les traditions nationales, l’autonomie des partenaires sociaux et la liberté de négociations collectives ».  […] Les organisations syndicales n’ont pas tardé à réagir. La secrétaire générale adjointe de la confédération européenne des syndicats regrette le manque d’ambitions de la nouvelle commission. »

Que faut-il retenir de la « nouvelle stratégie » numérique européenne ? Usbek & Rica par Pablo Maillé

« Ce 19 février, la présidente de la Commission a présenté les ambitions de l’exécutif européen en matière d’IA et d’utilisation des données personnelles à travers deux documents : un « livre blanc » sur l’intelligence artificielle et une « nouvelle stratégie » sur les données. […] « Nous voulons que chaque citoyen, chaque travailleur, chaque entreprise ait une possibilité réelle de tirer parti des avantages de la numérisation », a expliqué Margrethe Vestager. Aux côtés de Thierry Breton, elle a affiché les trois objectifs-clés : « la technologie au service des personnes », « une économie juste et compétitive » et « une société ouverte, démocratique et durable ». « L’intelligence artificielle n’est ni bonne ni mauvaise en soi : tout dépend du pourquoi et du comment elle est utilisée », a-t-elle plaidé.

[…] Concrètement, Bruxelles insiste surtout sur l’importance du respect des droits fondamentaux des citoyens, en mettant en garde contre le caractère potentiellement discriminatoire des algorithmes. Les IA à « haut risque », en particulier, devront être systématiquement « certifiées, testées et contrôlées » tout comme le sont « les voitures, les cosmétiques et les jouets ». La coopération entre les Etats et le privé devrait aussi être renforcée pour obtenir « à terme un budget annuel commun de 20 milliards d’euros dédiés à l’IA » au sein de l’UE.

[…] Pour ce qui est des données, qui constituent « le carburant de l’intelligence artificielle », l’UE affiche également sa volonté de devenir « un leader ». Objectif : créer un « marché unique » européen de la donnée. Contrairement à ce que pourrait laisser suggérer cette formulation, l’idée est que les données personnelles et publiques, y compris celles qui sont confidentielles et sensibles, y soient stockées de façon sécurisée. […] Sans donner beaucoup de détails, Bruxelles entend par ailleurs soutenir l’élaboration de « systèmes technologiques » et « d’infrastructures », qui permettront aux acteurs européens de tirer profit du « potentiel de l’économie des données ».

Comment l’Europe veut gagner la bataille de l’intelligence artificielle : Le Monde par Virginie Malingre

« La prochaine vague de données, la matière première de cette révolution industrielle, sera faite d’informations générées par les entreprises ; ce sont celles que fournira, grâce à la 5G, une voiture connectée, une usine de traitement d’eau, ou encore une ville intelligente. L’Europe, qui a raté le train des données personnelles, « doit être le premier continent à tirer le plein bénéfice de cette vague », explique Thierry Breton. Dans cette bataille, elle part avec une avance, dans la mesure où elle est la première puissance industrielle au monde et possède donc plus de data à exploiter que ses concurrents. De même, en matière de données publiques, elle est plus riche, compte tenu de la place des Etats dans les sociétés européennes.

[…] Mais, pour tirer profit de cet avantage, l’Europe doit répondre à plusieurs défis. Le premier : créer un « marché unique de ces données » […] Pour cela, Bruxelles devra harmoniser et encadrer l’accès aux informations. « Nous établirons des règles claires et strictes que chacun, s’il souhaite venir en Europe, devra respecter », précise ainsi Thierry Breton, qui insiste aussi sur la nécessité d’inciter au partage des données, quand cela est possible bien entendu. […] Deuxième condition : Il faut « développer des infrastructures » – des mini-serveurs ultrapuissants aux pieds des antennes 5G à même de traiter ces data. En sachant qu’aujourd’hui personne ne s’est encore imposé sur ce savoir-faire. C’est là l’un des volets de la stratégie de la Commission, qui souhaite susciter un investissement de quelques milliards d’euros des Etats membres et de l’industrie pour travailler à ce projet.

[…] Voilà pour l’écosystème sur lequel l’Europe devra essayer de se faire un nom en matière d’IA. Pour le reste, Bruxelles veut s’assurer que l’intelligence artificielle, à la mode européenne, « respectera nos valeurs », comme le dit la commissaire danoise. […] La législation à venir, laquelle est prévue au plus tôt pour la fin de l’année, après une période de consultations de tous les acteurs concernés : entreprises, syndicats, organisations non gouvernementales…

Thierry Breton détaille la future stratégie européenne sur les données industrielles : Les Echos par Derek Perrotte

« Nous présentons notre stratégie globale sur les données qui, en particulier, comprendra un livre blanc sur l’intelligence artificielle. Il est certes essentiel de mieux encadrer les applications IA spécifiques qui touchent notamment aux personnes en préservant nos valeurs européennes. Mais, pour maîtriser l’ensemble de la chaîne, il est indispensable d’adjoindre à cette réflexion une véritable politique européenne des données. Il s’agit d’un sujet majeur qui va bien au-delà de l’intelligence artificielle, laquelle, tout importante qu’elle soit, n’est qu’une application puissante de l’utilisation des données. En matière économique, les données qui vont continuer à transformer en profondeur nos sociétés et notre façon de produire, consommer et vivre, seront à la base de notre compétitivité et définiront notre politique industrielle future.

[…] Les grandes plateformes basées sur l’exploitation des données personnelles se sont développées aux Etats-Unis puis en Chine. Pourquoi ? Parce qu’elles y ont bénéficié d’un vaste marché intérieur des données, étendu par la suite aux données personnelles des Européens, parfois collectées de manière discutable. Nous avons fini par réagir via le règlement général sur la protection des données (RGPD). L’Europe, plus fragmentée, n’a pu bénéficier de cet effet d’échelle. Mais nous entrons dans une nouvelle phase, avec l’essor d’un nouveau type de données, non plus personnelles mais industrielles. Cette révolution va rebattre les cartes.

[…] Contrairement aux discours fatalistes, je répète que nous ne sommes pas en retard, au contraire ! Cette guerre des données industrielles débute maintenant et l’Europe sera son principal champ de bataille. Nous sommes la première base industrielle du monde, la plus moderne et la plus avancée en termes d’intégration et d’automatisation des données dans les processus de production. Avec la mondialisation, les Etats-Unis ont perdu de leur savoir-faire industriel en l’externalisant. La Chine progresse, certes. Mais tous les regards se penchent désormais vers l’Union européenne pour capter ces nouveaux flux de données industrielles, à très forte valeur ajoutée. A nous de nous organiser pour qu’ils bénéficient en priorité aux entreprises et à l’industrie européennes. »

L’UE prépare un livre blanc sur la reconnaissance faciale : Stratégies

« Big Brother à la chinoise ou simple moyen de paiement, la reconnaissance faciale divise et Bruxelles lancera mercredi 19 février un grand débat sur l’intelligence artificielle, bien décidé à prévenir les dérapages. Pour réguler un secteur en pleine croissance et largement dominé par les États-Unis et la Chine, la Commission européenne va présenter un « livre blanc »  avec des pistes d’actions. Après avoir consulté toutes les parties prenantes, elle espère faire des propositions législatives à la fin de l’année. […] Parmi les sujets sensibles, la reconnaissance faciale de masse. « Ce que j’ai vu à Hong Kong m’a véritablement effrayée », reconnaissait il y a quelques jours devant des journalistes la vice-présidente de la Commission européenne en charge du numérique, Margrethe Vestager. […] Mais d’un autre côté, la reconnaissance faciale est déjà largement utilisée dans tout un tas de domaines : pour débloquer son smartphone ou passer rapidement les contrôles dans les aéroports. Du coup, Margrethe Vestager se garde bien d’appeler à une interdiction qui nécessiterait le soutien des États membres, et préconise une large réflexion. »

La Commission européenne donne le coup d’envoi d’un « Airbus des batteries » : Numerama par Julien Lausson 

« Ce qu’il a été possible de faire dans le domaine aéronautique avec Airbus peut-il être dupliqué ailleurs, comme dans la production de batteries ? En tout cas, la Commission européenne est disposée à créer les conditions permettant de tenter de faire émerger un « Airbus des batteries ». En décembre, elle a autorisé la mise en place d’aides publiques à hauteur de 3,2 milliards d’euros. Et il ne s’agit-là que des sommes engagées par les États membres : Allemagne, Belgique, Finlande, France, Italie, Pologne et Suède. À ce montant va s’ajouter la contribution du secteur privé, qui est annoncé à 5 milliards d’euros. En ce qui concerne la France, elle est autorisée à mobiliser jusqu’à 960 millions d’euros. […] « La production de batteries en Europe revêt un intérêt stratégique pour notre économie et notre société compte tenu de son potentiel en termes de mobilité propre et d’énergie, de création d’emplois, de durabilité et compétitivité », déclare Margrethe Vestager, qui a en charge le portefeuille de la politique de concurrence. »

L’Europe face à la bombe à retardement du vieillissement démographique : Challenges (The Economist)

« Aujourd’hui, en Europe, les gens vivent plus longtemps et ont moins d’enfants. Les mêmes tendances sont certes à l’œuvre dans d’autres pays riches et dans beaucoup de pays en développement, mais ces réalités seront plus difficiles à combattre en Europe car il n’existe pas de politique budgétaire ni de stratégie commune pour faire face à ce défi démographique. Malgré l’immigration, l’ONU estime que la population européenne aura diminué d’environ 5 % en 2050. En 2015, on comptait environ une personne de plus de 65 ans pour quatre en âge de travailler. En 2050, ce sera une pour deux. […] L’Europe doit mettre en place des politiques rationnelles pour maintenir sa cohésion. Elle doit encourager les plus de 50 ans et les femmes à travailler. L’exemple français montre qu’un système de crèches abordables encourage les femmes à reprendre un emploi et améliore le taux de fécondité. Jusqu’à présent, ce sont les pays du Nord qui ont déployé le plus d’efforts. Le recul de l’âge de la retraite adopté en Allemagne dans les années 2000 a augmenté fortement le taux d’emploi des seniors, notamment parmi les femmes. Mais réformer en ce domaine s’avère difficile. […] Les réformes nécessaires vont bien au-delà de celles imposées par le vieillissement de la population. Ainsi, la lutte contre la corruption et le renforcement des institutions dans les pays mal gouvernés pourraient convaincre les candidats à l’émigration à rester chez eux. Apporter une réponse décisive aux évolutions démographiques de l’Union européenne est vital pour sa survie. »

Budget européen : l’impossible équation ?

Budget : les Européens se séparent sur un échec à l’issue du sommet. Les Echos par Gabriel Grésillon

« Le sommet extraordinaire consacré au budget européen s’est terminé sur un échec. Près de 36 heures de négociations n’auront pas permis de résoudre la quadrature du cercle au sujet du budget 2021-2027 : donner à l’Europe un budget ambitieux alors même que le Brexit l’ampute d’une soixantaine de milliards d’euros sur 7 ans… et que plusieurs pays sont bien décidés à ne pas payer plus. « Les différences sont trop grandes », a sobrement constaté Angela Merkel.

[…] Dès le début de la journée, l’ambiance était tendue et le pessimisme palpable. Rien ne semblait entamer la fermeté des pays dits « frugaux », ceux qui refusent de consacrer plus de 1% de leur revenu national brut au futur budget européen, tout en exigeant de garder leurs « rabais ». Les Pays-Bas, le Danemark, l’Autriche et la Suède restaient groupés dans leurs rencontres avec les autres dirigeants, refusant la moindre rencontre bilatérale avec Charles Michel. L’Allemagne jouait une partition plus constructive, cherchant un compromis tout en affichant des positions très proches de ce groupe de pays. […] Pour la France, cette attitude avait tout de la prise d’otage : elle consiste à imposer des coupes drastiques dans diverses politiques européennes – et en particulier dans la cohésion et la PAC, ce que refuse catégoriquement Paris.  « Ce n’est pas la PAC qui peut payer pour le Brexit » , a résumé Emmanuel Macron en quittant les lieux.

[…] Dans l’après-midi, il devenait de plus en plus évident que les « frugaux » avaient « sous-estimé la réaction de certains pays », selon une source européenne. Alors que la proposition de Charles Michel évoquait un budget à 1,074% du RNB, Viktor Orbán jetait un pavé dans la mare. Le Premier ministre hongrois affirmait que de nombreux pays se rapprochaient désormais de la position du Parlement européen, maximaliste, consistant à fixer le budget à… 1,3% du RNB. […] Une nouvelle proposition circulait, sur une initiative de la Commission : très légèrement inférieure, en montant, aux propositions de Charles Michel, à 1,069 % du RNB, elle rognerait sur certaines politiques. Le spatial en pâtirait, de même que le projet de mobilité militaire. En revanche, la PAC verrait les paiements directs augmenter de 2 milliards d’euros sur sept ans par rapport à la proposition précédente.

[…] A l’évidence, le sentiment d’urgence n’a pas été suffisant pour débloquer le jeu. « Pour certains pays frugaux, il est peut-être nécessaire de passer d’abord par une crise avant de pouvoir, politiquement, faire un pas dans la direction d’un compromis », anticipait une source diplomatique quelques heures avant le constat d’échec. Reste que le prix politique à payer pourrait être élevé, aux yeux de leurs pairs européens. A la fin de la réunion, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a prévenu : « le temps presse ». Et mis en garde contre le fiasco que représenterait une incapacité des Vingt-sept à s’entendre rapidement : dès 2021, ce sont tous les grands financements européens, d’Erasmus à la recherche, qui seraient en danger. »

Budget européen : de qui se moque-t-on ? Le Point par Luc de Barochez

« C’est la faute des Britanniques », disait-on quand l’Europe fonctionnait de travers. L’excuse n’est plus de mise, l’Union européenne est désormais face à elle-même. Ce qu’elle voit dans le miroir est une caricature de ses pires travers. L’échec du Conseil européen des 20 et 21 février consacré au budget de l’UE des sept prochaines années, témoigne de l’incapacité de nos dirigeants à s’entendre sur une vision d’avenir. « Je veux qu’on me rende mon argent », insistait Margaret Thatcher, dans les années 1980. Les Britanniques sont partis ce 31 janvier, mais il y a aujourd’hui 27 Thatcher au Conseil européen. Leur obsession est de montrer à leur opinion publique qu’ils payent le moins possible pour les politiques communes et qu’ils en tirent le maximum de bénéfices sonnants et trébuchants.

[…] Tous les sept ans, l’UE rejoue la même pièce de théâtre. Les rôles sont immuables et les dialogues, éternels. La conclusion est, elle aussi, connue d’avance. Le budget européen alimente pour environ un tiers l’agriculture, un tiers l’aide aux régions, un dernier tiers les autres politiques (recherche, protection de l’environnement, transition numérique, Erasmus…) ainsi que l’administration européenne. Le tout ne coûte guère plus de 1% de la richesse annuelle produite par les Européens. Autant dire une goutte d’eau. […] Cette comédie budgétaire serait risible si les enjeux n’étaient pas si élevés. La notion de « juste retour » invoquée par les petits Thatcher d’aujourd’hui est désastreuse pour l’image de l’Europe, elle nuit à son efficacité, elle hypothèque son avenir. Pire, elle est insensée, puisque ceux qui payent le plus pour le budget européen, notamment l’Allemagne, la France, l’Italie ou les Pays-Bas, sont aussi ceux qui profitent le plus du grand marché unique.

[…] L’Union tire aujourd’hui l’essentiel de ses recettes des contributions nationales que les chefs d’État se disputent comme des chiffonniers. Ses ressources propres, alimentées par les droits de douane et une part de la TVA, ne représentent que le cinquième de son budget. Pour financer les politiques du XXIe siècle, elle doit impérativement développer celles-ci sous le contrôle démocratique du Parlement européen – et en supprimant, parallèlement, des dépenses nationales. Sinon, la logique mortifère à l’œuvre actuellement conduira au déclin de l’Europe et favorisera sa dislocation. »

L’Europe planche sur un fonds souverain de 100 milliards d’euros : Les Echos par Nessim Aït-Kacimi et Gabriel Grésillon

<div« L’Europe réfléchit à l’idée de lancer son fonds souverain de 100 milliards d’euros pour investir dans des secteurs stratégiques comme la technologie. Il financerait le développement de champions nationaux pour répondre à la toute-puissance des « GAFA ». Une piste parmi d’autres, insiste Bruxelles. […] L’idée d’un fonds souverain aurait de quoi inquiéter certains pays de tradition libérale. Pour autant, le simple fait que ce scénario soit désormais envisagé par de hauts fonctionnaires à Bruxelles montre l’évolution des mentalités au cours des toutes dernières années. […] Alimenté par les budgets des pays européens et non pas par la dette, le fonds envisagé prendrait des participations dans une série d’industries jugées prioritaires. Une idée qui recueillerait un écho favorable en France, qui dispose déjà de la Banque publique d’investissement et en Allemagne, qui réfléchirait à un fonds d’investissement national. »

Bruxelles envisage la fin de la célèbre règle des 3% : La Croix par Céline Schoen

« La Commission européenne a relancé le débat sensible d’une réforme du pacte de stabilité et de croissance. […] Cet ensemble de règles encadre les politiques budgétaires des États membres et les oblige, en outre, à garder leur déficit sous la barre des 3% du PIB et leur dette publique sous celle des 60%. […] Pas de proposition concrète pour l’instant, mais un constat : les règles sont devenues trop complexes. […] La Commission a publié une « communication sur le réexamen de la gouvernance économique » et avance l’idée que « le début d’un nouveau cycle politique dans l’Union constitue un moment opportun pour évaluer l’efficacité de l’actuel cadre de surveillance économique et budgétaire, en particulier des réformes introduites par le “six-pack’’ et le “two-pack” », (adoptées après la crise économique et financière de 2008). Car la gardienne des traités ne le cache pas : dans ce domaine, « certaines vulnérabilités subsistent » et les règles en place « suscitent moins l’adhésion ». Dans un entretien accordé à The Economist en novembre, le président Emmanuel Macron avait par exemple estimé que la règle des3 % relevait d’un « débat d’un autre siècle ». Dans tel contexte, la Commission en atteste : « L’élan réformateur s’est essoufflé, et les progrès sont devenus inégaux d’un pays et d’un domaine d’action à l’autre. » Elle pense donc que l’heure est potentiellement venue d’assouplir les règles du jeu. Dans cette optique, elle a lancé une « grande consultation » sur la simplification du pacte et promet des propositions concrètes d’ici fin 2020. »

Macron plaide pour une hausse des dépenses publiques en Europe : BFMTV

« Emmanuel Macron met la pression sur Angela Merkel. À l’occasion de la conférence sur la sécurité de Munich, le chef de l’État a indirectement critiqué la gestion, imposée notamment par l’Allemagne, de la crise financière de 2008 en Europe. Il a estimé que la zone euro avait beaucoup trop donné la priorité à la réduction des dépenses publiques et à la réglementation du secteur financier, un cocktail « fou », qui a abouti selon lui à désespérer « les classes moyennes » européennes. Dans ce contexte, le président a plaidé pour une augmentation des dépenses publiques, alors que l’Allemagne plaide pour la rigueur budgétaire. La Chine et les États-Unis « ont fait le choix d’augmenter très fortement leur dépense publique » et « je vois qu’en Europe nous continuons la consolidation budgétaire au niveau agrégé » des pays de l’UE, a-t-il dit. Et d’ajouter : « C’est aussi le seul moyen de réconcilier les classes moyennes avec l’avenir. »

Un premier pas timide vers une relance budgétaire en zone euro : Les Echos investir par Reuters

« La zone euro devrait être prête à augmenter ses dépenses publiques pour soutenir la croissance en cas de ralentissement économique, ont déclaré mardi les ministres des Finances de la zone euro, un premier pas prudent vers une politique budgétaire plus expansionniste. […] Depuis des années, les pays de la zone euro s’en tiennent à plaider pour une politique budgétaire « globalement neutre » dans leurs recommandations. Une position résultant notamment du veto de l’Allemagne à toute politique de relance, en dépit des appels répétés émanant entre autres de la BCE l’invitant à investir davantage pour stimuler la croissance économique de l’ensemble du bloc. […] Mais les craintes croissantes d’une récession de l’économie allemande, accentuées par l’impact potentiel de l’épidémie de coronavirus, ont incité Berlin à revoir sa position. […] Ce changement de formulation dans un communiqué commun de l’Eurogroupe ne contraint pas l’Allemagne à augmenter ses dépenses publiques, cette décision relevant de la seule initiative des gouvernements nationaux. Pour autant, il suggère un changement d’attitude qui pourrait même conduire à une refonte des règles budgétaires européennes afin de les rendre moins contraignantes. Le ministre français de l’Economie et des Finances Bruno Le Maire, qui a régulièrement appelé Berlin à utiliser ses marges de manoeuvre budgétaires pour soutenir l’économie de la zone euro, a salué cette avancée. […] Le ton du document reste cependant prudent et souligne que seuls les pays disposant de marges de manoeuvre devraient investir davantage, excluant toute augmentation des dépenses publiques dans les pays affichant un déficit budgétaire ou une dette trop importants au regard des règles européennes. »

Banque Centrale : vers une nouvelle politique monétaire ?

Comment Christine Lagarde imprime sa marque à la BCE : Les Echos par Guillaume Bregeras, Florian DèbesGuillaume Benoit

« La méthode Lagarde ? Une grande capacité d’écoute et de dialogue, afin de créer un climat de travail paisible et propice au consensus. Un style direct, non dénué d’humour. Et l’intelligence de s’entourer d’experts sur les sujets plus techniques. Cette philosophie était la sienne au FMI. Elle l’a mise en oeuvre dès son arrivée à Francfort. Le Conseil des gouverneurs – les membres du directoire de la BCE et les gouverneurs des banques centrales nationales – était alors profondément divisé. […] La première tâche de la nouvelle présidente a été de recréer un climat de sérénité. Notamment en organisant un séminaire express dans l’ancien palais de l’impératrice Victoria. Depuis, elle a bien pris garde de ne pas se mettre en avant sur les questions de politique monétaire, ne souhaitant pas préempter les discussions menées par le conseil.

[…] L’apparente mise en retrait de Christine Lagarde n’est toutefois pas de la frilosité. Même si  elle a reconnu qu’elle était « dans une phase d’apprentissage accélérée », elle compte bien se faire entendre. C’est elle qui a lancé  la revue stratégique où sera discutée la question de l’efficacité de l’action de la BCE, ainsi que la refonte de ses objectifs et de ses outils. Elle souhaite aussi que la banque centrale prenne mieux en compte les enjeux climatiques dans sa mission. « J’ai bien sûr mes propres vues, et je ne suis pas idiote, a-t-elle déclaré à Bloomberg. Mais il n’est pas judicieux qu’un président, au début d’un processus, déclare : voici mon opinion. »

[…] Une approche qui commence à porter ses fruits. Même le patron de la Bundesbank, qui avait ouvertement fait entendre son désaccord avec les décisions de Mario Draghi, semble enterrer la hache de guerre. « Nous sommes d’accord au sein du Conseil des gouverneurs pour considérer qu’il est nécessaire de soutenir l’économie par une politique monétaire souple », a-t-il déclaré dans un entretien récent, précisant qu’il « appréciait que les discussions au sein de la BCE soient plus ouvertes ».

[…] Parallèlement, Christine Lagarde cherche à rebâtir des ponts avec l’Allemagne. Accusée de ruiner les épargnants, la banque centrale y pâtit d’une image déplorable. Depuis son arrivée à Francfort, où elle s’est installée près du jardin botanique, elle a donc multiplié les gages d’amitié. […] Dans sa stratégie de reconquête, elle peut compter sur le soutien d’Angela Merkel. Les deux femmes, qui se connaissent depuis longtemps, s’apprécient tant professionnellement qu’humainement.

[…] Dans le cadre de la revue stratégique, qu’elle a souhaitée avant même son entrée en fonction, la présidente de la BCE veut aller plus loin. Elle souhaite que la banque centrale aille à la rencontre des populations, à l’image des opérations « Fed Listens » menées par la Réserve fédérale américaine. « Nous serons ouverts, transparents et accessibles. Nous allons essayer de parler une langue que tout le monde comprend. Et nous écouterons les préoccupations des citoyens », explique-t-elle. Une démarche inédite.  […] Il reste toutefois un défi pour la présidente : répondre aux interrogations des acteurs de marché. L’état de grâce a pour l’instant joué. Mais alors que Christine Lagarde s’approche des cent jours à son nouveau poste, ils voudront en savoir plus sur la direction que va prendre la BCE.

Christine Lagarde lance sa « revue stratégique » de la politique monétaire : La Croix par Antoine d’Abbundo

« Le « grand chantier » avait été annoncé en décembre par Christine Lagarde un mois à peine après sa nomination. […] Sans tarder, la BCE et le réseau des banques centrales nationales vont donc se lancer dans une vaste « revue stratégique », autrement dit un examen complet et critique de la politique monétaire conduite depuis 2003, date du dernier exercice de ce genre. « L’année s’annonce chargée pour nous », a résumé, face à la presse, une Christine Lagarde déterminée à ne laisser « aucune question de côté ». « Nous examinerons comment mettre en œuvre notre mandat, avec quels outils, comment évaluer les résultats, et comment communiquer sur notre action », a-t-elle promis.

[…] Sur le fond, le débat qui promet d’être le plus passionné est celui qui concerne la manière dont la BCE prendra, ou non, en compte l’enjeu climatique et l’intégrera dans sa politique monétaire. Devant le Parlement européen, Christine Lagarde avait avancé l’idée de faire de la lutte contre le réchauffement un « élément fondateur » de l’action de l’institution. Idée qu’elle a reprise, avec plus de prudence, se disant « consciente du danger de ne rien faire » tout en rappelant que « la mission première de la BCE était la « stabilité des prix ».

[…] « Le souci de Christine Lagarde d’ouvrir les fenêtres et de sortir du carcan d’une stricte vision monétariste est évident, précise une analyste. Mais elle sait aussi qu’il ne faut pas heurter de front les faucons de la BCE, comme on appelle les défenseurs de l’orthodoxie monétaire. En particulier les Allemands déjà suffisamment remontés contre une politique accommodante accusée d’être très défavorable aux banques et aux épargnants d’Outre-Rhin ».

Revue stratégique de la BCE : « Un exercice à la fois sain et périlleux » La Tribune

« Christine Lagarde a envoyé un message de « colombe » [surnom donné aux tenants d’une politique monétaire souple], avec une lecture d’une extrême prudence de l’environnement économique et ses perspectives. Son discours montre qu’elle a intégré le fait que l’inflation aurait du mal à revenir et que ce n’était pas le sujet du moment, avec pour conséquence le maintien de taux durablement bas et sans perspective d’une remontée. Son intervention n’a pas été bien reçue par les marchés dont les anticipations prévoyaient une possible remontée des taux dès l’année prochaine, en signe d’une amélioration des perspectives que Mme Lagarde n’a pas franchement validée.

[…] Christine Lagarde souhaite mener une revue stratégique d’envergure et souhaite y associer les académiques. C’est une première depuis la création de l’institution en 1998, même si des ajustements dans son mandat avaient été apportés en 2003. C’est un exercice à la fois relativement sain après avoir utilisé les outils non-conventionnels totalement inédits. Est-ce que c’est efficace ? Peut-on ajuster la politique ? Avec quels types de moyens ? Mais il s’agit aussi d’un exercice potentiellement périlleux. Mme Lagarde a pour ambition non dissimulée d’élargir les prérogatives de la BCE, ce qui pourrait poser la question de la légitimité d’une telle démarche. La BCE n’est pas issue d’un processus démocratique et sa mission a jusqu’alors été très strictement limitée, elle consiste à contrôler l’inflation. Faut-il changer les règles ?

[…] Christine Lagarde a une ambition très grande qui consiste à donner une impulsion économique plus large et, dans ce cadre, la politique climatique est non seulement impérative, mais elle permet aussi de donner du sens à des politiques de soutien à la croissance structurelle. En tant que présidente de la BCE, elle s’attache donc à préparer les esprits à une orientation de l’utilisation des instruments de l’institution, et notamment le plan d’achats d’actifs. L’idée pourrait consister à verdir le programme de QE. Jusqu’à présent, la BCE n’avait pas donné d’axe à ces achats. Ce que nous pressentons aujourd’hui, c’est une volonté de préparer le terrain pour une plus forte sélection dans les choix des achats d’actifs. »

Une « conférence » pour réformer l’Union avec ses citoyens

La France et l’Allemagne prônent une réforme profonde de l’Union européenne : l’Opinion

« France et Allemagne mettent de côté les sujets qui fâchent pour appeler de leurs vœux une réforme en profondeur de l’Union européenne dans un document rendu public mardi. Dans ce texte de deux pages, Paris et Berlin appuient l’idée d’une « conférence sur l’avenir de l’Europe » s’étalant sur plus de deux ans afin de renforcer l’unité et la souveraineté de l’UE face aux nombreux défis auxquels elle doit faire face. […] Cette « conférence » réfléchirait aux réformes susceptibles, entre autres buts, de promouvoir la démocratie et d’améliorer le fonctionnement d’un bloc réduit à 27 Etats membres après le retrait programmé des Britanniques. Parmi ces défis figurent le rôle de l’Europe dans le monde et sa sécurité. […] Le document mentionne le voisinage immédiat de l’UE, la numérisation, le changement climatique, l’immigration, la lutte contre les inégalités, l’« économie sociale de marché » et l’état de droit comme les autres domaines dans lesquels les Européens doivent renforcer leur unité. Cette conférence sur l’avenir de l’Europe devrait se nourrir de consultations citoyennes et déboucher sur une série de recommandations lors de sa clôture au premier semestre 2022. »

Les contours encore incertains d’une Conférence sur l’avenir de l’Europe : Le Monde par Virginie Malingre

« Quinze ans après le non français au référendum sur le traité établissant une Constitution européenne et dix ans après l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne, les Européens s’apprêtent à se pencher une nouvelle fois sur le fonctionnement de l’Union. […] Cette conférence doit être lancée le 9 mai, date anniversaire de la déclaration Schuman. Et rendre ses préconisations deux ans plus tard, lorsque l’Union européenne sera sous présidence française et que la campagne pour l’élection présidentielle battra son plein dans l’Hexagone.

[…] Pour l’heure, Parlement, Commission et Conseil sont d’accord pour dire que la Conférence sur l’avenir de l’Europe doit être l’occasion d’aborder avec les citoyens et toutes les parties prenantes (Parlements nationaux, CESE, ONG, etc.) les principales politiques sur lesquelles peut intervenir l’Europe – environnement et climat, numérique, agriculture, énergie, etc. Reste à savoir comment procéder. L’Assemblée législative, qui propose des « agoras citoyennes », est bien plus ambitieuse que l’exécutif européen, lequel égrène des recettes de « dialogues citoyens » et de « panels » dont on connaît déjà les limites. « Par exemple, il faut faire parler ensemble sur le climat le Polonais qui pense qu’il faut faire un charbon plus propre, l’Allemand qui ne jure que par le renouvelable et le Français qui pense nucléaire », explique l’eurodéputé Pascal Durand. Son collègue Brice Hortefeux s’inquiète, lui, de « la création d’une technostructure complexe et nébuleuse, d’un gloubi-boulga indigent qui manquerait son objectif, celui de réconcilier les citoyens avec l’Europe ».

[…] Il est un autre sujet qui ne fait pas l’unanimité. Celui des éventuelles réformes institutionnelles, qui peuvent dans certains cas nécessiter des changements de traité, ce dont une large majorité d’Etats membres ne veulent pas entendre parler. Si la France et l’Allemagne n’excluent rien, d’autres, comme les pays nordiques ou certains pays d’Europe de l’Est, y sont totalement opposés. « Pas question que l’exercice rappelle d’une manière ou d’une autre la convention Giscard », explique un diplomate. »

La Conférence sur l’avenir de l’Europe commence à prendre forme : Les Echos

« Le projet a été impulsé par Emmanuel Macron dans le cadre d’une tribune qu’il avait fait paraître, au printemps,  dans de nombreux journaux européens . Il a été repris à son compte par Ursula von der Leyen, la nouvelle présidente de la Commission européenne. Il vise à donner une nouvelle impulsion au projet européen et, dans la perspective d’Emmanuel Macron, à mettre sur la table tous les sujets, « sans tabou », quitte à laisser ouverte la possibilité d’une modification des traités. Mais la Commission européenne, dans sa proposition présentée mercredi, s’est gardée d’aller jusqu’à mentionner cette éventualité – alors qu’elle s’y était préparée, dans des versions antérieures du texte. Preuve que ce scénario reste un repoussoir dans plusieurs pays. Comme le note Eric Maurice, responsable du bureau bruxellois de la Fondation Schuman, « l’une des difficultés de cet exercice va consister à trouver l’équilibre entre deux axes très différents : l’un consiste à donner la parole aux citoyens, tandis que l’autre vise à résoudre des questions institutionnelles pointues ». La Commission le reconnaît implicitement dans sa communication : elle met en avant la nécessité de consacrer tout un axe du projet à des enjeux institutionnels, « en particulier le candidat tête de liste et les listes transnationales » – une référence au processus de désignation du président de la Commission européenne, qui a fait l’objet d’une  âpre bataille entre le Parlement européen et le Conseil au printemps dernier. Mais dans le même texte, la Commission insiste également, sur le fait qu’il y a là « une chance de montrer aux gens que leur voix compte en Europe ». « Il y a un risque de grand écart entre les problématiques de la bulle bruxelloise et les attentes des citoyens », avertit Eric Maurice. »

De grâce, qu’on enterre cette idée de conférence défendue par M. Macron ! Le Monde par Caroline de Gruyter

« La convocation d’une conférence ou, pire, d’une convention [pour réformer les méthodes de nomination], défendue par Emmanuel Macron, est une très mauvaise idée. Nous venons de vivre des élections européennes hors du commun. Le niveau d’engagement des citoyens y a été sans précédent, motivé par une prise de conscience des enjeux cruciaux auxquels l’Europe ne peut faire face qu’unie, comme le climat, le modèle social ou la sécurité. C’est sur cela que l’Europe doit se mettre au travail, et vite. L’Europe ne va pas se rapprocher des citoyens en donnant le spectacle d’interminables palabres, assorties de crises régulières, sur des sujets institutionnels abscons. Qu’attendrait-on d’une telle conférence ? Si ses résultats demandent une révision du traité, ils n’auront aucune chance d’être mis en œuvre. La perspective d’une révision du traité ouvrira la boîte de Pandore. En sortiront des kyrielles de demandes irréconciliables, qui s’annuleront et enliseront les efforts. Si résultats il y a, ils seront au mieux marginaux. Ce n’est pas un bon moment pour voir la montagne européenne accoucher d’une souris. […] Or il faut une évolution. Si la conférence est une mauvaise idée, quoi d’autre ? Le salut ne peut venir que du Parlement européen lui-même. […] Alors, de grâce, qu’on enterre cette idée de conférence. Les Européens n’ont pas voté pour cela. Ils attendent des institutions européennes qu’elles s’occupent des questions importantes. Ils doivent être entendus. Les décideurs politiques doivent à présent écouter et assumer leurs responsabilités. Bien sûr, c’est plus difficile que de convoquer une énième conférence. Mais c’est la seule manière d’avancer. »

Après le Brexit, un nouvel élargissement ? On a pas fini de négocier…

 

Brexit : ce qui va se passer maintenant. The Conversation par Gareth Fuller

« Quiconque imagine que le retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne signifie que les choses vont se calmer sur le front du Brexit risque d’être déçu. 2020 sera sans doute tout aussi chargée que les trois dernières années, qui se sont apparentées à de véritables montagnes russes. La raison fondamentale est que si le Royaume-Uni a quitté l’UE, il n’a pas encore établi de nouvelles relations avec l’Union. Cette année sera une période de transition, pendant laquelle peu de choses changeront. […]  Les modalités de la future relation sont censées être négociées pendant la période de transition. Le calendrier sera chargé pour toutes les parties concernées et un certain nombre d’aspects risquent de provoquer des frictions tout au long de l’année.

[…] Une déclaration politique, signée par les deux parties, a été jointe à l’Accord de retrait. Elle dresse la liste approximative de ce qui doit être convenu, l’accord commercial étant le dossier qui retient le plus l’attention. Mais de nombreux autres éléments doivent faire l’objet de discussions, notamment la manière d’établir des plans pour la frontière irlandaise et la façon dont les données seront partagées entre le Royaume-Uni et l’UE après le Brexit. Les deux parties doivent s’entendre sur le dossier de l’accès aux eaux de pêche et sur la question de savoir s’il y aura un accord sur les services financiers – un pilier important de l’économie britannique. Elles devront également décider si le Royaume-Uni continuera à participer aux programmes de financement de l’UE dans des domaines tels que la recherche scientifique, bien qu’il n’en soit plus membre. Il est important de noter que tout cela doit être couvert par un cadre institutionnel comprenant des règles claires sur le règlement des différends. Cela pourrait impliquer un rôle permanent pour la Cour européenne de justice, ce à quoi s’opposent de nombreux partisans du « hard Brexit ».

[…] Le mois de mars marquera le début des négociations officielles. C’est alors que toutes ces discussions atteindront leur point culminant. Nous aurons à ce moment-là une meilleure idée de ce qui relève de la simple posture et de ce qui fera réellement l’objet de négociations. Du côté de l’UE, cette étape pourrait mettre en évidence d’éventuelles divergences d’opinions internes entre les États membres, tandis que du côté britannique, le premier ministre Boris Johnson pourrait découvrir l’ampleur exacte de la marge de manœuvre que lui laisseront ses députés. À la fin du mois de juin, nous serons confrontés au premier grand dilemme : la période de transition sera-t-elle prolongée ou non ? […] S’il y a une prolongation, qui pourrait s’étendre jusqu’à la fin de 2022, la seconde moitié de 2020 sera beaucoup plus détendue et le potentiel d’un accord de grande envergure plus probable. Mais un tel scénario n’est pas sans danger. Le Royaume-Uni serait alors toujours lié au budget de l’UE en 2021, lorsqu’un nouveau cycle financier commencera, ce qui entraînera probablement une augmentation marquée des contributions nettes. Il faudra donc décider si le Royaume-Uni continue à contribuer au budget. […] Quoi qu’il en soit, il est peu probable que le jour de l’an 2021 marque la fin de la saga Brexit. »

L’Union européenne s’attend à des négociations difficiles avec le Royaume-Uni : Ouest France

« Les négociations sur la future relation entre Londres et Bruxelles après le Brexit devraient être « difficiles, peut-être même plus difficiles que celles du retrait », laborieusement négocié pendant près de deux ans. C’est ce qu’a déclaré Stefan de Rynck, un conseiller du négociateur européen Michel Barnier, devant la London School of Economics. « Le champ légal sur lequel nous devons nous mettre d’accord est beaucoup plus large », a-t-il fait valoir.

[…] Les Européens souhaitent que le Royaume-Uni s’engage à respecter les mêmes règles que l’UE, voire à s’y adapter « au fil du temps », dans plusieurs domaines (environnement, concurrence, fiscalité, droit du travail…) afin d’éviter les distorsions de concurrence, en échange d’un accès privilégié au marché européen. Ces garanties leur semblent indispensables étant donné la proximité géographique et économique du Royaume-Uni. Mais le négociateur britannique David Frost a prévenu que le Royaume-Uni entendait négocier un accord de libre-échange « d’égal à égal » et n’accepterait pas que l’UE contrevienne à sa liberté de fixer ses propres règles. »

Brexit : les pièges de la « relation future ». Les Echos par Catherine Chatignoux

« L’ultime étape du Brexit consistera à organiser tous les aspects du partenariat futur entre l’Union européenne et le Royaume-Uni. L’enjeu est immense et les écueils nombreux. Elle prévoit non seulement un accord commercial qui doit rapprocher les deux partenaires au plus près de la situation actuelle de libre-échange, mais aussi un accord capital sur la pêche, sans lequel aucun bateau européen ne pourra caboter en mer du Nord. Compte tenu de leur proximité géographique, les deux partenaires veulent aussi mettre en place un nouveau partenariat de sécurité au sens large.

[…] Boris Johnson, tout à sa promesse de sortir son pays au plus vite de l’Europe, veut avoir achevé les négociations fin 2020 . Ce qui laisse onze mois pour abattre un travail colossal. Le modèle officiellement retenu jusqu’ici par Downing Street, celui du traité de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada, a nécessité sept années de négociation. L’accord avec le Japon a pris quatre ans, celui plus ancien avec la Corée du Sud deux ans et demi Pour certains, la difficulté à boucler à temps ces négociations fait resurgir la menace d’un Brexit sans accord.

[…] Le Royaume-Uni a opté pour un modèle basé sur un accord de libre-échange sans droits de douane ni quotas. […] Les industriels et commerçants ne seront donc plus tenus, à part l’Irlande du Nord, par le respect des règles du marché unique qui les liaient jusqu’ici par une multitude de normes communes. Un système assez lâche au final où pointe le risque d’une « divergence réglementaire » qui entraînerait une distorsion de concurrence. L’Europe va donc exiger des garanties dans les domaines de la concurrence, des aides d’Etat et des normes sociales, fiscales et environnementales en échange d’un large accès au marché européen. »

Michel Barnier et David Frost, deux négociateurs chevronnés pour l’après-Brexit : Le Monde

« Je suis un montagnard », a coutume de dire Michel Barnier, dans les moments difficiles comme dans ceux qu’il convient de fêter. […] D’ici au 31 décembre, le « Monsieur Brexit » de l’Europe va devoir réaliser un petit miracle : nouer avec le voisin d’Outre-Manche un partenariat dont on ne connaît pas les contours à ce jour, mais qui devra appréhender aussi bien les questions de commerce, de pêche, de finances que de sécurité. « Nous devons tout reconstruire », a déclaré plusieurs fois le Français, qui n’exclut pas que l’affaire se finisse en « no deal ».

[…] Les Européens ne le connaissent pas, les négociateurs bruxellois à peine davantage. David Frost sera pourtant un personnage-clé, sinon le maître d’œuvre de la négociation qui va s’engager. Installé à Downing Street, il va diriger une équipe d’une quarantaine d’experts rattachée directement à Boris Johnson, sans ministre ni secrétaire d’Etat pour jouer les intermédiaires. Pour les Européens, cette position hiérarchique – presque au sommet – présente un avantage considérable : quand ils parleront à David Frost, homme de confiance de Boris Johnson, ils savent que le message sera transmis directement au « boss ». Quand, symétriquement, David Frost prendra une position de négociation, elle sera, sans ambiguïté, celle du gouvernement britannique.

[…] Ce diplomate de carrière, ex-chef du département Union européenne au Foreign Office, est un homme discret. Allure passe-partout, humeur égale, toujours poli, presque distant : il n’est pas du genre à prendre la lumière à la place de M. Johnson. Pour autant, personne ne le sous-estime à Bruxelles. Réputé efficace, précis, fiable et en même temps peu commode et pas très souple dans les négociations, il est désormais auréolé du succès engrangé par Londres en octobre 2019. […] Surtout, M. Frost est un authentique brexiter, un des rares au Foreign Office, « et, dans la négociation, c’est un aspect psychologique très important », juge un diplomate européen. »

Bruxelles tente une relance de la politique d’élargissement : Euractiv par Vlagyiszlav Makszimov

« L’élargissement va faire peau neuve pour sauver sa peau. Après le blocage français sur les Balkans, la Commission européenne a dévoilé le 5 février une réforme de la politique d’élargissement, qui ouvre notamment la possibilité d’interrompre le cours de l’adhésion. […] Pour accentuer la dimension politique de ce processus, la Commission souhaite impliquer des experts des États membres afin d’évaluer les réformes entreprises dans les pays candidats, en particulier les six pays des Balkans occidentaux. […] Dans la pratique, pour rendre les pourparlers plus dynamiques, la Commission compte « rassembler » les différents chapitres de négociations en six groupes. Il sera aussi possible d’ouvrir simultanément des négociations dans différents domaines politiques, tout en s’efforçant de finaliser les réformes des différents secteurs dans l’année. Le principe de l’État de droit sera aussi mis en avant, et les négociations devront se dérouler intégralement au sein du groupe dédié à cette question. Afin d’assouplir la procédure, ce sont les seules règles qui s’appliqueront sur ce point, a déclaré le commissaire à l’élargissement. Et d’ajouter qu’« un besoin de pouvoir inverser le processus de négociation se fait sentir », ce qui fait largement écho aux inquiétudes de la France. […] La nouvelle méthodologie ne s’appliquera pas à la Serbie et au Monténégro, des pays candidats dont les pourparlers d’adhésion ont déjà commencé. « Nous ne voulons pas changer les règles du jeu en pleine partie », a souligné Olivér Várhelyi, qui pense cependant que les intérêts que présente le nouveau processus d’élargissement, comme le nouveau programme d’investissement, suffiront à convaincre les pays candidats à approuver les changements. »

Paris impose ses thèses sur l’élargissement : Libération par Jean Quatremer

<d« La Commission européenne s’est finalement rendue aux arguments d’Emmanuel Macron : le processus d’élargissement tel qu’il fonctionne depuis la chute du communisme est bel et bien un échec qui a contribué à épuiser le projet européen. Mercredi, le commissaire chargé du dossier a présenté une « communication » le réformant en profondeur : un texte de huit pages qui reprend quasiment mot pour mot un non paper français daté de la mi-novembre. […] Le point clé de cette réforme est de rendre le processus réversible : même lorsque la négociation, non plus sur une série de « chapitres », mais sur six « groupes thématiques » de politiques, sera terminée, elle pourra être rouverte si l’Union constate un recul ou une mauvaise application des réformes. Les négociations pourront même être suspendues dans les cas les plus graves. En contrepartie, l’Etat candidat pourra entrer progressivement dans l’Union en participant à certaines politiques et à leurs financements. Les Etats membres seront désormais associés au processus afin de contrôler la réalité des progrès accomplis. L’idée est d’éviter qu’en bout de course, les Etats membres soient obligés de ratifier un élargissement mal préparé, sauf à déclencher une crise politique. […] La Commission espère que les Etats membres adopteront sa proposition avant le sommet Union européenne-Balkans occidentaux, les 6 et 7 mai à Zagreb, afin de pouvoir lancer dans la foulée les négociations avec Tirana et Skopje, ce qui ne devrait pas poser de problème, Paris ayant montré sa détermination de ne pas s’en laisser conter. Mais tout n’est pas encore gagné pour l’Albanie et la Macédoine du Nord, puisque Paris exige aussi avant tout futur élargissement une réforme de l’Union. Et cela est une autre paire de manches, vu l’absence de toute appétence politique de ses partenaires dans ce domaine. »

Nouvelles adhésions à l’UE : Macron prêt à changer son fusil d’épaule ? L’Opinion

« Un pas l’un vers l’autre. D’abord la Commission européenne, puis Emmanuel Macron. Le président français s’est avéré sensible aux arguments distillés par Bruxelles, et est désormais ouvert à un élargissement de l’Union européenne. En octobre 2019, le chef de l’Etat refusait l’adhésion de l’Albanie et de la Macédoine du Nord, prétextant que cette nouvelle étape de la construction européenne était trop bureaucratique, et qu’il était souhaitable d’y injecter une dimension plus politique. La Commission avait alors proposé de réformer ses procédures d’adhésion. Des déclarations qui ne sont pas tombées dans l’oreille d’un sourd. « Nous attendons le rapport en mars … en fonction de cela, si les résultats sont positifs et la confiance est établie, alors nous devrions être en mesure d’ouvrir les négociations », a déclaré Emmanuel Macron le samedi 15 février. Les modifications suggérées par la Commission devraient laisser aux Etats membres la possibilité d’interrompre une procédure d’adhésion voire de contraindre un pays candidat à reprendre à zéro les négociations sur certains chapitres politiques en cas de manquements constatés de sa part. Une avancée significative alors qu’un sommet entre les Balkans et l’UE se profile à Zagreb, en Croatie, au mois de mai. »

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28 février 2020

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