Covid-19 : Menace universelle, stratégies nationales

24/04
It's only fair to share...Tweet about this on TwitterShare on LinkedIn

New Project

Les équipes Affaires Publiques de JIN vous décryptent les faits politiques marquants, de Washington à Berlin, en passant par Londres, Paris et Bruxelles.

Confronté à une pandémie inédite dans l’histoire moderne, dont la réalité tragique s’est imposée à tous en quelques semaines seulement, le monde s’organise pour lutter contre un virus qui met à l’épreuve à la fois les systèmes sanitaires, économiques et parfois politiques des pays touchés.

Face à cette menace universelle et fulgurante, chaque Etat, chaque peuple, a déployé des stratégies différenciées, dans la mesure des moyens sanitaires et financiers dont il disposait, mais aussi des spécificités géographiques, culturelles, institutionnelles et industrielles propres à chacun.

Ainsi, les pays asiatiques de culture confucéenne, premiers touchés par l’épidémie, ont pu compter sur le civisme et l’autodiscipline de leurs populations pour freiner la propagation du virus dès son émergence, avec retard et sur le mode autoritaire en ce qui concerne la Chine, mais aussi par des modalités plus respectueuses des droits individuels concernant les démocraties de la région.

Les démocraties libérales européennes, frappées dans un second temps par un virus auquel elles avaient d’abord espéré échapper, ont fini par se résoudre, pour les plus cruellement touchées, à des mesures drastiques de confinement qu’elles estimaient encore inapplicables sur leur sol quelques semaines plus tôt, par crainte de voir s’effondrer leurs systèmes sanitaires.

Pour autant, la réalité à laquelle chacun doit faire face est bien fondée sur des données universelles, qui poussent progressivement à la convergence de ces différentes stratégies.

Aussi, les pays qui avaient été les premiers à imposer un strict confinement à leur population, à l’image de la Chine, se trouvent aujourd’hui confrontés à la problématique d’une deuxième vague épidémique, une fois ces restrictions assouplies. De même pour ceux qui pensaient avoir contrôlé la propagation du virus par des mesures plus sélectives, à l’image de Singapour ou du Japon.

Parallèlement, des pays qui misaient, à l’instar du Royaume-Uni, sur l’acquisition rapide d’une immunité collective par leur population, espérant épargner un choc trop violent à leurs économies, ont dû se résoudre à revoir leur copie, confrontés à des systèmes sanitaires au bord de l’implosion. D’autres, comme la Suède et les Pays-Bas, tentent encore de résister à cette évolution vers des mesures plus coercitives, suscitant l’inquiétude de leurs voisins, mais pour combien de temps ?

A l’inverse, les pays européens les plus touchés, qui s’étaient résolus au grand confinement, sous des formes plus ou moins sévères, cherchent aujourd’hui une voie médiane pour en sortir et relancer leur activité économique et industrielle, menacées par une récession d’une telle ampleur qu’elle pourrait s’avérer à terme plus meurtrière encore que l’épidémie elle-même.

Une même stratégie semble donc bien s’imposer à tous, avec des temporalités variables : celle du frein et de l’accélérateur. Il s’agit en somme de piloter l’épidémie. L’objectif étant de tendre vers l’immunité collective de la population, tout en prévenant la saturation des services de soin. Ainsi, lorsque l’épidémie s’emballe et que la capacité des hôpitaux est menacée, on appuie sur le frein pour en ralentir la propagation. Lorsque que ceux-ci sont soulagés, on joue de l’accélérateur pour favoriser modérément la contagion, en maintenant à l’abri les personnes les plus sensibles.

C’est à l’aune de cet éclairage qu’il nous semble utile de décrypter la dernière allocution du président de la République qui, pour la première fois devant les Français, évoquait lundi le mécanisme d’immunité collective, semblant regretter qu’un si faible taux d’entre nous ait à ce jour rencontré le virus, tout en annonçant, contre toute attente, la réouverture progressive des écoles en mai.

1- Immunité, confinement et perspectives :

Si chaque jour qui passe permet à la communauté scientifique d’en savoir un peu plus sur ce virus, ses mécanismes d’attaque et la façon dont l’épidémie se répand, de nombreuses questions restent à ce jour sans réponse. Dans ces conditions, comment envisager la reprise de l’activité dans les pays confinés ? Une chose semble assurée, nous devrons cohabiter longtemps avec cette épidémie.

2 – Chine : forces et faiblesses de l’autoritarisme

A l’origine de l’épidémie, qu’elle a d’abord tenté d’occulter et dont elle a sans doute largement minimisé la mortalité, la plus grande dictature du monde a réagi dans un second temps en déployant sans complexe son arsenal techno-autoritaire. Sortant progressivement du strict confinement imposé à des régions entières, elle craint aujourd’hui d’être confrontée à une deuxième vague épidémique et espère, dans la grande tradition confucéenne, faire de cette crise une opportunité géopolitique.

3 – Tigres asiatiques : le pari de l’endiguement

Dépistage à large échelle, isolement systématique des personnes contaminées et celles avec lesquelles elles ont été en contact, recours massifs aux nouvelles technologies dans un relatif respect des libertés individuelles. Cette stratégie commune a érigé les démocraties asiatiques en modèles. Elles ne sont pas pour autant sorties d’affaire, à l’image du Japon et de Singapour, contraints de se résoudre à leur tour à des mesures de confinement, face à une deuxième vague de l’épidémie.

4 – Ces européens qui sont dans la tempête…

Face au risque ou la réalité du débordement de leurs systèmes sanitaires, L’Italie d’abord, l’Espagne, la France et le Royaume-Uni dans la foulée, ont du se résoudre, dans l’improvisation, à confiner l’ensemble de leurs populations et mettre en pause leurs économies pour une durée indéterminée. S’agit-il de malchance ou des failles dans leur organisation expliquent-elles cette contre-performance ?

5 – … et ceux qui sont dans l’expectative

Relativement épargnés par une épidémie qu’ils espèrent désormais sous contrôle, l’Allemagne, l’Autriche ou encore le Danemark se risquent prudemment à un déconfinement progressif de leurs populations. Les Pays-Bas et la Suède, qui se sont refusés à adopter des mesures coercitives et assument une stratégie d’immunité collective, malgré une mortalité conséquente, restent sous pression. Dans quel sens évolueront-ils dans les prochaines semaines ?

6 – Amériques : la bourse ou la vie

Sauver l’économie ou sauver des vies, voilà le dilemme de Trump et Bolsonaro. À la tête de grands Etats fédéraux, tentés par le déni de l’épidémie, les yeux rivés sur les sondages, les deux leaders populistes doivent toutefois composer avec des gouverneurs en prise avec la réalité sanitaire et des systèmes sociaux peu préparés à affronter une crise d’une telle ampleur. Au Venezuela, où il ne reste pas grand chose à sauver de l’économie, Maduro est plus encore désarmé contre l’épidémie.

7 – Afrique et Inde : des bombes à retardement

Relativement épargnés pour l’instant, le continent africain et le sous-continent indien suscitent les plus grandes inquiétudes. Entre systèmes de soins délabrés, économies largement informelles, tensions sur l’approvisionnement alimentaire et fragilité structurelle de nombreux régimes, bien des Etats se trouveront démunis face à une vague épidémique importante. Un rapport remis récemment au Quai d’Orsay invite la France à anticiper des bouleversements majeurs en Afrique.

 

Immunité collective, confinement et perspectives :

L’Imperial College modélise l’impact de plusieurs stratégies face à l’épidémie, Le Monde :

« Face à un virus contre lequel n’existent encore ni vaccin ni traitement à l’efficacité éprouvée, quel serait l’impact de mesures non pharmaceutiques pour réduire la mortalité et la pression sur le système de santé ? C’est la question à laquelle s’est attachée l’équipe de Neil Ferguson, spécialisée dans les modélisations des épidémies, et qui a fait porter ses analyses sur les cas du Royaume-Uni et des Etats-Unis. La réponse est glaçante : quelles que soient les stratégies mises en œuvre, le nouveau coronavirus aura des répercussions « profondes » et de longue durée sur ces pays et les nations comparables, et les mesures ne garantiront pas contre un éventuel rebond de l’épidémie.

[…] Neil Ferguson a voulu comparer deux options s’offrant aux décideurs politiques, étant estimé d’emblée que l’alternative du « laisser-faire » se traduirait par 510.000 et 2,2 millions de morts respectivement au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, avec un pic de mortalité fin mai début juin. Ces deux options sont qualifiées de « mitigation » (atténuation) et de « suppression » (endiguement), en jouant sur cinq types d’action : isolement des cas confirmés à domicile ; mise en quarantaine de leur famille ; distanciation sociale des personnes de plus de 70 ans, distanciation élargie à l’ensemble de la population ; fermeture des écoles et des universités.

[…] La première option, l’atténuation, n’a pas pour objectif premier d’interrompre complètement la circulation du virus mais de réduire l’impact sanitaire de l’épidémie. Pour y parvenir, différentes possibilités sont étudiées, comme la mise en quarantaine des cas identifiés et de leur famille, la fermeture des écoles et des mesures plus ou moins étendues de « distanciation sociale ». Dans ce scénario, l’immunité de la population se renforce au fil de l’épidémie, conduisant, in fine, à un déclin du nombre de cas. C’est peu ou prou celle envisagée un temps par le gouvernement de Boris Johnson, misant sur une acquisition d’une protection immunitaire collective lorsqu’un pourcentage suffisant de la population a été atteint. […] La seconde option, l’endiguement, vise à faire en sorte qu’un individu donné transmette le virus à moins d’une personne, conduisant à l’extinction de l’épidémie. Cette stratégie appliquée par la Chine de façon autoritaire suppose des mesures plus radicales allant jusqu’au confinement de la population entière. Mais après cinq mois d’un tel régime, l’épidémie risquerait de flamber en cas d’interruption de ces mesures.

[…] L’équipe de l’Imperial College a donc imaginé une stratégie où les mesures de « suppression » seraient périodiquement allégées, puis réinstaurées dès que les cas se remettraient à menacer les capacités de prise en charge. A l’échelle du Royaume-Uni, elles devraient être en vigueur les deux tiers du temps jusqu’à ce qu’un vaccin soit disponible, ce qui n’est pas envisagé avant douze à dix-huit mois, et poseraient de grandes difficultés d’adaptation des structures collectives. « Notre principale conclusion est que l’atténuation n’empêcherait pas une augmentation des cas qui excéderait jusqu’à huit fois les capacités en lits d’hôpitaux et de réanimation, dans le scénario le plus optimiste », écrivent les chercheurs. Et même si l’ensemble des patients pouvaient être pris en charge, il y aurait encore 250 000 morts au Royaume-Uni et jusqu’à 1,2 million aux Etats-Unis. La conclusion est que l’endiguement de l’épidémie « est la seule stratégie viable actuellement. Les effets sociaux et économiques des mesures nécessaires pour y parvenir seront profonds. »

Plus le confinement sera efficace, plus importante sera l’épidémie à venir, Huffington Post :

« Toutes ces simulations peuvent se résumer ainsi : les mesures prises peuvent chercher à arrêter totalement l’épidémie temporairement, ou bien à aplatir simplement la courbe. Cette dernière option veut dire qu’autant de personnes seront contaminées, mais sur une période plus étalée. Un tel scénario réduirait le pic de malades nécessitant des soins intensifs de deux tiers et le nombre de morts de moitié. Mais même dans un scénario de mitigation « optimal », la demande de lits serait huit fois supérieure à la capacité actuelle aux États-Unis ou en Grande-Bretagne.

[…] Les auteurs estiment donc que cette stratégie n’est pas la bonne. On ne peut pas simplement aplatir la courbe. Ce qu’il faut, c’est réussir à stopper l’épidémie, à faire en sorte que chaque personne infectée contamine moins d’une personne en moyenne. Le plus efficace consiste à créer une distanciation sociale pour l’ensemble de la société, isoler les cas, mettre les foyers entre quarantaine et fermer les écoles. Dans ce cas-là, la courbe monte bien moins haut et chute plus vite, ce qui permet d’éviter un engorgement des hôpitaux. Le gros problème : « plus cette stratégie sera efficace pour une neutralisation temporaire, plus importante sera l’épidémie à venir en l’absence de vaccination », explique l’étude.

[…] « La seule façon définitive d’en finir avec une épidémie, c’est que suffisamment de personnes soient immunisées », rappelle Jean-Stéphane Dhersin. Pour cela, il n’y a pas 36 solutions : il faut soit avoir été infecté par le virus du Covid-19 et être guéri, soit avoir été vacciné. Or, ce que nous apprend l’étude de Neil Ferguson, c’est que laisser le nouveau coronavirus toucher une majorité de la population entraînera un grand nombre de morts. D’où l’appel des auteurs à tenter l’autre solution : endiguer la propagation du virus. Mais même si nous réussissons à supprimer l’épidémie, elle risque de revenir. « Pour empêcher un rebond de la transmission, les mesures doivent être maintenues jusqu’à ce qu’un large stock de vaccins soit disponible pour immuniser la population, ce qui pourrait prendre 18 mois ou plus », expliquent les auteurs.

[…] « Il ne faut que quelques mois pour faire baisser le nombre de cas, mais il est ensuite difficile de lever les mesures prises », nous précise Neil Ferguson. Ainsi, si la Chine et la Corée du Sud semblent avoir endigué l’épidémie, les deux pays « adoptent actuellement une stratégie consistant à effectuer un grand nombre de tests, ainsi qu’une mise en quarantaine et une distanciation sociale plus ciblées, mais de nombreuses mesures d’urgence sont encore en place », précise-t-il. Et rien ne dit que Pékin et Séoul ne devront pas mettre en place des mesures plus contraignantes dans les mois à venir.

[…] En clair, si l’on voit à plus long terme, il serait nécessaire d’appliquer par intermittence pendant de longs mois ces différentes mesures. Au moindre signe de retour d’un pic épidémique, des fermetures et autres confinements devraient être à nouveau mis en place pour encore une fois endiguer la progression de l’épidémie. En attendant d’avoir un vaccin pour en finir véritablement. […] Les auteurs de l’étude rappellent en guise de conclusion « qu’il n’est pas certain que la suppression réussira sur le long terme; aucune intervention de santé publique ayant des effets aussi perturbateurs sur la société n’a été tentée auparavant pendant une période aussi longue. La manière dont les populations et les sociétés réagiront reste incertaine. »

Il faudra apprendre à vivre avec le coronavirus, Le Devoir :

« Tout semble indiquer que le SRAS-CoV-2 qui a réussi à conquérir la planète y survivra au-delà de la présente épidémie et qu’on mettra beaucoup de temps avant de retrouver notre vie d’antan. En 2003, l’épidémie de SRAS a fini par s’éteindre et le coronavirus qui en était responsable, par disparaître de la surface de la Terre. Mais l’infectiologue Raymond Tellier rappelle qu’à la différence du virus de la Covid-19, celui du SRAS ne se transmettait pas par les personnes asymptomatiques et il n’était pas aussi contagieux. Et c’est en grande partie pour ces raisons qu’il n’a pas engendré de pandémie. Étant donné que le virus de la Covid-19 s’est répandu à l’échelle de la planète, il serait illusoire de croire que l’on pourra l’éradiquer, affirment les experts. Même si nous réussissons à arrêter l’épidémie actuelle, il resurgira vraisemblablement de façon saisonnière, à l’instar des divers virus respiratoires, dont l’influenza, qui réapparaissent chaque hiver.

[…] Mais comment l’épidémie finira-t-elle par se dissiper ? Cela ne peut se terminer que de deux façons, soit « en interrompant toutes chaînes de transmission, ce qui veut dire qu’avant de laisser sortir tout le monde, on doit attendre qu’il n’y ait plus de virus susceptibles de se transmettre. Or ce ne sera probablement pas réalisable parce qu’il y aura toujours une région de la planète où le virus continuera de circuler et il pourra réenflammer les chaînes de transmission. De plus, on ne pourra pas maintenir un confinement aussi sévère indéfiniment », affirme le Dr Tellier. […] Une pandémie peut aussi se terminer quand l’immunité de la population franchit un certain seuil au-delà duquel il ne peut plus y avoir d’épidémie à large échelle. Or cette immunité peut être acquise de deux manières : en survivant à l’infection ainsi que par la vaccination. Pour déterminer quelle proportion de la population doit être immunisée pour qu’on puisse espérer que l’épidémie s’arrête, on se sert du paramètre de reproduction de base du virus (Ro) qui correspond au nombre moyen de personnes qu’un malade peut infecter. Ainsi, en assumant que le Ro de la Covid-19 est de trois, ce qui veut dire qu’une personne atteinte est susceptible d’en contaminer trois autres, on a calculé qu’il faudrait que de 66 à 70% de la population soit immunisée pour que l’épidémie se tarisse et ne se réenflamme pas. Or « nous sommes encore très loin de ça ! » lance le Dr Tellier. « La stratégie qu’on semble vouloir appliquer en ce moment est de ralentir la propagation pour s’assurer que le système hospitalier ne soit pas débordé et qu’on puisse ainsi maintenir le taux de mortalité le plus bas possible en attendant la mise au point d’un vaccin et de médicaments antiviraux. », résume-t-il.

[…] Néanmoins, même avant l’obtention d’un vaccin, quand le nombre de cas aura grandement diminué au point où « notre système de santé sera à nouveau en mesure de s’occuper de tous les patients autres que ceux atteints de la Covid-19, on pourra commencer le déconfinement », affirme la Dre Marie-France Raynault, de l’École de santé publique de l’Université de Montréal. […] Comment se passera le déconfinement, et pourrons-nous éviter une seconde vague ? La Dre Raynault croit qu’il faudra « déconfiner par petites étapes et procéder à un monitorage » à chacune de ces étapes. « On va rouvrir un peu plus de commerces, comme les centres de jardinage et les minières, notamment, et on surveillera pour voir si notre système de santé est capable de l’absorber. Il y aura probablement une petite augmentation du nombre de cas, mais ce n’est pas mauvais, pour autant qu’on continue à protéger les personnes qui sont le plus à risque, car cela permet à la population de s’immuniser tranquillement. La dose de réouverture sera déterminée par la capacité de notre système de santé à remplir sa mission générale, et on devra se réajuster selon ce qui se passera. Si tout continue de bien aller, on continuera à rouvrir progressivement, les services de garde notamment, et éventuellement les écoles. Les plans de réouverture qui sont envisagés en Europe sont progressifs et combinés à une surveillance étroite de la situation. Si après trois jours ça flambe, on devra serrer la vis un peu plus », explique-t-elle.  […] Si on veut éviter une seconde vague, il ne faut pas relâcher les mesures de distanciation trop vite, poursuit la Dre Raynault. « Tant qu’il n’y aura pas une proportion suffisante de la population qui a eu la maladie et qui possède des anticorps, on risque d’avoir une autre flambée. Il suffira de quelques cas pour que la transmission reprenne », précise-t-elle. « Le danger est de lever trop de mesures en même temps. L’épidémie risquerait alors de repartir et on serait dans ce cas obligés de remettre en place des mesures sévères qui seraient très mal acceptées. Il est donc préférable d’y aller doucement plutôt que de risquer de paralyser l’économie encore longtemps. »

Yves Gaudin : « la fin du confinement ne sera pas la fin de la pandémie », Le Figaro

« Vers début ou mi-mai, le développement de l’épidémie en France ne sera pas au même stade que dans les autres grands pays. Si les mesures prises ici ont eu l’effet attendu, il risque d’y avoir, à la même période, toujours de nombreux cas aux États-Unis et peut être en Grande-Bretagne. Tandis que dans les pays d’Europe du Nord, l’évolution pourrait être plus contenue, car les populations y sont plus raisonnables, notamment pour se soumettre au confinement. […] En France, il restera des personnes malades ou asymptomatiques, et il y aura des risques d’importations d’autres pays européens quand les frontières seront rouvertes.

[…] Dans l’hypothèse la plus optimiste, nous pourrions avoir quelques mois de répit. On peut espérer que le virus aurait moins d’effet pendant les mois les plus chauds. Le système immunitaire des personnes est alors plus efficace, et les fameuses micro-gouttelettes seraient moins contaminantes sous le soleil.  […] Globalement, le nombre de cas dans l’hémisphère Sud, notamment en Australie, est relativement bas. Il pourrait y avoir une saisonnalité du virus qui serait moins contagieux pendant les périodes chaudes et qui passerait ainsi d’un hémisphère à l’autre, avec une reprise à l’automne.

[…]  Dans l’hypothèse optimiste, nous pouvons espérer une période de répit jusqu’à fin août, avec peu de cas de malades et moins d’encombrements des services d’urgence et de réanimation des hôpitaux jusqu’au milieu de l’automne. Ce sera l’opportunité de se remettre en ordre de bataille. Il y a cependant un grand risque d’une deuxième vague qui touchera davantage de personnes. C’est généralement ce qu’il se passe pendant les épidémies et ce qui a été observé pendant toutes les grosses épidémies de grippe, espagnole ou asiatique, au siècle dernier.

[…] Il faut se préparer à vivre avec ce virus au minimum pendant dix-huit mois à deux ans. Il faudra attendre qu’on atteigne une « immunité de troupeau », c’est-à-dire que 60 à 70% de la population mondiale soit vaccinée ou ait développé des résistances. Le virus pourra alors circuler moins facilement. […] Quelle que soit l’évolution de l’épidémie, il restera des « poches » du virus dans certains pays dans le monde, même si un vaccin est conçu. Cependant, aucun vaccin n’a jamais été élaboré contre un coronavirus. Cette famille de virus mute généralement plutôt rapidement, ce qui peut avoir une influence sur la durée de la protection induite par la vaccination. »

Une fois remis de la maladie, sera-t-on immunisé contre le coronavirus ?, Le Temps

« Que se passe-t-il une fois remis de la maladie ? Sommes-nous immunisés et, surtout, combien de temps dure cette immunité ? Autant d’aspects sur lesquels les scientifiques s’interrogent sans que des réponses définitives puissent encore être apportées. Les données concernant le SARS-CoV-2 étant encore lacunaires, les chercheurs s’appuient sur les connaissances glanées lors des épidémies de SARS-CoV-1 et de MERS, mais aussi sur des travaux menés plus récemment sur le Covid-19, qui tendent à confirmer l’existence d’une immunité acquise contre ce nouveau coronavirus.

[…] Comment dès lors expliquer les cas relatés de réinfections en Asie ? Selon un travail en pré-impression publié le 26 mars et conduit entre plusieurs instituts chinois et le Massachusetts Institute of Technology, sur 260 patients touchés par le Covid-19 et testés de nouveau positifs, plusieurs facteurs explicatifs peuvent être avancés. Parmi ces derniers, la question de la fiabilité des tests de dépistage, dits PCR, est notamment mise en avant. […] Il s’avère en effet que les tests utilisés dans les hôpitaux peuvent non seulement produire des résultats faussement positifs, mais également de faux négatifs. […] Ce manque de sensibilité pourrait expliquer pourquoi des personnes atteintes par le Covid-19 ont été testées négatives à leur sortie de l’hôpital, puis positives plus tard, laissant croire à une possible réinfection alors que celle d’origine était en réalité probablement toujours présente.

[…] Reste une question: combien de temps pourrait durer une immunisation au SARS-CoV-2? « Pour certaines pathologies comme la polio ou la varicelle, elle peut perdurer toute la vie, alors que pour beaucoup d’autres, ce n’est pas le cas, explique Nicolas Christakis, directeur du Human Nature Lab de l’Université de Yale. En ce qui concerne ce coronavirus, il faudra, pour le savoir, davantage de recul, et nous n’en sommes qu’au début de l’épidémie. Tout ce que nous pouvons faire, pour le moment, c’est attendre et observer. »

[…] La réponse immunitaire aux différents coronavirus peut, par ailleurs, considérablement varier, rendant difficile toute estimation. Ainsi, ceux circulant en boucle dans les populations humaines et causant des pathologies bénignes, comme des rhumes, induisent une immunité oscillant, selon les calculs, entre trois mois et trois ans. Coévoluant avec le système immunitaire humain depuis des milliers d’années, ces virus se sont probablement adaptés à leurs hôtes pour devenir moins virulents, tout en parvenant à mieux manipuler notre réponse immunitaire. »

Immunité collective : les nouvelles ne sont pas très bonnes, Ouest France

« L’immunité collective. C’est un des espoirs sur lequel bon nombre de scientifiques et politiques misent pour stopper la pandémie de coronavirus qui a d’ores et déjà fait 140 000 morts dans le monde. Un espoir qui semble désormais se réduire comme peau de chagrin à la suite d’une étude préliminaire chinoise relayée par le Wall Street Journal. […] Après 76 jours de mise sous cloche, les autorités chinoises de la ville de Wuhan, épicentre d’origine de la pandémie, viennent en effet de commencer une campagne de tests sérologiques auprès de milliers de personnes retournant travailler et de personnes asymptomatiques pour obtenir une image plus claire des niveaux d’immunité dans la ville et essayer de prévenir une deuxième vague de maladie.

[…] Première mauvaise nouvelle : le nombre de personnes testées qui ont développé des anticorps est encore bien loin de l’immunité collective tant espérée. Et il pourrait y avoir encore des milliers de cas asymptomatiques non identifiés dans la ville de 11 millions d’habitants. […] Seconde mauvaise nouvelle : l’hôpital Zhongnan, un des plus grands de la ville, a constaté que seuls 2,4% de ses employés (3.600 testés, tous en bonne santé) et 2% à 3% des patients récents et autres visiteurs (5.000 testés), y compris les personnes testées avant de retourner au travail, avaient développé des anticorps. « C’est loin de l’immunité collective », a déclaré Wang Xinghuan, directeur de l’hôpital de Zhongnan. Et le directeur de rajouter : « Donc, un vaccin peut être notre dernier espoir. »

[…] Mais un autre problème se pose au sujet des anticorps et de la possibilité d’une réinfection au coronavirus. Selon Lin Xihong, professeur de biostatistique à Harvard, « il n’est pas sûr de supposer que si l’on a un test d’anticorps positif, on soit immunisé et puisse retourner au travail ». Une étude réalisée sur 175 patients guéris à Shanghai montre en effet que la plupart d’entre eux ont développé des anticorps neutralisants entre 10 et 15 jours après le début de la maladie, à diverses concentrations. Mais « savoir si la présence d’anticorps signifie immunité est une question différente », a noté Maria Van Kerkhove, une des responsables de la gestion de l’épidémie à l’OMS.

[…] Et pire : « On ne sait pas si les anticorps qu’on développe soi-même contre le virus ne sont pas un risque d’augmenter la maladie », indique Frédéric Tangy, notant que les symptômes les pires du Covid-19 arrivent tardivement, au moment où le patient a développé des anticorps. […] Pas d’éléments probants non plus pour l’instant pour dire qui développerait des anticorps plus efficaces : malades les plus gravement touchés ou les plus épargnés, personnes âgées ou jeunes… Face à ces incertitudes, certains s’interrogent sur la pertinence d’atteindre, via les contaminations, une immunité collective. « La seule véritable solution est un vaccin », estime ainsi Archie Clements, épidémiologiste à l’université australienne Curtin.

Des scientifiques estiment qu’il faut un vaccin avant de mettre fin au confinement, L’Express :

« Avant de retrouver une activité normale, il faudra patienter. Selon plusieurs scientifiques qui ont publié un article dans la revue médicale The Lancet, relayé par le Guardian, le confinement ne peut être levé tant qu’un vaccin contre le nouveau coronavirus n’a pas été trouvé. Les chercheurs de Hong Kong s’appuient sur la courbe épidémique de la Chine, qui risque de connaître une deuxième vague de la pandémie, alors que les autorités ont levé les interdictions de déplacement.

[…] « Bien que les politiques de contrôle soient susceptibles d’être maintenues pendant un certain temps, trouver de manière proactive un équilibre entre la reprise des activités économiques et le maintien du risque de contamination sera probablement la meilleure stratégie jusqu’à ce que des vaccins efficaces soient largement disponibles », explique ainsi Joseph T Wu, co-directeur de la recherche. « Les cas pourraient facilement réapparaître à mesure que les entreprises, les activités des usines et les écoles reprendront progressivement et augmenteront la mixité sociale, puisque le Covid-19 continue de se propager », ajoute-t-il. »

Un vaccin disponible dans 12 à 18 mois ?, Le Parisien 

« Tests de dépistage, traitements ou vaccins, les services de recherche des grands laboratoires pharmaceutiques sont engagés dans une course contre la montre afin de lutter contre le nouveau coronavirus Covid-19. Des dizaines d’essais cliniques sont en cours un peu partout dans le monde. […] Dans cette course, les formalités administratives peuvent être simplifiées et accélérées, et les ressources ne manquent pas. Des partenariats public-privé peuvent aussi permettre de diluer le risque financier lié aux investissements colossaux qu’exigent la recherche et la production.

[…] « Cela va prendre de 12 à 18 mois pour avoir un vaccin autorisé sur le marché », explique David Loew, vice-président exécutif de Sanofi et responsable de Sanofi Pasteur. L’industrie pharmaceutique reconnaît que ce délai est une estimation « agressive », mais réaliste si les délais légaux sont réduits. Une fois la formule validée par les agences de régulation, il faudra le produire en quantité suffisante et garantir l’approvisionnement sur toute la planète. « On parle de milliards de personnes, c’est un énorme défi », a souligné David Loew.

[…] Jamais un vaccin très efficace contre un membre de la famille des coronavirus n’a été conçu pour les humains. Le responsable du développement des vaccins au sein du groupe Takeda, Rajeev Venkayya, a averti que « la plupart des programmes » d’essai clinique lancés contre le Covid-19 sont condamnés à échouer. L’avantage d’engager des projets tous azimuts, a-t-il noté, est que « certains réussiront ».

Le déconfinement, une équation complexe, Le Monde :

« En freinant la vague épidémique, les autorités ont aussi retardé le moment où suffisamment de Français seront immunisés pour stopper définitivement la propagation du coronavirus. Faute de disposer d’un vaccin, cette « immunité de groupe » ne peut être acquise que par un contact avec le le virus . Pour l’atteindre, les épidémiologistes estiment qu’environ 60% de la population devrait avoir été infectée. Cet horizon paraît encore très lointain : selon les évaluations des épidémiologistes de l’Imperial College de Londres, seulement 3% de la population serait aujourd’hui immunisée.

[…] « Il y a encore beaucoup d’incertitudes sur le nombre de personnes ayant été infectées, mais nous sommes très probablement bien en dessous du seuil nécessaire à une immunisation collective », confirme Simon Cauchemez, modélisateur à l’Institut Pasteur. « Le confinement a permis de considérablement ralentir l’épidémie mais nous ne sommes pas sortis d’affaire. Nous sommes à un moment charnière et il est essentiel que nous maintenions tous nos efforts pour pouvoir fortement résorber le nombre de malades », poursuit le chercheur, soulignant que « des mesures fortes devront être maintenues au-delà du confinement pour éviter une reprise rapide de l’épidémie ».

[…] Plus encore que sa mise en place, la sortie du confinement est une opération complexe. Pour avoir une idée de ce à quoi pourrait ressembler « le jour d’après », les autorités s’appuient sur des modèles mathématiques. Paramétrés avec différentes données issues de la surveillance de l’épidémie, ils donnent un aperçu de l’exercice d’équilibriste qui attend les pouvoirs publics. Tous ces modèles reposent sur une donnée-clé appelée « nombre de reproduction », ou « R », dans le jargon. Ce chiffre correspond au nombre de personnes que chaque malade contamine en moyenne. Tant que le R est supérieur à 1 (un individu infecté contamine plus d’une personne), la courbe épidémique continue de monter. Elle peut cependant être ralentie par des mesures de distanciation sociale. Lorsque le R atteint la valeur 1, la courbe atteint son pic et reste en plateau. Elle redescend quand le R devient inférieur à 1, mais avec un risque de rebond lors de la levée des mesures contraignantes.
[…] Plusieurs modèles ont été imaginés pour contrôler la diffusion du virus dans la population. L’un des plus simples – sur le papier – consiste à alterner des périodes de « distanciation sociale » et des périodes de retour à la vie normale : c’est le « stop and go ». Dans une étude publiée le 16 mars, l’équipe de l’épidémiologiste britannique Neil Ferguson suggère ainsi d’utiliser comme indicateur le nombre d’admissions en réanimation : dès que l’on franchit le cap des 100 par semaine, les mesures de distanciation sociale doivent être réactivées, et dès que l’on retombe sous la barre des 50, elles peuvent être levées. Pour qu’une telle stratégie fonctionne, les auteurs estiment que le confinement doit être en place au moins les deux tiers du temps, jusqu’à ce qu’un vaccin soit disponible.
[…] Le modèle de l’épidémiologiste américain Marc Lipsitch reprend cette idée de stop and go, avec une dimension supplémentaire de saisonnalité. Dans cette hypothèse, le virus serait sensible aux variations climatiques. L’arrivée de l’été aux Etats-Unis permettrait de faciliter le contrôle de l’épidémie de Covid-19 mais exposerait à une « résurgence intense » à l’automne. Cette deuxième vague est d’autant plus à craindre qu’elle s’ajouterait à la grippe saisonnière, avec un impact d’autant plus fort sur le système de santé. Comme dans le scénario britannique, il faudrait plusieurs périodes de confinement et de déconfinement, sept, avant de parvenir à une immunité collective en 2022.
[…] D’autres modèles suggèrent une différenciation sur la base de l’âge. L’idée de départ est simple : puisque le coronavirus tue davantage les personnes âgées, il convient de les protéger le plus longtemps possible en les laissant confinées, tout en autorisant les moins âgés à ressortir de chez eux. C’est ce que recommande l’entreprise française Public Health Expertise, spécialisée dans la modélisation de stratégies médicales. Son simulateur de la population française reproduit, sur 500 000 personnes virtuelles, la structure d’âge et le nombre de contacts entre personnes en fonction de leur foyer, travail ou école. « Nous avons été surpris de voir qu’une levée de confinement en deux étapes, d’abord les moins de 65 ans, puis trois mois plus tard les plus de 65 ans, les plus à risque, cause presque dix fois moins de décès qu’une levée complète du confinement ».
[…] Outre les approches à l’échelle de la population, telles que le confinement, la lutte contre la pandémie s’appuie sur des mesures individuelles. Cette technique dite de « contact tracing » consiste, une fois un malade identifié, à repérer et à isoler les personnes ayant été en contact avec lui. La Corée, la Chine ou Singapour lui attribuent leur succès dans la maîtrise de l’épidémie. Cela suppose de recourir à un traçage numérique de ces contacts au moyen d’applications pour smartphone. […] Au-delà des questions éthiques et légales, de nombreuses interrogations techniques existent comme la fiabilité des détections, la sécurité du dispositif ou les contraintes d’un déploiement à grande échelle. En outre, de telles solutions supposent d’avoir des tests diagnostiques en quantité suffisante pour dépister toutes les personnes présentant des symptômes, même légers. Pour déterminer plus précisément qui pourra sortir et qui devra rester chez soi, les autorités auront aussi besoin de réaliser à très grande échelle des tests de dépistage. »

Israël étudie une stratégie de confinement alterné pour soulager l’économie, Israel Science Info :

« La plupart des projections indiquent que la distanciation sociale, les restrictions de mobilité et le confinement complet peuvent s’étaler sur plusieurs mois, un résultat potentiellement dévastateur pour la stabilité sociale et économique. L’un des défis est que les malades ne peuvent pas être isolés de manière sélective car de nombreux porteurs restent pré-symptomatiques pendant une période allant de plusieurs jours à deux semaines, des porteurs invisibles qui continuent d’être socialement actifs. Sans le confinement de l’ensemble de la population, l’isolement des porteurs ne peut être réalisé efficacement.

[…] Pour contourner ce défi, les chercheurs de l’Université Bar-Ilan, dirigés par le Dr Baruch Barzel du Département de mathématiques, ont conçu une stratégie basée sur l’alternance des confinements : d’abord diviser la population en deux groupes, puis alterner ces groupes entre confinement et activité classique à un rythme hebdomadaire. Associée à l’isolement des porteurs symptomatiques et à l’adoption de gestes barrières quotidiens, cette stratégie peut aider à vaincre le virus, tout en maintenant une activité socio-économique à 50%.

[…] Ainsi, la société serait divisée en deux groupes ayant peu d’interactions : une moitié active une semaine et l’autre active la semaine suivante. Cela ralentirait la propagation, mais son principal avantage est que cela permettrait d’isoler les porteurs invisibles, ceux qui sont pré-symptomatiques en période d’incubation. « Considérez les individus qui infectés pendant la semaine active. Ils sont maintenant en période pré-symptomatique, l’étape la plus dangereuse, où ils sont des porteurs invisibles. Dans le cadre d’un confinement alterné, ils entreraient maintenant en phase de confinement », explique le Dr Barzel.

[…] « En restant à la maison pendant une semaine, ils commenceront très probablement à présenter des symptômes et resteront donc isolés jusqu’à la guérison complète. Après une semaine de confinement, s’ils ne présentent aucun symptôme, ils ne sont probablement pas infectés et peuvent participer à des activités sociales et professionnelles au cours de leur semaine active. Par conséquent, l’alternance du confinement avec l’isolement complet des porteurs symptomatiques garantit qu’à tout moment, la majorité des porteurs invisibles sont inactifs, car leur période d’incubation passe forcément par une phase de confinement. »

[…] « Nous pouvons faire plus si nous adoptons également un comportement responsable. Nous nous attendons à ce que même pendant leur semaine active, les gens continuent d’interagir avec prudence : éviter les contacts physiques, augmenter l’espace personnel et pratiquer un comportement de protection. Ces mesures supplémentaires, lorsqu’elles sont associées à notre stratégie de confinement alterné peut aider à inhiber la propagation, nous permettant de surmonter le Covid-19 avec des conséquences économiques raisonnables », dit-il.

Les mesures strictes de confinement auraient peu d’impact sur l’épidémie, Le Soir :

« Les mesures les plus strictes de confinement en vigueur en Belgique ont un impact très marginal, ressort-il d’une étude comparative menée par Vincent Laborderie de l’UCLouvain, qui bien que « non finalisée » présente des résultats « suffisamment significatifs pour être diffusés ».

[…] L’étude met en comparaison l’évolution de nouveaux cas détectés et du nombre de nouvelles hospitalisations en Belgique et aux Pays-Bas. L’objectif est donc de comparer les performances de lutte contre la pandémie entre les deux pays qui ont adopté une approche différente : celle des Pays-Bas étant moins stricte. Chez nos voisins du nord, le respect de la distanciation sociale est la règle et les citoyens sont invités à se confiner, mais n’y sont pas contraints légalement. Les commerces sont restés accessibles et le télétravail est encouragé mais pas obligatoire.

[…] Il ressort de l’analyse comparative que pour « les nouveaux cas détectés quotidiennement, la différence entre les courbes belges et néerlandaises est infime » alors que voilà environ un mois que les deux approches sont effectives. « Ce résultat surprenant doit conduire à remettre fondamentalement en cause l’idée, à la base de toute politique de confinement, selon laquelle il faut être le plus restrictif possible pour être efficace », estime l’auteur de l’étude. Il indique également que « l’on peut même avancer que le confinement strict a des effets pervers sur la santé, et donc sur la gravité des symptômes en cas de contact avec le covid-19 ».

Chine : forces et faiblesses de l’autoritarisme

Les leçons de Wuhan pour enrayer l’épidémie, Le Monde :

« Un grand hall, quelques panneaux de contreplaqué pour former des unités, et des lits en fer : le secret de Wuhan pour juguler l’épidémie n’est pas très impressionnant. Chaque lit a un numéro, deux prises de courant, une table d’écolier et une grande boîte en plastique pour ranger les effets personnels des patients. C’est tout. Mais, par leur simplicité, ces sites, stades, salles de concert ou centres d’exposition transformés en hôpitaux de campagne en quelques jours, ont permis à Wuhan de traiter en masse les personnes présentant des symptômes mineurs de la maladie, soit 85% à 90% des cas. Une stratégie permettant à la fois de prendre en charge les malades bénins avec relativement peu de moyens, tout en les isolant de la société, mettant fin à la dynamique des contaminations, notamment intrafamiliales.

[…] Le 20 janvier, les autorités chinoises annoncent que la maladie se transmet bien entre humains, et le président déclare que la situation est « grave ». « Il y a eu un avant et un après cette annonce de Xi Jinping : à partir de là, c’est le branle-bas de combat. En Chine, le plus difficile c’est de faire connaître les problèmes. Une fois que le gouvernement a décidé qu’il y a un problème, ça va très vite », explique le docteur Zhao. Très vite et très fort : la première phase de quarantaine, lors de laquelle les habitants peuvent continuer à sortir faire les courses, donne des résultats mitigés. La construction de deux hôpitaux en une dizaine de jours, très médiatisée, paraît même dérisoire face à l’afflux de patients : ils comptent 2 600 lits en tout, alors que, chaque jour, plus de 3 000 nouveaux cas sont détectés. La ville change de stratégie : la quarantaine est durcie, plus aucune sortie n’est autorisée après le 14 février. Une économie de guerre se met en place avec l’approvisionnement des habitants par les comités de résidents.

[…] Parallèlement, à partir du 8 février, une campagne est lancée pour « interner tous ceux qui doivent être internés » : une formule militaire dont les modalités consistent à évaluer la santé de tous les habitants de Wuhan par des visites systématiques des comités de résidents, armés de thermomètres, et d’embarquer tous ceux qui présentent le moindre symptôme. Ils seront testés, et répartis en fonction de leur état, entre les hôpitaux pour les cas sérieux, les hôpitaux de campagnes pour les cas bénins mais confirmés, et les hôtels pour les personnes ayant été en contact avec des patients confirmés. Dans la ville, une quinzaine de ces hôpitaux de campagne sont installés en quelques jours.  […] Deux conditions sont nécessaires pour y être admis : être testé positif, et ne pas présenter de symptômes sérieux. Les médecins, qui arrivent en renfort de toutes les provinces de Chine, examinent les patients à la chaîne. Rapidement, les sites sont de mieux en mieux équipés : Wi-Fi de rigueur pour occuper les malades, et scanner pour les examiner – des machines sont apportées dans des conteneurs, prêtes à l’emploi. Outre l’isolement des malades, ces sites permettent aussi le triage : les patients dont les symptômes empirent sont repérés plus vite que s’ils restaient chez eux, et peuvent être envoyés vers les hôpitaux référents.

[…] « Ces structures de campagne répondent à deux objectifs. D’abord, isoler les patients Covid-19, ne pas les laisser contaminer la communauté ou les hôpitaux. Deuxièmement, apporter des soins aux patients, qui ont peur, toussent, ont de la fièvre », explique Zhang Junjian, professeur de neurologie à l’université de Wuhan. […] Philippe Klein, directeur d’une clinique traitant les expatriés à Wuhan, voudrait que la France s’inspire de l’exemple de la métropole chinoise. « C’est la méthode que je voudrais voir appliquer en France pour arrêter le brassage de la population », insiste-t-il. Consulté par la maire de Paris, Anne Hidalgo, qu’il a aidée à établir son plan de déconfinement, il est également contacté par Emmanuel Macron le 21 mars. « Depuis, je vois que les choses ne bougent pas », regrette celui qui a exercé comme généraliste en France pendant vingt ans, et qui appelle à « agir rapidement, et brutalement. »

La Chine face à la pandémie : confinements, outils numériques et mobilisation industrielle, Institut Montaigne :

« La Chine est à la fois le berceau de l’épidémie de Covid-19 et le pays qui a pris les mesures les plus fortes pour l’endiguer. Jusqu’à présent, ces mesures ont été couronnées de succès, en dépit d’un démarrage tardif et d’un nombre de dépistages qui reste insuffisant malgré les efforts déployés en la matière. L’approche chinoise se distingue par la rigueur des mesures de confinement, le recours à des outils numériques et la mobilisation des industries médicales. Le coût économique est très élevé. La Chine promeut désormais sa réponse à la crise dans le monde et émerge en tant que principal fabricant mondial d’équipements médicaux nécessaires à la lutte contre la pandémie.

[…] La réponse globale de la Chine à la crise peut être résumée en trois phases : une période initiale de déni, marquée par l’absence de mesures appropriées pour contenir l’épidémie ; une volte-face politique le 20 janvier, à l’origine de mesures de confinement inédites, sans égal dans le monde, à partir du 23 janvier, adossées à des moyens et outils de contrôle résidentiel et de traçage numérique ; et à partir du 19 mars, la revendication d’une victoire contre le virus, l’accent étant désormais mis sur les cas importés. Alors que les capacités de production chinoises en matière d’équipements de protection individuelle sont extrêmement sollicitées, la Chine ambitionne de réécrire le récit mondial du Covid-19. Pourtant, ce récit ne peut faire l’impasse sur les origines de la flambée épidémique.

[…] Les patients confirmés doivent être hospitalisés. Tout individu ayant eu un contact étroit avec un cas confirmé ou arrivant d’une zone à haut risque, est soumis à une quarantaine obligatoire. Il convient de se plier à l’enquête épidémiologique, aux dépistages, à la collecte d’échantillons et à l’isolement. Les organes de sécurité publique et les outils de surveillance numérique sont massivement utilisés. Les traitements médicaux sont gratuits et sont couverts par les assurances et certaines subventions gouvernementales. S’ils refusent de se plier à la quarantaine ou n’en respectent pas les termes, les cas confirmés et suspects sont accusés de mettre en danger la sécurité publique.

[…] Plusieurs provinces et plusieurs villes rendent le port des masques obligatoire. La pression sociale, importante en la matière, fait le reste. Par ses directives, le Centre chinois de contrôle et de prévention conseille également de porter des masques chirurgicaux ou des masques N95 dans les espaces publics et les transports en commun, ainsi que de conserver chez soi quelques masques, des thermomètres et du désinfectant, vus comme des « nécessités du quotidien ». Pour garantir l’approvisionnement en masques, les droits de douane sur les dons de masques en provenance de l’étranger sont supprimés et des subventions sont accordées aux entreprises qui en importent.

[…] L’une des caractéristiques de la réponse chinoise réside dans la mobilisation ou la réorganisation des capacités de production dans un laps de temps resserré, afin de répondre à la demande intérieure d’équipements médicaux. […] Pour encourager la production, une plateforme est mise en place afin de mettre en relation les fournisseurs et les acheteurs d’équipements médicaux essentiels. Répondant ainsi à la crainte soulevée par le risque d’une surcapacité de production, le gouvernement promet par la suite qu’il absorbera tous les produits excédentaires et les stockera après la crise. […] Une simplification apportée aux processus de certification permet aux entreprises d’acquérir de nouvelles lignes de production ou de détourner leurs lignes de production existantes pour prendre part à la production de masse d’équipements médicaux.

[…] Le système de « crédit social », qui est désormais qualifié de « clé maîtresse » de la résolution des problèmes au moyen de récompenses et de punitions, est également appliqué aux politiques de prévention et de contrôle du Covid-19. La portée des mesures punitives et leur mise en œuvre varient considérablement selon les autorités locales et il n’existe pas de norme nationale. Mais les mesures punitives viennent souvent sanctionner la dissimulation des antécédents de santé et de contact, le refus de l’isolement et d’observation médicale, la violation de l’obligation de porter un masque ou le non-respect de l’interdiction des rassemblements, y compris à domicile.

[…] L’utilisation du big data est une autre clé de la gestion de la crise. Depuis le 20 janvier, les autorités locales doivent communiquer quotidiennement les évolutions liées au virus, et la Commission nationale de santé publie un rapport quotidien des cas confirmés. Est également communiquée, sur les sites des autorités locales, une liste des hôpitaux disposant d’un service grippal compétent pour traiter le coronavirus. Les données officielles sont devenues la source des mises à jour majeures du Covid-19 sur les sites et les applications. Mais certaines entreprises vont beaucoup plus loin. Par exemple, la plateforme Baidu note l’emplacement des patients atteints de coronavirus sur ses cartes, sans révéler leurs noms ou leurs données personnelles, ainsi que l’historique de leurs déplacements, permettant ainsi aux usagers d’éviter les zones présentant un risque d’infection. La plateforme fournit des informations sur le nombre de lits disponibles dans les hôpitaux.

[…] Les données et analyses fournies par les entreprises publiques de télécommunications et par les opérateurs de services cartographiques sont utilisées pour surveiller les flux de population et pour prédire les tendances à venir, permettant une meilleure allocation des ressources de prévention et de soin. En raison de la pénurie de ressources humaines, les données sur la consommation d’électricité sont aussi utilisées dans la zone résidentielle de Hangzhou pour surveiller en temps réel et contrôler les résidents placés en quarantaine et les personnes âgées vivant seules. Afin de s’assurer que les utilisateurs restent connectés, l’approvisionnement en services et en télécommunications est assuré même en cas de factures impayées. »

La crainte d’une deuxième vague en Chine, FranceTv Info :

« L’épidémie de coronavirus est loin d’arriver à son terme en Chine. « Il y a toujours la possibilité d’une deuxième vague, notamment avec ses Chinois qui reviennent de l’étranger, porteurs du Covid-19 : 98 nouveaux cas aujourd’hui. Les contrôles ont été resserrés dans les villes frontières et les aéroports », annonce le journaliste Arnauld Miguet depuis la ville de Wuhan. Les personnes sont dépistées et, si elles sont testées positives au coronavirus, peuvent être mises en quarantaine durant une période allant de 14 à 28 jours. À Wuhan, foyer de contamination du virus, les précautions restent de rigueur. « Le port du masque reste obligatoire. Il le sera jusqu’à l’été, les contrôles de température aussi. La vie sociale n’a pas repris, loin de là. Le déconfinement est très lent et très progressif. »

Qui osera demander des comptes au régime chinois ?, Le Figaro :

« Au compte-gouttes, des informations indépendantes commencent à sortir de Chine sur le réel bilan humain du Covid-19. Il est effrayant. Un site chinois réputé va jusqu’à faire état de 59.000 morts pour la seule ville de Wuhan, et de plus de 97.000 pour toute la Chine. Pour contourner la censure, des citoyens de Wuhan ont notamment observé la livraison des urnes funéraires avant la Fête des morts qui a lieu le 5 avril. Depuis le 23 mars, les funérariums de Wuhan distribuent en moyenne 3.500 urnes par jour aux familles des victimes. Plus que le bilan officiel de 3.400 morts… Ces chiffres commencent à circuler dans les médias asiatiques. Qui pouvait croire que la Chine avait été mise à l’arrêt pour un virus qui n’allait causer la mort « que » de 3.200 personnes dans le pays le plus peuplé de la planète ? Le nombre de personnes contaminées en Chine dépasserait le million.

[…] Pourtant l’OMS et la communauté internationale acceptent poliment les chiffres officiels chinois qui sont relayés dans tous les médias. Le régime chinois aurait-il encore une fois gagné en imposant un mensonge d’État ? Un mensonge qui a des répercussions dramatiques puisqu’il explique en partie le manque de réaction des pays européens au début de la crise. Xi Jinping a donc une responsabilité colossale dans la pandémie qui frappe le monde. Il a préféré préserver ses intérêts plutôt que la santé de centaines de millions de personnes. En plus de mentir, le régime chinois s’emploie à jeter le doute sur l’origine du virus. Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères a déclaré que l’armée américaine aurait introduit le virus à Wuhan. Peu de temps auparavant, des officiels chinois ont parlé de « virus japonais ».

[…] La pandémie est pour Xi Jinping et l’appareil du PCC une opportunité de relancer sa mécanique de contrôle et d’étouffement de la contestation. Dépeint par la propagande comme le commandant suprême victorieux de « la guerre du peuple » contre le coronavirus, Xi Jinping reprend la main après une crise qui a plongé la Chine dans le doute. Et la presse a été invitée à célébrer l’héroïsme des sauveteurs plutôt que les souffrances des populations ou les négligences de l’administration. La construction d’un hôpital en dix jours a ainsi été un contre-feu médiatique efficace pour masquer les insuffisances du système de santé.

[…] Des dizaines de militants des droits humains, journalistes et avocats ont été harcelés, arrêtés ou mis au secret depuis le début de la pandémie. Le juriste Chen Qiushi et un entrepreneur, Fang Bin, ont été arrêtés pour avoir collecté des informations à Wuhan. À Canton, le juriste démocrate Xu Zhiyong et sa compagne ont été placés en détention pour avoir critiqué la gestion de la crise. Selon le réseau Chinese Human Rights Defenders, il y a eu fin janvier près de 300 interpellations pour « propagation de rumeurs ». De même, les articles, vidéos et commentaires sur les premiers cas de malades ont été censurés. Un rapport interne du gouvernement, publié dans la presse de Hong Kong, confirme cette volonté des autorités chinoises de cacher la vérité au prix de la santé de la population. Les premiers médecins de Wuhan à avoir tiré la sonnette d’alarme en décembre ont été convoqués, réprimandés par leurs supérieurs ou les officiels de la ville. Des hôpitaux ont modifié les rapports médicaux sur les premiers patients, en éliminant toute trace de pneumonie virale. Malgré les évidences, les officiels chinois ont nié jusqu’au 20 janvier, la propagation du coronavirus entre les humains.

[…] Les négligences et le déni des autorités auront donc fait perdre plus d’un mois pour endiguer la dissémination du virus. Des milliers de personnes avaient déjà été contaminées. Le responsable de la cellule qui pilote la lutte contre le coronavirus a reconnu que le nombre de malades aurait pu être massivement réduit si les autorités avaient agi plus vite. Cette crise confirme que l’information sur la santé est étroitement contrôlée, et que la Chine n’accepte pas les regards extérieurs quand elle est en situation de faiblesse. Une dizaine de journalistes étrangers notamment du New York Times et du Washington Post ont été privés de leur droit de travailler depuis février, et les sites Internet de médias étrangers ou de plateformes comme Twitter sont bloqués en Chine.

[…] L’obsession du PCC est aujourd’hui d’écrire et de raconter la crise du Covid-19 à sa manière, comme il le fait depuis 70 ans. Rappelons que le massacre de la place Tiananmen de 1989 n’existe pas dans l’histoire officielle. En plus de réécrire l’histoire, le régime de Pékin veut aujourd’hui apparaître comme un soutien des pays touchés par le Covid-19. De responsable, il veut devenir sauveur. Après la politique des pandas, on assiste à la politique des masques. Avec quelques envois médiatisés et naturellement utiles pour les Européens, le gouvernement chinois tente de faire oublier sa responsabilité.

[…] Xi Jinping veut également faire croire à sa population et aux Occidentaux que seul un régime non démocratique peut gérer ce type de crise. Le confinement absolu de la population et la réponse sanitaire massive semblent avoir endigué le Covid-19. Mais des pays démocratiques comme la Corée du Sud et Taïwan ont bien mieux réussi que la Chine en utilisant la transparence et la mobilisation des services publics et des citoyens. La vraie différence entre les pays a été la rapidité de décision face à cette pandémie.

[…] Cette pandémie a d’ores et déjà un coût astronomique pour nos sociétés et nos économies. Le gouvernement français, et plus largement les pays touchés, auront-ils le courage de demander au gouvernement de Pékin de prendre en charge une partie de ce coût? Et oseront-ils demander au régime communiste de rétablir la vérité sur le bilan humain et de cesser la répression actuelle? Nous l’espérons mais notre expérience en matière de relations entre l’Europe et la Chine nous laisse à penser que rien de cela ne sera fait. »

Tigres asiatiques : le pari de l’endiguement

Corée du Sud : dépistages, investigations ciblées, surveillance et traçage, Institut Montaigne

« La République de Corée est désormais prise en exemple par l’OMS, pour l’ensemble des mesures qu’elle a prises pour répondre à la crise du coronavirus. Le gouvernement est jusqu’à présent parvenu à contenir l’épidémie sans confinement ni fermeture de ses frontières. Le nombre de cas recensés dans le pays est malgré tout élevé. La République de Corée a développé une stratégie de dépistages de masse, avec une capacité quotidienne de 20.000 tests. La première phase de la réponse coréenne rappelle à bien des égards les approches singapourienne et taiwanaise, avec notamment une réaction rapide du gouvernement par anticipation de la crise et le recours à des procédures mises au point après l’épidémie du MERS de 2015, qui avait causé 38 décès en Corée du Sud. Cependant, le pays a dû lutter contre un important foyer de cas recensés dans la ville de Daegu, conséquence des activités de l’Église Shincheonji. L’existence de ce foyer a accéléré le choix, par le gouvernement, d’un recours à des dépistages de masse.

[…] La gestion de crise sud-coréenne repose sur une campagne de dépistage de grande échelle. Après l’épisode de la mauvaise gestion de l’épidémie de MERS en 2015, le KCDC crée un processus d’autorisation rapide des kits de dépistage, qui autorise un lancement immédiat de la production en cas d’épidémie. Auparavant, le secteur privé, qui pèse pour 90 % de la production coréenne de kits de dépistage, était soumis à une procédure longue d’autorisation. C’est grâce à ce nouveau système que, dès le 4 février, l’entreprise Kogene Biotech obtient l’autorisation du KCDC pour le nouveau kit de dépistage qu’elle vient de développer – soit deux semaines seulement après la publication, par la Chine, de la séquence génétique du Covid-19. Ce kit de dépistage, capable de fournir un résultat en six heures, devient disponible dans 50 cliniques trois jours seulement après son approbation officielle. Les autorités sanitaires coréennes sont ainsi en mesure de procéder au dépistage de centaines de milliers de citoyens en l’espace de quelques jours.

[…] La campagne de dépistage combine gratuité et, dans certains cas, traçage obligatoire. Les tests sont gratuits pour les cas suspects, c’est-à-dire présentant des symptômes ou en lien avec un cas confirmé, depuis janvier, y compris pour les ressortissants étrangers. Le gouvernement prend à sa charge les frais d’hospitalisation et de traitement et offre une indemnisation aux individus qui se sont spontanément mis en quarantaine. […] En un mois, 40 centres de dépistage « drive-through » sont déployés à travers le pays. Pour faire face à la vague de voyageurs infectés de retour en Corée ou souhaitant s’y rendre après la mi-mars, le gouvernement décide, le 22 mars, de procéder à des dépistages à l’aéroport pour tous les voyageurs en provenance d’Europe. Les passagers arrivant de pays membres de l’Union européenne testés positifs sont transférés à l’hôpital et pris en charge immédiatement. Les passagers dont le test est négatif doivent se plier à une période de quarantaine ; les ressortissants coréens sont soumis un deuxième examen dans les trois jours suivant leur arrivée.

[…] Le gouvernement coréen a également recours à une recherche intrusive des antécédents de contacts (contact tracing, ou analyse des dernières interactions des individus) pour suivre les cas confirmés et suspects ; le consentement préalable des individus en question n’est pas nécessaire. Dans un premier temps, pour déterminer qui est entré en contact avec un porteur du virus, le KCDC utilise principalement les données issues des téléphones portables et les enregistrements fournis par les caméras de vidéosurveillance. Le quotidien Chosun Ilbo décrit le processus comme suit : 1/ identification des personnes qui se sont trouvées à moins de 2 mètres d’un cas confirmé un jour avant que l’individu n’ait commencé à présenter des symptômes, et 2/ approfondissement du processus d’identification en fonction des conditions de l’interaction (si l’individu portait un masque, s’il éternuait, etc.). Les cas suspects sont ensuite placés en quarantaine pendant 14 jours. Les relevés des cartes bancaires sont également utilisés pour améliorer la traçabilité, car ils sont plus précis que les données téléphoniques.

[…] Les personnes mises en quarantaine sont strictement surveillées, comme à Singapour et à Taiwan. Le ministère coréen de l’Intérieur et de la Sécurité a développé une application mobile intitulée « self-quarantine safety protection », mise à la disposition des utilisateurs d’Android et d’IoS. L’application surveille la localisation de l’utilisateur mis en quarantaine et propose un canal direct permettant de contacter les autorités sanitaires et de rendre compte de l’évolution de ses symptômes. Toute violation des termes de la quarantaine est sanctionnée par une amende pouvant atteindre 2.500 dollars US. Elément plus spécifique encore au cas sud-coréen, la polémique au sujet de la divulgation publique de l’identité et de la localisation des patients et des individus mis en quarantaine. Sur son site web, le KCDC fournit des listes de cas confirmés. Même si les noms sont tus, un large éventail d’informations personnelles est divulgué : âge, sexe, quartier, lieu où l’infection a eu lieu. Les autorités locales relaient ces informations par le biais des médias locaux et sociaux. Certaines villes diffusent même des « alertes d’urgence » par SMS pour porter à la connaissance des habitants du voisinage, la recension de cas confirmés.  Les noms ne sont pas mentionnés, mais des informations comme la profession de l’individu, la structure qui l’emploie et ses antécédents de voyage sont relayées et même traduites en anglais pour les habitants étrangers.  […] L’atteinte à la vie privée devient si forte que la Commission nationale des droits de l’Homme s’inquiète de la divulgation excessive d’informations privées sur les patients, trop aisément identifiables par leur lieu de travail ou leurs antécédents de voyage.

[…] Les médias associent la réponse sud-coréenne à l’idée de dépistages de masse. Il est vrai que la mise à disposition de tests gratuits (et la possibilité de se faire dépister en restant dans sa voiture) a été un élément majeur de la réponse gouvernementale sud-coréenne. Elle inspire aujourd’hui d’autres États. Pourtant, force est de constater que ni le nombre de masques disponibles, ni la quantité de tests, ne suffisent à couvrir l’ensemble de la population sud-coréenne. La particularité de la réponse sud-coréenne réside dans deux éléments complémentaires à l’approche du dépistage. D’abord, l’enquête d’ampleur menée pour gérer l’accélération des cas à Daegu et éviter la contagion, à l’échelle nationale, des membres de la secte de l’Église Shincheonji, en mettant à profit toutes les données disponibles. Deuxièmement, le fait que la réponse de la Corée du Sud la rapproche de la gestion de crise mise en œuvre par les autres dragons asiatiques : une réaction rapide, centrée sur le traçage et la surveillance dans le but d’éviter une contagion d’ampleur, des contrôles aux frontières ciblés puis progressivement étendus (mais sans fermeture à la fin mars, contrairement à Taiwan et Singapour), et une politique de quarantaine stricte. »

Comment Taïwan parvient à contenir l’épidémie sans confinement, RTBF :

« Une densité de population élevée, la proximité avec la Chine, et seulement 215 contaminations au coronavirus, et deux décès au 24 mars : le cas de Taïwan est étonnant. La vie suit son cours. Pas de confinement, entreprises, écoles, restaurants, et transports fonctionnent. Seule une université a fermé pour deux cas positifs de coronavirus.

[…] La réactivité des autorités taïwanaise s’explique d’abord par le souvenir amer de l’épidémie du Sras en 2003 et de la fièvre porcine en 2009. Taïwan avait été le troisième territoire le plus touché au monde et des leçons avaient été tirées. Les autorités ont mis au point un plan d’urgence très complet qu’il n’y a eu qu’à activer : des décisions sur les screenings, des quarantaines, la mise en route de lignes de production de masques, etc. Et ceci très rapidement, dès le 31 décembre 2019 pour les contrôles renforcés sur les passagers en provenance de Wuhan, un centre de commandement général a été activé le 20 janvier.

[…] L’autre élément, c’est la relation particulière avec la Chine. Taïwan est une démocratie mais reste revendiqué par Pékin. Pour la république populaire de Chine, Taiwan est une province rebelle. Les autorités taïwanaises ont donc été très méfiantes face aux informations communiquées par la Chine qui l’a entre autres exclu de l’OMS. Taïwan n’est pas même observateur à l’Organisation mondiale de la santé et accuse l’organisation de ne pas avoir prêté attention à ses mises en garde adressées en décembre dernier déjà. Concrètement, Taipei, méfiant, a imposé des quarantaines dès janvier à tous les voyageurs en provenance de zones à risques en Chine continentale, Wuhan en tête, et y compris Hong Kong et à présent aussi d’Europe et des Etats-Unis. Taïwan n’est qu’à 200 km des côtes chinoises et un million de Taiwanais habitent en Chine et reviennent régulièrement sur l’île.

[…] L’Etat place ainsi les arrivants en quarantaine pendant 14 jours et les surveille grâce à son signal téléphonique. Le big data aussi : depuis les 27 janvier, les bases de données de l’immigration sont croisées avec celle des services de santé. Les hôpitaux disposent aussi d’un historique des voyages des patients. Les cas positifs sont interrogés pour savoir qui ils ont pu croiser, et tous ces gens sont mis en quarantaine. Les médecins assurent un suivi : ils appellent les personnes en quarantaine pour vérifier leur évolution. La quarantaine est aussi contrôlée par l’Etat : toute personne qui brise sa quarantaine peut être poursuivie et risque une amende.

[…] D’autres éléments ont pu jouer, comme un état très organisé, un bon niveau d’éducation général, un système de soins de santé au point, et du point de vue anthropologique, une discipline qui place les intérêts du groupe au-dessus de ceux de l’individu, propre à l’Asie du sud-est et au confucianisme. Mais pour le magazine Wired, le succès du modèle Taïwanais est plus dû à la démocratie et la transparence qu’aux valeurs du confucianisme. Les mesures ont aussi été présentées de manières progressive et transparente avec des points presse quotidiens afin d’obtenir l’adhésion de la population. Mais faut-il croire les chiffres officiels qui affirment de plus que les cas détectés sont surtout importés ?

[…] L’utilisation de technologies de surveillance un peu intrusives pose toutefois des questions en matière de démocratie et de droits des individus. Ce modèle de traçage individuel précis a permis d’éviter la crise, en connaissant la quasi-totalité de la chaîne de contamination sur son territoire, une prouesse impossible à réaliser en Europe, relève Jean-Yves Heurtebise, qui oppose le modèle taïwanais au modèle chinois de confinement qui protège ceux qui sont à l’extérieur mais condamne un peu ceux qui sont à l’intérieur. »

La technologie pour lutter contre le coronavirus : le cas de Taiwan, Institut Montaigne :

« S’il est vrai que le cas de Taiwan est grandement simplifié par le fait que le flux de voyageurs allogènes transite de façon presque exclusive via les trois aéroports internationaux, l’efficacité du pays n’en est pas moins remarquable. De l’avis des observateurs, la capacité à trier très rapidement les personnes testées en trois catégories (immunes, suspectes et contaminées), à hospitaliser immédiatement les personnes infectées, ou à les mettre en quarantaine à domicile suivant la gravité des cas, ainsi qu’à suivre de façon extraordinairement précise les cas suspects en localisant des téléphones et en s’assurant fréquemment de l’évolution du patient, sont des facteurs essentiels de l’efficacité du dispositif. Les applications de supervision n’ont pas qu’une vocation de coercition ; elles permettent aussi largement de donner un retour d’information aux patients sur l’évolution de leurs symptômes et de diffuser les bonnes pratiques.

[…] Mais l’usage du big data ne s’arrête pas là. Si un patient avéré ou un cas suspect venait à ne pas suivre les consignes d’isolement et à rentrer en contact avec d’autres individus, les enregistrements de localisation détenus par les opérateurs de télécommunication permettraient d’essayer de retrouver ceux-ci et de les soumettre à un protocole approprié. On conçoit que l’acceptation d’un tel système, particulièrement intrusif, est largement dépendante du contexte culturel. Si Taïwan et la Corée sont des démocraties, respectueuses des libertés individuelles, la prise en compte d’une forme d’intérêt collectif, supérieur aux contraintes individuelles momentanées, permet d’accepter de tels dispositifs.

[…] La technologie représente, au sein du système de santé de Taiwan, de la Corée, de Singapour et dans une moindre mesure du Japon, un fil conducteur qui relie aussi bien épidémiologie, médecine préventive, médecine d’urgence, etc., et qui permet de créer des dynamiques particulièrement efficaces. D’une façon générale, on observe une approche d’une nature très différente à ce qui existe en Europe ou aux Etats-Unis ; des systèmes de santé publics où la prévention et l’importance des processus épidémiologiques sont plus développés, permettant de réduire la part de la médecine post-traumatique. Cela passe largement par un usage intégré de la technologie où médecines de ville, clinicienne, d’hôpital sont intégrées et connectées au système épidémiologique ; un système où le recours au big data est généralisé et où l’analyse est rapprochée autant que possible des mesures prises sur le terrain.

[…] Le modèle orwellien du crédit social chinois suscite évidemment de nombreuses réserves, mais relevons que des démocraties comme Taïwan et la Corée du Sud, dont les sociétés civiles sont particulièrement vigoureuses, ont fait un choix différent de celui de l’Occident en matière de renoncement momentané à certaines libertés individuelles au profit du bien commun. Un débat qu’il est difficile de tenir en France, tant la défiance à l’égard des institutions est généralisée, mais qui devrait nous pousser à reconsidérer la nature de celles-ci et leur capacité à être plus proches des citoyens et, en un mot, plus inclusives. Un débat qui devrait nécessairement avoir lieu si la France, et plus encore l’Europe, souhaitent adopter les dynamiques d’un État moderne, sans pour autant verser dans les travers totalitaires de l’État plateforme. »

 

Singapour face à une deuxième vague épidémique, Le Monde :

« Les spécificités d’un « modèle » singapourien vanté pour son efficacité dans la lutte contre la prolifération du Covid-19 sont peut-être en train de montrer leurs limites. Avant même d’avoir enregistré une forte hausse des infections ces derniers jours, la cité-Etat avait déjà décidé la semaine dernière de durcir sa stratégie : tous les commerces, galeries marchandes, restaurants sont désormais fermés. Pour la première fois, écoles et collèges seront en vacances forcées à partir de mercredi.

[…] Cette « deuxième vague » de contamination, qui déferle par ailleurs sur l’ensemble de l’Asie du Sud-Est, s’avère certes moins virulente qu’en Europe et aux Etats-Unis. Elle est cependant en train de tester les limites de ce fameux « modèle » de gestion de crise mis en place par les responsables du régime semi-autoritaire de Singapour. Jusqu’à présent, la vie avait continué presque comme avant dans l’île, où bars et restaurants restaient ouverts, la population étant simplement conviée à respecter les gestes barrières.

[…] Le dépistage systématique accompagné d’un suivi précis du parcours des patients dans les jours et les heures précédant leurs infections ainsi qu’une surveillance policière des injonctions au confinement n’auront donc pas été suffisants pour empêcher une nouvelle hausse des contaminations. Ces dernières ont été à la fois provoquées par le retour d’un certain nombre de résidents de l’étranger, mais aussi par les transmissions au sein de foyers d’infection sur le territoire. Les derniers clusters en cause sont notamment des dortoirs de travailleurs migrants : 20.000 d’entre eux viennent d’être placés en quarantaine.

[…] Après l’irruption de l’épidémie en Chine, Singapour avait été, avec la Thaïlande, l’un des premiers pays à déclarer des cas d’infection au Covid-19. Comme dans le reste de l’Asie du Sud-Est, le nombre de cas était resté longtemps stable, avant d’augmenter de manière significative ces dernières semaines. Mais, si la stratégie est en train d’évoluer, remarque une résidente britannique de la cité-Etat, le terme de confinement a été soigneusement évité au profit de celui, moins radical, de circuit breaker, littéralement : casser le cycle de la transmission du virus. Depuis le 7 avril, les 5,6 millions de Singapouriens ne sont pas vraiment confinés « à la française » mais ne peuvent plus se réunir entre amis et sont fortement incités à ne sortir de chez eux que pour des raisons « essentielles ».

Le Japon bascule dans un confinement light, Les Echos :

« Affirmant que la situation médicale était sous contrôle, le Premier ministre japonais résistait, depuis des semaines, à la stratégie du confinement. Il redoutait le scénario d’une paralysie économique. Mais il a finalement cédé à la pression des gouverneurs de Tokyo et Osaka, ainsi qu’aux mises en garde inquiétantes de plusieurs médecins sur la progression de l’épidémie dans l’archipel. Le dirigeant a annoncé qu’il déclarerait formellement dès mardi l’état d’urgence dans sept zones de l’archipel et que des restrictions de déplacement seraient immédiatement instaurées.

[…] Techniquement, il va user d’une loi amendée en mars pour déclarer l’état d’urgence, pour une durée d’un mois, à Tokyo et Osaka ainsi que dans les préfectures de Saitama, Chiba, Kanagawa, Hyogo et Fukuoka. Autant de régions qui ont constaté, depuis la fin mars, une accélération des cas de contaminations au coronavirus. A la suite de cette déclaration, les autorités locales déploieront leurs propres plans de confinement, qui resteront toutefois beaucoup moins stricts que ceux déployés en France, en Chine ou aux Etats-Unis. « Les mesures sont étonnamment limitées et rédigées dans des termes assez vagues », note le professeur Colin Jones, un très bon connaisseur du droit japonais.

[…] Les gouverneurs de ces préfectures vont pouvoir faire fermer certains lieux jugés non essentiels comme les musées, les salons de coiffure, les gymnases ou les grands magasins. Les supermarchés, les établissements bancaires et le réseau médical resteront, eux, ouverts, tout comme l’essentiel du réseau de transport public. Les autorités locales pourront aussi « demander la coopération » des entreprises et des habitants, qui seront priés de rester au maximum chez eux. Mais elles ne pourront pas forcer légalement cet enfermement du fait d’une forte tradition, au moins légale, du respect des libertés individuelles. « Il n’y a pas de sanctions en cas de non-respect » des demandes de confinement, précise Colin Jones. Le pouvoir compte donc essentiellement sur le civisme de sa population et le respect de l’autorité pour faire respecter un confinement souple. Et, ainsi, éviter une propagation du virus qui n’a pour l’instant pas débouché, dans l’archipel, sur une crise sanitaire majeure.

[…] Officiellement, le Japon n’avait recensé le 6 avril que 3.872 contaminations sur une population de 127 millions d’habitants et enregistré moins de 100 décès liés à la maladie. Mais ces chiffres ne donnent qu’une idée partielle de la réalité. Depuis le début de la crise, les autorités ne testent qu’au compte-gouttes leurs citoyens pour ne pas submerger les hôpitaux. Elles doivent légalement hospitaliser toutes les personnes qui seraient testées positives, même celles qui n’auraient que des symptômes légers ou pas de symptômes du tout. Elles ont donc préféré refuser des tests et demander aux gens apparemment contaminés de se mettre en quarantaine chez eux afin de ne pas encombrer les services médicaux dédiés. La priorité étant de réserver les lits aux personnes vulnérables et notamment aux personnes très âgées.

[…] Parallèlement, le pays a tenté d’identifier des foyers de contaminations afin de contrôler et isoler systématiquement toutes les personnes entrées en contact avec des individus infectés. Mais ce travail devient de plus en plus compliqué avec la multiplication des cas. Dimanche, la gouverneure de Tokyo avait indiqué que ses équipes ne parvenaient plus à identifier l’origine de l’infection de plusieurs dizaines des nouveaux contaminés et qu’elle redoutait donc une déstabilisation rapide du système médical. Un cri d’alerte qui aura, finalement, été entendu par le Premier ministre. »

Ces européens qui sont dans la tempête…

Pourquoi tant de morts en Italie ?, Courrier International :

« Le sommet extraordinaire consacré au budget européen s’est terminé sur un échec. Près de 36 heures de négociations n’auront pas permis de résoudre la quadrature du cercle au sujet du budget 2021-2027 : donner à l’Europe un budget ambitieux alors même que le Brexit l’ampute d’une soixantaine de milliards d’euros sur 7 ans… et que plusieurs pays sont bien décidés à ne pas payer plus. « Les différences sont trop grandes », a sobrement constaté Angela Merkel.

[…] Dès le début de la journée, l’ambiance était tendue et le pessimisme palpable. Rien ne semblait entamer la fermeté des pays dits « frugaux », ceux qui refusent de consacrer plus de 1% de leur revenu national brut au futur budget européen, tout en exigeant de garder leurs « rabais ». Les Pays-Bas, le Danemark, l’Autriche et la Suède restaient groupés dans leurs rencontres avec les autres dirigeants, refusant la moindre rencontre bilatérale avec Charles Michel. L’Allemagne jouait une partition plus constructive, cherchant un compromis tout en affichant des positions très proches de ce groupe de pays. […] Pour la France, cette attitude avait tout de la prise d’otage : elle consiste à imposer des coupes drastiques dans diverses politiques européennes – et en particulier dans la cohésion et la PAC, ce que refuse catégoriquement Paris.  « Ce n’est pas la PAC qui peut payer pour le Brexit » , a résumé Emmanuel Macron en quittant les lieux.

[…] Dans l’après-midi, il devenait de plus en plus évident que les « frugaux » avaient « sous-estimé la réaction de certains pays », selon une source européenne. Alors que la proposition de Charles Michel évoquait un budget à 1,074% du RNB, Viktor Orbán jetait un pavé dans la mare. Le Premier ministre hongrois affirmait que de nombreux pays se rapprochaient désormais de la position du Parlement européen, maximaliste, consistant à fixer le budget à… 1,3% du RNB. […] Une nouvelle proposition circulait, sur une initiative de la Commission : très légèrement inférieure, en montant, aux propositions de Charles Michel, à 1,069 % du RNB, elle rognerait sur certaines politiques. Le spatial en pâtirait, de même que le projet de mobilité militaire. En revanche, la PAC verrait les paiements directs augmenter de 2 milliards d’euros sur sept ans par rapport à la proposition précédente.

[…] A l’évidence, le sentiment d’urgence n’a pas été suffisant pour débloquer le jeu. « Pour certains pays frugaux, il est peut-être nécessaire de passer d’abord par une crise avant de pouvoir, politiquement, faire un pas dans la direction d’un compromis », anticipait une source diplomatique quelques heures avant le constat d’échec. Reste que le prix politique à payer pourrait être élevé, aux yeux de leurs pairs européens. A la fin de la réunion, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a prévenu : « le temps presse ». Et mis en garde contre le fiasco que représenterait une incapacité des Vingt-sept à s’entendre rapidement : dès 2021, ce sont tous les grands financements européens, d’Erasmus à la recherche, qui seraient en danger. »

La Vénétie, un modèle de lutte contre la propagation du virus :

« En Italie où le coronavirus est devenu une véritable catastrophe à l’échelle nationale, toutes les régions ne sont pas logées à la même enseigne. En Lombardie où ont été recensés les premiers cas, la contamination s’est accélérée à la vitesse de l’éclair et affiche encore un nombre de victimes alarmant. À l’inverse, la Vénétie frontalière compte beaucoup moins de cas, peu de personnes hospitalisées et trente fois moins de morts.

[…] Luca Zaia, gouverneur de la Vénétie depuis dix ans est sur le front depuis le début de la pandémie. Dans une première phase, il a promu le dépistage intensif, effectué à l’aide d’écouvillons. L’opération a démarré dès le début de l’épidémie sur tous les contacts des personnes positives, soit 57.671 personnes sur une population de 5 millions d’habitants. Par comparaison, la Lombardie, avec une population de près de 10 millions, en a effectué à peine plus de 70.000. Le 22 mars, les autorités de Vénétie ont annoncé que la région passait en phase 2, qui comporte deux projets.

[…] Le premier concerne des tests qui seront effectués sur la population dans la rue et sur la base du volontariat, à l’aide d’un kit de dosage du nombre d’anticorps monoclonaux dans le sang, afin de détecter ceux qui ont eu le virus sous une forme asymptomatique et l’ont surmonté. […] Ce système de diagnostic consiste à faire une piqûre sur le doigt. À partir des traces de sang, le kit est capable de révéler la présence d’un anticorps monoclonal très spécifique qui indique si auparavant la personne a été contaminée par le virus, si elle est restée asymptomatique ou a eu peu de symptômes ou si elle est devenue négative. Le test sera effectué dans la rue, avec le consentement de la personne, autorisée à circuler pour des motifs de travail ou autres, par des agents de la protection civile.

[…] La seconde initiative concerne « une campagne parallèle » ciblée et de masse dont l’objectif est de soumettre à l’examen de l’écouvillon les catégories les plus en contact avec le public, comme les 54.000 personnels sanitaires en Vénétie, les forces de l’ordre, les employés des supermarchés, les chauffeurs de bus, le personnel des maisons de retraite, etc. L’objectif est d’arriver dans la semaine à un régime de 13.000 tests par jour. Cette seconde initiative est supervisée par le microbiologiste Andrea Crisanti, professeur à l’université de Padoue et auparavant à l’Imperial College de Londres. Une figure en Italie puisque c’est lui qui a préconisé l’échantillonnage de toute la population de Vo’Eugenio, ce village près de Venise où sont apparus les premiers cas de coronavirus. Le dépistage de toute la population du village a permis d’enrayer le processus de contamination, alors que plus de 50% des positifs au Covid-19 n’avaient pas de symptômes. »

https://www.la-croix.com/Monde/Europe/Venetie-modele-lutte-contre-propagation-coronavirus-2020-03-23-1201085630

L’Espagne lutte contre la pandémie en ordre dispersé :

« Les transferts, opérés par TGV et par avions, de malades des hôpitaux du Grand Est, au bord de la saturation, vers les établissements d’autres régions françaises ne sont pas passés inaperçus en Espagne. C’est que la coordination dans la lutte contre le coronavirus y est quasi inexistante entre les dix-sept communautés autonomes qui ont compétence en matière de santé.

[…] Sans parler des motivations politiques de ceux caressant des rêves d’indépendance, c’est plutôt le chacun pour soi pour se procurer marques et autres kits de test qui est à l’œuvre. « Les problèmes ont commencé quand a été décrété l’état d’alerte » raconte Lola Garcia, numéro deux du quotidien catalan La Vanguardia. « Après les questions d’achat de matériel médical et de confinement (la Catalogne voulait des mesures sévères), se pose maintenant celle de la solidarité entre régions autonomes pour la répartition des malades. En France, cela se fait mais ici, tant la Catalogne que le Pays basque ou la communauté de Valence ont refusé cette possibilité. » La situation est pourtant critique.

[…] Le problème est que, bien que ne disposant pas d’une majorité au Parlement, le socialiste Pedro Sanchez dirige les opérations dans son coin, via des batteries de décrets pris sans consulter les autres partis. Or, ses dernières décisions visant à interdire les licenciements et à paralyser plus ou moins l’économie suscitent le rejet du Parti nationaliste basque, l’un de ses soutiens aux Cortes, et du Parti populaire. Chef de file de l’opposition, Pablo Casado a dénoncé, lundi, l’absence de transparence et le manque de loyauté du chef de gouvernement alors qu’il avait voté en faveur de sa décision d’avoir recours à l’état d’alerte. Pedro Sanchez pourrait bientôt se trouver en difficulté lorsque le Parlement sera appelé à valider sa dernière batterie de décrets.

[…] A noter que, contrairement à son amie Marine Le Pen, qui n’hésite pas à critiquer à tout va le gouvernement, Santiago Abascal, sorti du confinement après avoir contracté le coronavirus, appelle à l’« union nationale ». Cette dernière consisterait en un rapprochement entre le Parti socialiste, le Parti Populaire et Vox, sa formation. Cet ensemble, fort de 260 députés sur 350, s’articulerait autour d’une équipe de « techniciens » travaillant sur quatre axes : la Santé, l’Intérieur, la Défense et l’Economie. »

https://www.lopinion.fr/edition/international/coronavirus-l-espagne-lutte-contre-pandemie-en-ordre-disperse-215393

Pourquoi le bilan de l’épidémie au Royaume-Uni ne cesse d’augmenter :

« De sombres perspectives. Le Royaume-Uni a de nouveau enregistré en 24 heures plus de 900 décès liés au coronavirus, portant le bilan de l’épidémie dans les hôpitaux du pays à près de 10.000 morts. Manque de lits d’hôpitaux et de matériel, confinement mis en place tardivement… Franceinfo liste les facteurs expliquant que la crise sanitaire ne cesse de s’aggraver outre-Manche.

[…] Parce que le gouvernement a mis en place le confinement tardivement : Jusqu’à la mi-mars, la stratégie de Boris Johnson reposait sur le principe de l’immunité collective. […] Patrick Vallance, conseiller scientifique du gouvernement, avait assuré qu’il faudrait que 60% de la population soit atteinte par le virus pour développer une telle immunité. Contrairement à la plupart des dirigeants européens, Boris Johnson n’a donc pas immédiatement mis en place de restrictions de déplacement ou d’ouverture des lieux publics. Il n’a donné que deux conseils le 15 mars : se laver les mains régulièrement et s’isoler pendant sept jours en cas de symptômes. Mais une étude de l’Imperial College de Londres a bouleversé sa stratégie. Selon les chercheurs, la politique basée sur l’immunité collective se traduirait par 250.000 morts. Avec des mesures de distanciation sociale, le bilan serait ramené sous la barre des 20.000 décès. Face à ces chiffres inquiétants, l’exécutif a finalement décidé de mettre en place un confinement généralisé, à partir du 23 mars. Une décision trop tardive, selon Richard Horton, rédacteur en chef de la revue The Lancet. « Les meilleurs scientifiques britanniques savaient dès les premiers signalements en Chine que le Covid-19 était une maladie mortelle. Et pourtant, les autorités ont pris des mesures insuffisantes et trop tard. Nous avons perdu un temps précieux. Il y aura des morts que l’on aurait pu éviter. Le système a échoué. »

[…] Parce que que les hôpitaux ne disposent pas d’assez de lits : Alors que Boris Johnson amorçait son changement de stratégie, les hôpitaux britanniques commençaient à être submergés par le nombre de patients. Le service de soins intensifs d’un établissement du nord de Londres s’est ainsi retrouvé au maximum de ses capacités d’accueil pendant près de 24 heures, fin mars. Et les hôpitaux britanniques pourraient manquer de lits en réanimation d’ici la mi-avril, si le nombre de cas augmente au même rythme qu’en Italie ou en Espagne. […] Des années de restrictions budgétaires ont réduit drastiquement les capacités d’accueil des hôpitaux, qui doivent désormais faire face à un important afflux de patients dans un état grave.

[…] Parce que les soignants manquent de matériel et de tests : Masques, lunettes, blouses… De nombreux soignants britanniques se sont inquiétés du manque de matériel de protection alors qu’ils prennent en charge les patients atteints de coronavirus. « Des médecins ont dû se rendre dans des magasins de bricolage pour acheter eux-mêmes des masques », pointe ainsi la revue The Lancet, qui reproche au NHS de n’avoir été « absolument pas préparée pour cette pandémie ». Le Guardian pointe également un manque de kits de diagnostic pour tester patients et soignants. Le Royaume-Uni tente d’augmenter ses stocks, mais il est loin d’être le seul : la demande mondiale a explosé au fil des dernières semaines. »

https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/coronavirus-pourquoi-le-bilan-de-l-epidemie-de-covid-19-au-royaume-uni-ne-cesse-d-augmenter_3909025.html

Royaume-Uni : un confinement ignoré par les Londoniens

« À Londres, les habitants n’ont pas résisté à l’appel du printemps. On relevait 25°C le dimanche 12 avril, jour de Pâques, et aux abords d’Hyde Park, il y avait la foule des dimanches ordinaires. Même s’il est rappelé à chaque entrée de respecter une distance de 2 mètres entre chaque personne, dans les faits, c’est une autre histoire. […] Certains Français installés ici s’interrogent sur l’absence de discipline de certains et sur la relative liberté accordée à la population. Alors que les consignes de distanciation sociale sont écrites en grand sur les pelouses, Boris Johnson, fraîchement sorti de l’hôpital et quelque peu ému, implore les Britanniques de rester chez eux autant que possible. […] La police a parfois bien du mal à déterminer ceux qui sont en infraction. « Vous avez le droit de sortir une fois par jour, mais il n’y a pas de papier à montrer », rapporte le journaliste Arnaud Comte. L’amende n’est que de 68€. Pour éviter les rassemblements, certains quartiers ont condamné les bancs et même fermé certains parcs publics. »

https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/royaume-uni-un-confinement-ignore-par-les-londoniens_3912339.html

La Russie face aux défaillances de ses hôpitaux :

« Alors que la pandémie de Covid-19 se répand toujours rapidement en Russie, où les experts médicaux pronostiquent un pic de l’infection dans deux semaines, Vladimir Poutine est rattrapé par l’un des points noirs de ses vingt ans au pouvoir : les défaillances des hôpitaux, fierté de l’ère soviétique, aujourd’hui maillon faible d’un système de santé très disparate.

[…] Certes, officiellement loin des chiffres européens, le bilan s’alourdit  […] Plus des deux tiers des cas sont à Moscou et sa région, où le confinement sera en vigueur au moins jusqu’au 1er mai, avec désormais un système de laissez-passer électronique. Les Moscovites devront le présenter aux policiers, sous peine d’amende, pour tout déplacement en voiture ou transports en commun pour aller, par exemple, au travail, chez le médecin ou à leur maison de campagne. Ils pourront encore se déplacer à pied pour aller au supermarché ou promener leur chien, mais la mairie a prévenu que, si nécessaire, elle élargirait le système aussi à ces déplacements piétons dans son quartier.

[…] Les services de santé de la capitale, de l’aveu même des autorités, atteignent déjà leurs limites. Des vidéos montrent de longues files d’attente d’ambulances à l’entrée des hôpitaux. Le Kremlin, qui parle d’« un énorme afflux de malades » à Moscou, vient d’annoncer des aides spéciales pour les médecins et infirmières. « Une mobilisation bien tardive », s’inquiète Fiodor Katasonov, l’un de ces médecins qui, publiquement, ont très tôt dénoncé les insuffisances des mesures et l’impréparation du système. « Nos hôpitaux, surtout en régions, ne sont pas prêts : vieux bâtiments, équipements dépassés, personnel mal formé, salaires faibles… Ils font avec les moyens du bord mais payent le résultat des politiques publiques qui, à force de fermetures et d’optimisation, ont sacrifié l’hôpital. »

[…] Les médias indépendants ont multiplié les reportages sur les hôpitaux en régions qui, comme Pokrovskaya, manquent de masques, gants, thermomètres, désinfectants et combinaisons de protection. Docteurs et infirmières racontent coudre des masques dans de la gaze et se protéger dans des blouses ordinaires. Les systèmes de ventilation mécanique font défaut. La généralisation des tests de dépistage reste chaotique.

[…] La situation varie entre les régions isolées et pauvres où les cliniques se réduisent à de simples dispensaires et celles plus centrales et riches où les investissements se sont maintenus. […] Dans certaines régions, les défaillances transforment les hôpitaux en nids de propagation du virus. En quelques jours, la république de Komi, pourtant isolée dans le grand nord, est ainsi devenue l’une des zones les plus touchées après Moscou et Saint-Pétersbourg. »

https://www.lesechos.fr/monde/europe/coronavirus-la-russie-face-aux-defaillances-de-ses-hopitaux-1194458

Les Balkans se préparent au pire :

« Je ne peux pas croire que notre peuple, qui a survécu aux sanctions et aux bombardements, ait peur du virus le plus drôle de l’humanité, qui n’existe que sur Facebook », plaisantait fin février un éminent pneumologue serbe devant le président Aleksandar Vučić, tordu de rire. Le 15 mars, le ton avait changé : c’est le visage fermé que l’homme fort de Belgrade a proclamé l’état d’urgence, prévenant ses concitoyens qu’ils seraient « nombreux à perdre des êtres chers ». Ce jour-là, quarante-huit personnes étaient positives au coronavirus. Depuis, leur nombre a été multiplié par quatre et ne cesse de grimper.

[…] Deux jours plus tard, le couvre-feu a été déclaré face à la « désobéissance » de la population. Les plus de 65 ans sont même désormais sommés de rester cloîtrés, n’ayant le droit de faire leurs courses qu’entre 4 heures et 7 heures du matin. Fini les plaisanteries sur le « coronablabla » et les promenades printanières comme si de rien n’était. « La dernière fois que le couvre-feu a été imposé sur le territoire serbe, c’était par l’occupant allemand pendant la Seconde Guerre mondiale », observe Marko, la quarantaine. Passé 17 heures, le silence s’installe sur le pays. Le même silence qu’au moment des raids de l’Otan du printemps 1999. « Sauf qu’à l’époque, on était malgré tout libres de nos mouvements… », ajoute Marko.

[…] L’épidémie a commencé à se répandre au sud-est de l’Europe dès la fin du mois de février. Le premier cas a été recensé en Croatie le 25 février. Dans ces États paupérisés marqués par une très forte émigration, ce sont surtout des gens de la diaspora qui ont « importé » le virus : migrants pendulaires, travailleurs saisonniers ou émigrés en vacances. Des mesures ont depuis été prises par les différentes autorités pour dissuader la diaspora de rentrer au pays : la Macédoine du Nord fait même désormais signer une décharge à tous ses ressortissants quittant le territoire stipulant qu’ils s’engagent à ne pas revenir dans un délai de trois mois. Le 18 mars, la cheffe du gouvernement serbe a annoncé que 65.000 personnes étaient rentrées dans le pays les jours précédents. Elles seront soumises à une quarantaine de vingt-huit jours. La Bosnie-Herzégovine a aussi mis en place des mesures similaires.

[…] Contrairement à l’Italie, à la France ou à l’Espagne, qui ont attendu que la courbe de contamination devienne exponentielle pour commencer à prendre des mesures exceptionnelles, les pays des Balkans ont très vite réagi : partout, ou presque, de strictes mesures de confinement ont été décidées alors que le nombre de personnes infectées n’était encore que de quelques dizaines. Une célérité étonnante pour des États guère connus pour leur rapidité à mettre en place de nouveaux règlements. Le piteux état dans lequel se trouvent aujourd’hui les systèmes de santé, mis au tapis par trois décennies de transition néolibérale, de coupes budgétaires et d’exode des personnels soignants sous-payés, fait en effet craindre le pire. En Bulgarie, selon les syndicats, près de 30.000 infirmières ont quitté le pays ces dix dernières années. Un problème qui affecte toute la région. À tel point que Belgrade a même mis en œuvre un dispositif pour tenter de retenir ses soignants de partir vers l’Allemagne, mais il est de peu de poids quand les salaires y sont au moins six fois plus élevés qu’en Serbie.

[…] Une autre question reste en suspens dans les Balkans : celle des réfugiés. Plus de six mille sont hébergés dans les camps officiels en Serbie et ils seraient plus de sept mille en Bosnie-Herzégovine, dont deux mille livrés à eux-mêmes à la frontière avec la Croatie, porte d’entrée de l’Union européenne. Alors que plusieurs manifestations xénophobes ont eu lieu ces derniers temps, les autorités serbes et bosniennes ont décidé de limiter les déplacements des migrants sur leur sol et de les confiner dans les camps. La ministre de la santé du canton d’Una Sana a ainsi demandé l’évacuation en « urgence de tous les squats » et le relogement de ces migrants, de même que tous ceux qui seraient interpellés dans les rues, vers un nouveau centre d’accueil d’urgence qui doit être bâti près de Bihać. Un choix qui fait débat, alors que la promiscuité et les mauvaises conditions d’hygiène font craindre une catastrophe humanitaire. »

https://www.mediapart.fr/journal/international/230320/coronavirus-les-balkans-se-preparent-au-pire

L’Europe dans l’expectative :

Moins de morts en Allemagne, mais pour combien de temps ?

« Pourquoi l’Allemagne, cinquième pays le plus touché au monde en nombre de malades atteints, compte-t-elle proportionnellement moins de morts que ses voisins ? Interrogé sur cette particularité, Christian Drosten, chef du service de virologie à l’hôpital de la Charité de Berlin, évoque une prise en charge très en amont des malades et de leur entourage, ayant permis aux soignants de gagner du temps face au virus. Il met ainsi en avant la « réactivité des très nombreux laboratoires médicaux privés » qui ont commencé à tester dès l’apparition des premiers cas, fin janvier.

[…] S’il n’existe aucun chiffre sur le nombre total de tests déjà réalisés, l’Institut Robert Koch estime que le pays peut en effectuer jusqu’à 160 000 par semaine alors que l’Italie en avait réalisé 165 000 au total à la fin mars. La Fédération des médecins allemands de laboratoire évoquait hier des chiffres en hausse constante, avec 40 000 tests effectués quotidiennement ces derniers jours et des laboratoires à la limite de leurs capacités. L’Allemagne tente de prendre exemple sur la Corée du Sud et Hongkong, sans toutefois atteindre leur niveau de dépistage, et facilite les procédures. Ainsi il est de plus en plus facile de se faire tester dans sa voiture afin de limiter le risque d’infection dans les salles d’attente. Cela n’empêche toutefois pas les critiques. De nombreux patients se plaignent de ne pouvoir être testés plus rapidement. Les autorités limitent en effet les tests aux seuls patients présentant des symptômes ou ayant été en contact avec des malades.

[…] Autre facteur important face à un virus dont la dangerosité augmente avec l’âge, les malades allemands sont en moyenne plus jeunes (47 ans) qu’en Italie (63 ans) pour la bonne raison que nombre d’entre eux ont attrapé la maladie lors de leurs vacances de ski. Par ailleurs, avec 28 000 lits en soins intensifs avec assistance respiratoire – contre 7000 en France, 5000 en Italie et 1000 en Suisse –, hôpitaux et cliniques ont encore une marge de manœuvre importante et ne sont pas encore saturés. La région du Bade-Wurtemberg, pourtant l’une des plus touchées a ainsi pu accueillir quelques malades français pour décharger les services hospitaliers alsaciens.

[…] Pas de quoi crier victoire néanmoins. Le ministre allemand des Finances, Olaf Scholz, a confirmé ce lundi doubler le nombre de lits dans les services de soins intensifs pour faire face à la future déferlante. « Nous sommes au début d’une épidémie qui durera plusieurs semaines et plusieurs mois », confirme Lothar Wieler, président de l’Institut Robert Koch, en évoquant une « croissance exponentielle » du nombre de cas outre-Rhin. Si les Allemands n’appliquent pas les mesures de distanciation sociale énoncées par les autorités, le pays pourrait compter 10 millions de malades d’ici deux à trois mois. Une perspective potentiellement dramatique dans un pays dont 25% de la population a plus de 60 ans et est donc considérée à risque. »

https://www.letemps.ch/monde/morts-allemagne-combien-temps

Pourquoi l’Allemagne rechigne à se confiner :

« L’Allemagne vient d’annoncer une série de mesures restrictives, mais pas un confinement à proprement parler. Depuis ce lundi, les rassemblements de plus de deux personnes sont interdits dans tout le pays. Si les Allemands sont priés de rester à leur domicile le plus possible, leurs sorties ne sont pas limitées stricto sensu. Nul besoin d’attestation pour se rendre au travail, faire ses courses, aller chez le médecin, se promener, faire du vélo ou du sport. Les parcs et les espaces verts restent ouverts. Celles et ceux qui louent un petit lopin de terre dans un jardin partagé ont même le droit de s’y rendre quotidiennement pour jardiner. Les couples qui vivent séparément peuvent se voir l’un chez l’autre. Il est en revanche interdit de rendre visite à un ami, mais les rendez-vous en plein air, pour peu qu’ils se déroulent en tête-à-tête, restent tolérés. […] Certains médias estiment qu’il s’agit d’un confinement qui ne dit pas son nom, mais ces mesures n’ont pour le moment pas le caractère contraignant de celles qui ont été décrétées en France et ailleurs en Europe. Plusieurs pistes peuvent permettre de comprendre cette particularité allemande.

[…] Première puissance de l’Union européenne, l’Allemagne fait tout pour protéger son économie, ce qui peut en partie expliquer pourquoi elle a tant tardé à fermer d’abord les théâtres et les cinémas, puis les clubs et les bars, les commerces, puis enfin les cafés et les restaurants, qui sont restés ouverts les deux semaines passées. […] Le semi-confinement instauré le 23 mars est une façon de limiter les dégâts, en permettant pour le moment à de nombreuses entreprises de poursuivre leur activité. […] La lenteur avec laquelle l’Allemagne a réagi face à la crise du coronavirus tient aussi à son système politique : fédéralisme oblige, de nombreuses décisions concernant l’ensemble du territoire ne peuvent être prises qu’en accord avec les Länder. Les régions allemandes sont compétentes dans des domaines-clés, tels que la police et l’éducation. Voilà pourquoi le gouvernement allemand n’a pas pu instaurer une fermeture généralisée des établissements scolaires à l’échelle du pays. Jardins d’enfants et écoles ont donc fermé leurs portes peu à peu, selon le choix de chaque Land.

[…] Contrairement à la France, l’Italie et l’Espagne, qui ont mis en place un confinement forcé, l’Allemagne continue de miser sur le sens civique de ses citoyens. Dans son allocution exceptionnelle à la télévision allemande, le 18 mars, Angela Merkel a appelé chacun à faire preuve de solidarité. Ses mots sonnaient comme un dernier avertissement avant un passage à des mesures plus drastiques, les médias allemands ayant relayé les jours précédents nombre d’images de parcs pris d’assaut et de terrasses de cafés bondées, preuve que de beaucoup d’Allemands prenaient encore la situation à la légère. Évoquant la fermeture des frontières, la chancelière a souligné qu’il s’agissait d’une décision qui avait été difficile à prendre pour elle, eu égard à son passé en Allemagne de l’Est : « Pour quelqu’un comme moi pour qui la liberté de voyager et de circulation a été un droit durement acquis, de telles restrictions ne peuvent être justifiées que par une nécessité absolue. Dans une démocratie, elles ne devraient jamais être décidées à la légère, et seulement de façon provisoire. Mais elles sont en ce moment indispensables pour sauver des vies. » Cette déclaration n’est pas anodine dans un pays qui, compte tenu de son histoire, reste viscéralement attaché à la défense des libertés individuelles. […] En persistant à inviter les Allemands à faire preuve de sens civique plutôt que de les sanctionner avec un confinement forcé, Angela Merkel espère gérer cette crise à sa façon : d’une main de fer dans un gant de velours. »

http://www.slate.fr/story/188982/allemagne-epidemie-coronavirus-mesures-confinement-economie-federalisme-sens-civique

L’Allemagne choisit la stratégie sud-coréenne :

« Multiplier les tests et placer les malades en quarantaine : pour empêcher une saturation de ses hôpitaux, où le personnel manque, l’Allemagne est en train d’adopter la stratégie choisie par la Corée du Sud face au coronavirus. Souvent montrée en exemple en Europe pour la gestion de l’épidémie, l’Allemagne pratique déjà, selon les autorités, entre 300.000 et 500.000 dépistages par semaine, un rythme plus élevé que nombre de ses voisins européens, la France en particulier qui les réserve aux seuls malades à pathologie sévère. Et le gouvernement d’Angela Merkel ne compte pas s’arrêter là : un document du ministère de l’Intérieur, que viennent de révéler plusieurs médias, prescrit une stratégie inspirée de la Corée du Sud, avec pas moins de 200.000 tests par jour. Seraient désormais testés tous ceux qui pensent être atteints du Covid-19, ainsi que toutes les personnes susceptibles d’avoir été en contact avec un malade, stipule ce document. Actuellement, les dépistages concernent les personnes à la fois malades et ayant été en contact avec une personne positive.

[…] Le document juge en outre la géo-localisation, outil utilisé par Séoul, « inévitable à long terme » pour permettre à la population de suivre les endroits où des personnes testées positives se trouvent. « La Corée du Sud peut être un exemple » malgré les différences culturelles entres les deux pays, a estimé le responsable de l’Institut Robert Koch, chargé de piloter la lutte contre l’épidémie en Allemagne. Il a pointé notamment du doigt « la géo-localisation ». Un vif débat s’est déjà engagé à ce sujet en Allemagne, où la question de la protection des données privées est jugée sacro-sainte après deux dictatures au 20ème siècle.

[…] A ce stade, la situation en Allemagne est loin d’être aussi dramatique que dans d’autres pays. Toutefois, M. Wieler n’a pas exclu que le pays finisse par connaître une situation à l’italienne, avec des hôpitaux débordés. L’Allemagne a beau être dotée d’un « excellent système de santé, peut-être l’un des meilleurs au monde », selon Angela Merkel, la pandémie révèle en effet au grand jour les maux de son système sanitaire. L’Allemagne possède certes plus de 25.000 lits d’assistance respiratoire. Mais « ces derniers mois, certains lits de soins intensifs ont été fermés parce qu’il n’y avait pas assez de personnel » compétent disponible, décrit Reinhard Busse, spécialiste en économie de la santé. Il y a ainsi depuis plusieurs années quelque 17.000 postes d’infirmières non pourvus. »

https://www.courrierinternational.com/depeche/coronavirus-lallemagne-choisit-la-strategie-sud-coreenne.afp.com.20200330.doc.1q72d1.xml

Aux Pays-Bas, le gouvernement mise sur le « confinement intelligent » :

« Avec une population de 17 millions d’habitants, les Pays-Bas ont un nombre de morts du coronavirus relativement élevé : 1.867 au 8 avril. Pourtant, le Premier ministre néerlandais Mark Rutte a annoncé lors d’une conférence de presse le 31 mars qu’il n’y aurait pas de changement de mesure dans le pays. « L’immunité collective » ou « le confinement intelligent » reste la tactique privilégiée par le gouvernement. « Tant que les capacités de soins intensifs ont de la place, cette option reste la meilleure » selon le docteur Kees Brinkman, immunologue et spécialiste des maladies infectieuses.

[…] Malgré ces chiffres inquiétants, les Néerlandais vivent quasiment comme à l’accoutumée. Même si les restaurants, bars, coffee shops et écoles sont fermés, la population est invitée, et non contrainte, à rester chez elle le plus possible. Les règles à respecter sont cependant confuses. Les habitants peuvent se réunir, mais à trois maximum, que ce soit chez eux ou dehors, en respectant une distance de sécurité d’un mètre cinquante. Les restaurants ont également la possibilité de rester ouverts s’ils pratiquent la vente à emporter. Les magasins ne sont pas non plus contraints de fermer s’ils respectent les distances de sécurité et n’accueillent pas plus de deux personnes à l’intérieur.

[…] Pour que « l’immunité collective » fonctionne, il faudrait que 50 à 60% de la population soit atteinte du coronavirus, selon Jaap Van Dissel, directeur du Centre de contrôle des maladies infectieuses du RIVM. Si le Covid-19 doit contaminer une grande partie de la population, certaines personnes sont plus fragiles que d’autres. L’idée du « confinement intelligent » est « inconsidérée, pour les personnes vulnérables et particulièrement pour les infirmières, si les gens n’écoutent pas les conseils du gouvernement » juge Frederieke Vos, infirmière à Amsterdam. « Les personnes âgées et en moins bonne santé se doivent de faire plus attention. »

[…] Les Néerlandais trouvent toutefois un commun accord sur le principe de liberté individuelle. « Nous aurions pu faire comme la Corée du Sud par exemple : tester tout le monde et isoler les personnes contaminées », dit le spécialiste en immunologie Kees Brinkman, « mais c’est quelque chose qui ne peut pas se dérouler ici. Nous sommes habitués à notre liberté, et jamais nous ne serions d’accord pour que la police nous suive partout. Nous sommes cependant responsables et disciplinés ». Mark Rutte répétait le 31 mars à quel point il était « fier » de sa démocratie « adulte » face à la baisse drastique de fréquentation dans les lieux publics des villes du pays.

[…] Le « confinement intelligent » fonctionnerait donc correctement. Des mesures sont aussi appliquées dans le pays pour venir en aide aux plus démunis. « Il y a d’abord eu une concentration pour la protection des groupes plus faibles (les personnes âgées, malades ) et plus tard, il y a eu un soutien pour les autres personnes fragiles (sans abri, familles sans emploi…). Il y a beaucoup d’aides pour les personnes vivant dans la précarité. » explique le docteur Christian Bröeur, du département de sociologie à l’université d’Amsterdam. Les personnes en maison de retraite n’ont plus le droit de prendre les transports en commun et ne peuvent plus recevoir de visites. « C’est la meilleure décision pour protéger nos aînés », affirme Amélie van der Veen, docteure dans une maison de retraite.

[…] Les ONG s’accordent à dire que le pays fait du bon travail pour respecter les droits de l’Homme et les libertés publiques. « Aux Pays-Bas, le gouvernement prend soin de la situation et fait des efforts pour les réfugiés et demandeurs d’asile. Il n’y a pas de discrimination dans les soins hospitaliers, ni de sélection comme dans certaines autres régions du monde », atteste Sradhanand Sital, président de l’ONG Global Human Rights Defense, à la Haye. »

https://reporterre.net/Coronavirus-aux-Pays-Bas-le-gouvernement-mise-sur-le-confinement-intelligent

Face au coronavirus, la méthode de la Suède interpelle ses voisins :

« Si le Danemark, la Norvège et la Finlande ont opté très tôt pour des approches similaires face au coronavirus, en confinant leur population, la Suède, elle, fait bande à part. Seuls y sont interdits les rassemblements de plus de 50 personnes, les visites dans les maisons de retraite et le service au bar dans les cafés et restaurants. Les crèches, les écoles et les collèges sont toujours ouverts. Les piscines et les salles de sport aussi. Le télétravail n’est que recommandé. Et s’ils sont priés de limiter au maximum les interactions sociales, les Suédois sont encouragés à sortir se dégourdir les jambes.

[…] Dans les capitales voisines, les dirigeants se gardent bien d’émettre des jugements. Interrogé le 18 mars sur l’approche suédoise, le ministre norvégien de la santé, Bent Hoie, tempérait : « Je n’ai pas le sentiment que la différence soit si énorme. » Il ajoutait qu’il n’y avait « pas de réponses toutes prêtes » et que chacun faisait au mieux : « L’histoire montrera si le résultat est différent, en fonction des approches. »  A Stockholm, le premier ministre, Stefan Löfven, fréquemment questionné sur ce particularisme suédois, minimise aussi les différences, dans un entretien publié le 3 avril : « Tous les pays réfléchissent à la façon de mettre en place la distanciation sociale et de renforcer leur système de santé. Ensuite, on le fait différemment. Parfois, parce que nous sommes dans des phases différentes. »

[…] Relativement similaires au début de l’épidémie, les courbes d’évolution de l’épidémie se sont disjointes, fin mars. Alors que le nombre de décès reste encore limité en Finlande et en Norvège, avec 28 et 71 morts au total, dimanche, le Danemark constatait 179 décès et la Suède, 401 – avec près de deux fois plus d’habitants que ses voisins. […] « Il y a quelques semaines encore, beaucoup de Finlandais pensaient que la Suède avait fait le bon choix, mais ils sont bien moins nombreux aujourd’hui », observe Kirsi Heikel, correspondante de la télévision Yle à Stockholm. A Helsinki, l’homme d’affaires Hjallis Harkimo, devenu député, fait partie des sceptiques : « Je ne comprends vraiment pas ce que les Suédois fabriquent, à moins qu’ils sachent quelque chose que nous ignorons. » […] L’épidémiologiste suédois Johan Giesecke parle d’un malentendu : « Nous faisons la même chose que les autres, sauf qu’eux ont recours à la contrainte et nous partons du principe que les gens sont intelligents et peuvent réfléchir. » Il rappelle d’ailleurs que ses collègues danois de la direction de la santé publique ont confirmé que la fermeture des frontières, décidée par Copenhague le 14 mars, était « une mesure politique » qui ne se justifiait pas du point de vue sanitaire. »

https://www.lemonde.fr/international/article/2020/04/05/face-au-coronavirus-la-methode-suedoise-interpelle-ses-voisins_6035655_3210.html

Contre le coronavirus, la Suède à reculons vers une loi d’urgence :

« Les signes d’une détérioration rapide de la situation sanitaire se multiplient : à Stockholm, au moins un tiers des maisons de retraite sont infectées. Les capacités d’accueil en soins intensifs dans les hôpitaux de la capitale sont sur le point d’être saturées. […] « Nous allons compter les morts par milliers. Autant s’y préparer », a annoncé vendredi le Premier ministre, Stefan Löfven. Dans ce contexte, le gouvernement minoritaire de centre gauche prépare une « loi d’urgence », qui lui donnerait un pouvoir accru. Mais la Suède a la spécificité de ne pas être pas munie de telle mesure législative en temps de paix, qui permette de concentrer et accélérer la prise de décision en cas de crise. Le système politique très décentralisé est destiné à « empêcher les abus, et limiter le pouvoir de l’Etat », explique Mark Klamberg, professeur de droit international à l’université de Stockholm.

[…] Cette nouvelle loi donnerait au gouvernement le pouvoir d’ordonner, sans vote du Parlement, la fermeture des transports, gares, cafés, restaurants ou salles de sport, pour l’instant toujours ouverts. L’Etat pourrait aussi distribuer médicaments et équipements de protection à travers le pays, alors que l’inquiétude et la colère du corps médical grandissent face à la confusion entre les autorités régionales et nationales sur ce point. Il s’agirait d’un changement historique : « Jamais le gouvernement n’aurait autant de pouvoir en temps de paix », assure Mark Klamberg. Mais cet état d’urgence, doit être validé par le Parlement, tout comme le confinement. Ses effets seraient limités à trois mois à partir de sa promulgation, prévue d’ici le 18 avril.

[…] Moins radical que la plupart des mesures déjà adoptées à travers l’Europe, ce projet de loi fait l’objet d’âpres débats. « Il interfère avec le modèle démocratique », explique l’éditorialiste Ewa Stenberg. « Si on abandonne une partie de la démocratie maintenant, on ne sait jamais vraiment quand on la récupérera », soutient Jens Holm, député du Parti de gauche. Après les critiques de l’opposition de gauche comme de droite, une clause a donc été ajoutée ce week-end. Elle donne au Parlement un droit de veto a posteriori sur les décisions du gouvernement. »

https://www.liberation.fr/planete/2020/04/06/contre-le-coronavirus-la-suede-a-reculons-vers-une-loi-d-urgence_1784324

La Suisse n’envisage pas de confinement, qualifié de « politique spectacle » :

« Le pays a annoncé le 20 mars durcir ses mesures face à l’épidémie, interdisant les rassemblements de plus de 5 personnes. En revanche, toujours pas de confinement général à l’ordre du jour, bien que certains le réclament comme l’association des jeunes médecins généralistes suisses. « Ce que nous faisons dans le pays aujourd’hui est très proche de ce que font les pays autour de nous. Mais la différence, c’est que nous ne faisons pas de politique spectacle », a souligné le ministre de l’Intérieur.

[…] En Suisse, pays frontalier de l’Italie, le virus avait tué 43 personnes au 20 mars. Plus de 4.800 personnes ont été testées positives mais le pays ne teste pas tous les cas suspects en raison d’une quasi-pénurie de tests. Face à la rapide progression des cas, l’Académie suisse des sciences médicales a publié des directives sur les décisions en matière de tri des patients dans les unités de soins intensifs. En cas de surcharge des capacités aux soins intensifs, « le pronostic à court terme est le facteur décisif pour le triage », indique l’ASSM, soulignant que les patients dont le pronostic de sortie de l’hôpital est favorable avec des soins intensifs mais défavorable sans ces soins, doivent avoir la « priorité absolue ».

[…] Après avoir ordonné la fermeture des écoles, des cafés, restaurants et commerces autres qu’alimentaires, de santé et de première nécessité et après avoir interdit toutes les manifestations publiques et privées, le gouvernement suisse a interdit vendredi les rassemblements, y compris « spontanés », de plus de 5 personnes. Ces groupes s’exposent à une amende de 100 francs suisses par personne.

[…] Selon le sénateur de la Haute-Savoie Loïc Hervé, « ce qu’on fait en France ne sert à rien » tant que la Suisse n’appliquera pas les mêmes mesures que nous. « Le canton de Genève est une enclave en France », indique-t-il, demandant que la frontière soit ouverte « à bon escient ».

https://france3-regions.francetvinfo.fr/auvergne-rhone-alpes/coronavirus-suisse-durcit-ses-mesures-qualifie-confinement-politique-spectacle-1804066.html

L’Autriche, première sur le déconfinement :

« L’Autriche est le premier pays européen à relâcher progressivement les mesures de confinement mises en place à la mi-mars, avant tous les autres. Le chancelier Kurz, catholique pratiquant, n’hésite pas à appeler « une résurrection » le plan concocté par la coalition conservateurs-Verts au pouvoir à Vienne depuis le début de l’année. Lors d’une conférence de presse il y a quelques jours, Sebastian Kurz avait commencé par déplorer la situation catastrophique aux États-Unis, en Espagne, en Italie et en France, avant de se féliciter : « Nous avons agi plus vite et de façon plus restrictive que d’autres pays et nous avons pu éviter le pire. C’est pour cela que nous pouvons sortir de cette crise plus vite que les autres, mais seulement à condition de continuer à respecter très strictement les mesures de protection. » […] C’est donc un « plan ambitieux » de retour à la normale qui va entrer en vigueur par étapes dans les prochaines semaines en Autriche. »

https://www.lepoint.fr/monde/coronavirus-l-autriche-premiere-sur-le-deconfinement-14-04-2020-2371329_24.php

Le Danemark, exception européenne face à l’épidémie ?

« L’expérience s’apparente à un saut dans l’inconnu. Le Danemark fait partie des rares pays européens qui s’apprêtent à amorcer une forme de déconfinement. Ses écoles maternelles et primaires rouvriront à partir du 15 avril. […] Comparé à la France ou à l’Italie, le pays a été relativement épargné jusqu’ici par la pandémie. Sans compter que le gouvernement danois estime avoir réussi à « aplatir » durablement la courbe des contaminations.

[…] Face au Covid-19, le royaume scandinave a adopté très tôt une stratégie différente qui peut expliquer cette situation favorable. Le pays a fermé ses frontières dès le 13 mars, soit trois jours avant la plupart de ses voisins européens, dont la France, limitant ainsi les dégâts. Favorisé par sa situation géographique, la péninsule danoise ne possède que deux frontières terrestres avec l’Allemagne et la Suède, deux pays présentant eux aussi de plus faibles taux de contamination.

[…] Autre facteur ayant permis de limiter les contaminations, les Danois ont adopté très vite des comportements de distanciation sociale, sans avoir été contraints de le faire par une quelconque autorité. Ils ont commencé à s’auto-confiner, en gardant les enfants à la maison et en optant pour le télétravail, trois jours avant l’entrée en vigueur de leur confinement officiel, le 13 mars. Le télétravail, plus développé et accepté au Danemark, a permis un déploiement plus rapide et instinctif du recours au travail à la maison dès les premiers signaux de la crise sanitaire.

[….] Si les restaurants, les bars, les salons de coiffure et les grands centres commerciaux sont restés fermés, les petits commerces et les supermarchés ont pu rester ouverts. Les rassemblements de plus de 10 personnes ont quant à eux été interdits. « Les autorités ont fait confiance et ça a marché : les commerces ne sont pas engorgés et la distance sociale de deux mètres est respectée, y compris dans les parcs. Même à un feu, les piétons et les cyclistes reculent d’eux-même s’ils sont trop près les uns des autres ».

[…] Le déconfinement reste toutefois soumis à de nombreuses restrictions émises par le gouvernement. Certes, les jeunes danois reprennent l’école, mais dans des conditions bien particulières : les enfants devront passer la plupart de leur temps à l’extérieur, dans la cour d’école, les élèves devront autant que possible jouer avec les mêmes camarades, par petits groupes de trois à cinq maximum, en classe les tables doivent être distanciée d’au moins deux mètres, et au moindre symptôme, les parents devront contenir les enfants à la maison. »

https://www.france24.com/fr/20200413-le-danemark-exception-europ%C3%A9enne-face-au-covid-19

Le Portugal est-il vraiment une exception européenne ?

« 200 décès et 9000 cas ont été recensés au Portugal le 2 avril, contre plus de 10.000 morts et 110.000 cas chez l’Espagne voisine. Rapporté au nombre d’habitants de ces deux pays, cela donne un taux de mortalité de 20 décès par million d’habitants au Portugal, contre près de 2400 décès par million d’habitants en Espagne, soit 120 fois plus. Un écart qui ne cesse d’étonner ces derniers jours.

[…] « Il n’y a pas d’exception portugaise », balaie d’entrée Antonio Costa Pinto, politologue à l’université de Lisbonne, qui rappelle d’ailleurs que le président de la République a renouvelé l’état d’urgence et renforcé les mesures de confinement dans le pays. « Miracle ou singularité ? Il faut faire attention aux termes. Soyons prudents, ils pourraient être démentis par les faits d’ici quelques jours », met également en garde Yves Léonard, spécialiste de l’histoire contemporaine du Portugal. […] Reste que l’écart actuel entre le bilan du Portugal et son voisin espagnol peut surprendre. Différentes raisons peuvent néanmoins l’expliquer à ce stade.

[…] Tout d’abord, à la différence des autres pays européens, le Portugal est une péninsule, avec pour seule frontière terrestre l’Espagne. Or, le premier ministre portugais, Antonio Costa, a annoncé la fermeture de sa frontière avec l’Espagne aux touristes dès le 15 mars. Les mesures de précautions ont ensuite été très rapides. […] Après avoir fermé la frontière terrestre avec l’Espagne, l’état d’urgence a été annoncé le 19 mars alors que « très peu de cas étaient observés », assure Yves Léonard. […] Les restrictions imposées aux Portugais sont toutefois moins strictes que chez leurs voisins espagnols. Les Portugais sont ainsi sommés de rester chez eux à moins que leur travail ne les y oblige, mais ils peuvent sortir faire un peu d’exercice dans leur zone de résidence, ce qui est interdit en Espagne.

[…] Toutefois, c’est « dès la fin février, début mars » que les autorités portugaises se sont inquiétées, souligne Yves Léonard, avec notamment une mesure forte symboliquement : le 9 mars, le président portugais a annoncé qu’il se mettait de lui-même en quarantaine, par précaution, suspendant toute activité publique pendant deux semaines. La raison ? Le président avait été en contact la semaine passée avec des élèves d’une école du nord du pays, fermée ensuite après la découverte d’un cas de coronavirus. « Cette prise de position a frappé les esprits, d’autant que de Sousa est un homme très médiatique », insiste le spécialiste de l’histoire contemporaine du Portugal. Beaucoup de Portugais auraient alors eux-mêmes fait preuve d’une grande prudence en « s’auto-confinant », comme ce fut également observé en Sicile après le début de l’épidémie en Lombardie.

[…] Une autre raison plus étonnante est invoquée  : la décision du premier ministre socialiste de régulariser temporairement les immigrés en attente de titre de séjour. Cette mesure exceptionnelle et temporaire vise en effet à les protéger du Covid-19… et ainsi à protéger le reste de la population portugaise. « Les régulariser leur permet d’accéder au système national de santé afin qu’ils soient eux-mêmes protégés et qu’ils puissent protéger les autres », explique Yves Léonard. Cette mesure du gouvernement a toutefois un autre objectif, souligne le spécialiste : « Conserver cette main-d’œuvre nécessaire au bon fonctionnement de l’économie ».

https://www.lefigaro.fr/international/coronavirus-le-portugal-est-il-vraiment-une-exception-europeenne-20200403

Pourquoi la Grèce a réagi rapidement à l’épidémie :

« Notre priorité est de sauver des vies et la santé publique, c’est pourquoi nous avons imposé plus tôt que d’autres pays européens des mesures extraordinaires pour limiter l’expansion du virus et renforcer le système de santé », a souligné le Premier ministre grec. Dès son premier mort, le 12 mars, et avec à peine 117 cas, le gouvernement dégainait des mesures drastiques: fermeture des écoles, universités, crèches, des cinémas, théâtres et lieux de divertissement. Avant de monter en puissance les jours qui ont suivi, en fermant encore, sous peine d’amende, les musées et sites archéologiques, les bars et restaurants, les commerces et les hôtels. Les voyageurs arrivant de l’étranger sont placés en quarantaine pour 14 jours. Les rassemblements de plus de 10 personnes sont interdits et les autorités ont exhorté les Grecs à « limiter leurs déplacements non indispensables » et à se rendre seulement au travail, chez le médecin ou à faire des courses « qui ne peuvent être livrées à domicile ».

[…] « La Grèce a pris des mesures à temps, l’exemple de l’Italie voisine a choqué tout le monde », explique Kyriakos Souliotis, professeur de politique de la santé à l’Université du Péloponnèse. Le pays n’avait pas d’autre choix que « de réagir rapidement avant que les cas se multiplient et que les hôpitaux soient surchargés. Son système sanitaire avec ses problèmes chroniques est très affaibli après la crise de la dette », observe Penny Zorzou, spécialiste des maladies infectieuses à l’hôpital de l’île de Chios. « L’objectif est de gagner du temps avec des mesures sévères pour éviter la multiplication soudaine des cas de coronavirus » et éviter « l’écroulement » éventuel du système de santé.

[…] Pendant la crise, les coupes dans les dépenses publiques et la fuite à l’étranger de centaines de milliers de Grecs, dont de nombreux médecins, ont lourdement impacté le secteur public de santé qui peine à se redresser. « Le pays ne dispose que de la moitié de la moyenne européenne du nombre de lits dans les unités de soins intensifs », précise Kyriakos Souliotis. Les hôpitaux manquent de personnel et d’équipements sanitaires essentiels, et des experts ont souligné la pénurie de tests de dépistage. […] Pour combler les lacunes du secteur, le gouvernement a annoncé l’embauche pour deux ans de 2.000 médecins et personnels hospitaliers, ainsi que la mise à la disposition de 1.900 lits supplémentaires dans un hôpital près d’Athènes.

[…] Autre casse-tête pour Athènes: les dizaines de milliers de migrants entassés dans des camps sordides. Une véritable « bombe sanitaire » pour le porte-parole du gouvernement, selon lequel les risques de propagation du coronavirus sont plus élevés quand les migrants sont libres de se déplacer. Mais des restrictions ont été imposées dès cette semaine sur les allers et venues des migrants, qui ne sont plus autorisés qu’à sortir en petits groupes pendant des tranches horaires définies. Les visites dans les camps sont également réduites au minimum. « Ces mesures sont très positives », se félicite Penny Zorzou. « L’objectif est de réduire le contact des migrants avec la population autochtone qui se déplace plus qu’eux et se trouve potentiellement plus exposée au virus que les résidents des camps », ajoute l’experte. »

https://www.ln24.be/2020-03-20/pourquoi-la-grece-reagi-rapidement-au-covid-19

Amériques : la bourse ou la vie

Sauver l’économie ou sauver des vies, le dilemme de Trump et Bolsonaro :

« Face au développement de la pandémie, Trump et Bolsonaro ainsi que leurs partisans ont dans un premier temps nié la gravité du danger. Le président américain a d’abord minimisé et moqué la menace sanitaire. Il a lancé devant une foule de supporters : « Les démocrates ont politisé le coronavirus. Un de mes conseillers m’a dit : ‘M. le président, ils ont essayé de vous avoir avec la Russie, Russie, Russie.’ Ça n’a pas trop marché. Ils n’ont pas réussi. Ils ont essayé la supercherie de l’impeachment. Ils ont tout essayé. Ça, c’est leur nouveau canular. » C’était le 28 février. Le lendemain, les Etats-Unis enregistraient un premier décès. Le 7 mars, lorsqu’un reporter lui a demandé s’il s’inquiétait de la propagation de l’épidémie, Donald Trump a répondu par la négative : « Pas du tout. On a fait du super boulot ». Il a affirmé que la menace pour la santé publique n’était pas plus grave que celle de la grippe ou des accidents de voiture. Le chef des maladies infectieuses à l’Institut national de la santé qui, habituellement, accompagne le président lors de ses briefings ayant critiqué dans une interview certaines de ses déclarations, a disparu le lendemain lors du briefing au cours duquel il a balayé les propositions des médecins qui voudraient « fermer le monde entier et le tenir fermé pendant des années ».

[…] Bolsonaro a, lui, appelé le coronavirus une fantaisie. Il a défié son propre ministre de la Santé en sortant pour remercier ses supporters, serrant les mains d’une centaine d’entre eux et prenant des selfies avec eux, déclarant que ses capacités athlétiques lui permettraient certainement de résister au virus. Il a critiqué vertement les gouverneurs qui prenaient des mesures de confinement, estimant qu’il ne s’agissait que d’une petite grippe et déclarant que « le peuple verrait bientôt qu’il était trompé par les médias lorsqu’ils parlent du coronavirus ». Réagissant à un sondage montrant que 70% des personnes interrogées soutenaient les mesures extraordinaires prises pour lutter contre la diffusion du virus il a déclaré que les Brésiliens ne croyaient pas aux sondages et qu’il s’agissait d’un complot ourdi par les médias pour le chasser du pouvoir.

[…] Trump et Bolsonaro craignent avant tout que le confinement, provoquant l’arrêt de l’économie durant une longue période, menace leur réélection alors qu’ils ont tout misé sur la croissance et, surtout, sur la hausse des cours de bourse. Il s’agit donc pour eux de remettre les gens au travail quel qu’en soit le prix. Bolsonaro a ainsi annoncé sa décision de relancer l’économie dans les semaines à venir. Trump s’est montré plus volontariste encore, annonçant sa décision de rouvrir rapidement l’économie et ajoutant : « je ne parle pas en termes de mois, je peux vous dire tout de suite ». Les deux hommes sont ainsi décidés à affronter les experts qui, la situation s’aggravant rapidement dans les deux pays, préconisent de renforcer le confinement. Dans une interview à Fox News, Trump a réaffirmé sa position selon laquelle un trop large confinement serait trop dommageable pour la santé économique du pays même si elle contribuait à la sauvegarde de la population. Il a déclaré ainsi : « notre pays n’est pas fait pour être fermé. Notre peuple est plein de vigueur et d’énergie. Vous pouvez détruire un pays en le fermant ». Il a finalement déclaré que le pays serait ré-ouvert pour Pâques, le 12 avril, et qu’il espérait qu’à cette date les églises seraient pleines.

[…] Du coup, pour les deux hommes comme pour leurs partisans, face à la menace de destruction du pays par un trop long et trop large confinement, il faut choisir entre sauver l’économie et sauver des vies. Trump et ses amis, eux, semblent avoir choisi. Lui-même a déclaré récemment, choquant la communauté scientifique : « nous ne pouvons laisser le remède être plus grave que le mal ». Stephen Moore, un économiste conservateur qui a l’oreille de Trump et qui milite pour limiter les restrictions, a dit les choses encore plus clairement : « je ne dénigre pas le personnel de santé, mais vous ne pouvez pas adopter une politique qui dit : nous allons sauver chaque vie humaine à tout prix, peu importe de combien de trillons de dollars il s’agit ». Le sous-gouverneur du Texas, Dan Patrick, a été plus explicite encore : « les grands-parents devraient être prêts à mourir pour sauver l’économie pour leurs petits-enfants ».

[…] Sauver des vies ou sauver l’économie. Poser le choix en ces termes est d’autant plus absurde que, comme Eric Chaney l’écrivait récemment dans ces colonnes, en la matière « la procrastination est la pire des politiques et le coût élevé des mesures radicales nécessaires pour endiguer l’épidémie en vaut la chandelle ». C’est en ralentissant la diffusion du virus que les chances de sauver l’économie sont les plus grandes. C’est bien, du reste, ce que semble penser l’opinion publique américaine. Un sondage vient de montrer que l’écrasante majorité des Américains estime que les mesures de restrictions de déplacements, de confinement, de fermeture des écoles et des restaurants ainsi que des commerces constituent les réponses nécessaires face à la crise sanitaire. L’aggravation rapide de la situation laisse donc penser qu’elle ne soutiendrait pas la suppression à court terme de ces restrictions. Pourtant, la popularité du président, mesurée par le même sondage, est en hausse de cinq points !

[…] De deux choses l’une : ou bien Trump renonce finalement à lever rapidement ces restrictions ou bien l’opinion, et en particulier les sympathisants républicains, sera contrainte de se prononcer sur le conflit qui oppose leur président aux autorités scientifiques et médicales et aux Etats fédérés et aux municipalités qui entendent suivre leurs préconisations. Aux dernières nouvelles, le président américain semble suivre, au moins pour l’instant, les recommandations des autorités médicales. Il ne prétend plus rouvrir l’économie très rapidement, concédant un mois supplémentaire de « souffrance collective » et la poursuite des restrictions même si cela signifie des sacrifices pour les jours à venir. « Durant cette période, a-t-il déclaré, il faudra suivre à la lettre les recommandations ». Bolsonaro, lui, persiste à refuser le confinement, déclarant : « Le Brésil ne peut pas s’arrêter, s’il s’arrête, nous devenons le Venezuela ». Au point que Twitter a supprimé deux tweets de son compte officiel dans lesquels il remettait en cause le confinement, ayant « enfreint les règles » de ce réseau social car les contenus de ses messages « pourraient augmenter le risque de transmission du Covid19 ».

https://www.telos-eu.com/fr/politique-francaise-et-internationale/sauver-leconomie-ou-sauver-des-vies-le-choix-a-fai.html

A l’heure du Covid-19, la Californie s’affirme comme un « Etat-nation » :

« Après les attentats du 11 septembre 2001, les Etats-Unis avaient connu une période d’union nationale extraordinaire. Bougies dans les rues, élans patriotiques, une ferveur collective sans précédent. Le trafic aérien avait été interrompu. Les Etats-Unis étaient coupés du monde, mais n’en avaient jamais été aussi proches : nous étions « tous américains ». Rien de tel avec l’« attaque » du Covid-19. Depuis que le premier cas s’est déclaré, le 21 janvier, dans l’Etat de Washington, l’épidémie s’est propagée sans entraîner de sentiment collectif ni de déferlement patriotique.

[…] Conséquence : les Etats américains se protègent les uns des autres. L’Alaska et Hawaï se sont autorisés des frontières « intérieures », si l’on peut dire : il est désormais interdit à un citoyen américain, même en provenance d’une zone de virus zéro, d’y débarquer sans passer par une période de quatorze jours en quarantaine. A l’heure du Covid-19, la sécurité des Américains ne semble plus dépendre du gouvernement fédéral mais des Etats. Nous ne sommes plus américains, mais californiens, new-yorkais, hawaïens.

[…] En l’absence, à Washington, d’une figure nationale qui incarnerait l’esprit de rassemblement, les Américains se tournent vers leurs élus locaux. Selon un sondage du Pew Research Center, publié le 28 mars, 70% leur font confiance dans la crise. Deux gouverneurs ont particulièrement émergé, Andrew Cuomo à New York et Gavin Newsom en Californie, deux démocrates qui passent pour avoir des ambitions présidentielles. « Si Rudy Giuliani était devenu le maire de l’Amérique après le 11 septembre 2001, Gavin Newsom est actuellement le gouverneur de l’Amérique pour qui se trouve à l’ouest du Mississippi, et Andrew Cuomo, à l’est », affirme le consultant Hank Sheinkopf.

[…] La Californie veut à tout prix échapper au sort de New York. Le 19 mars, Gavin Newsom a été le premier gouverneur à ordonner le confinement de la population entière d’un Etat. Si l’on en croit le quotidien Los Angeles Times, c’est après un coup de fil à Donald Trump, dans la nuit du 6 mars, qu’il a pris conscience qu’il devait surtout compter sur ses propres forces. […] Gavin Newsom a pris le destin de l’Etat en main. Selon lui, la cinquième économie du monde ne peut pas attendre l’action fédérale, pas plus que ses 40 millions d’habitants. « Nous sommes un Etat-nation, répète-t-il. Nous avons des ressources et nous devons être à la hauteur du moment. » […] Tous les jours, il fait le détail, en conférence de presse, de l’effort « herculéen » en cours. La voix rauque, sans la moindre note, il décline les chiffres. Le nombre de ventilateurs, de chambres d’hôtel réquisitionnées pour les sans-abri, de camping-cars mobilisés pour les malades en quarantaine, de lits d’hôpital nécessaires.

[…] Ancien maire de San Francisco, le gouverneur a activé les réseaux de la Silicon Valley. Apple a remis un million de masques à la Californie, et neuf millions au reste du monde. Elon Musk a fait livrer 1.200 ventilateurs à Los Angeles. Richard Branson, le PDG de Virgin, a dépêché un Boeing 747 pour aller chercher un million de masques et 150.000 tests de dépistage à Hongkong. L’usine de batteries Bloom Energy a accepté le défi de remettre à jour les 514 vieux appareils obtenus sur le stock fédéral. Les ouvriers ont été formés en deux jours. Quatre-vingts ventilateurs étaient prêts vendredi. Cent vingt samedi. Le fabriquant avait dit qu’il fallait un mois… En une semaine, Gavin Newsom a approché plus de « scientifiques, chercheurs, ingénieurs et Prix Nobel » qu’en plusieurs années, a-t-il confié. La Californie est le « lieu de naissance » de l’Internet et des biotechnologies. La lutte contre le virus doit être sa nouvelle cause. Début mars, l’Etat a été pris de court par la pénurie de tests de dépistage, et la défaillance des kits envoyés par les instances fédérales. Maintenant, une vingtaine de laboratoires et de start-up proposent des tests, dans un ordre un peu dispersé, selon les experts. Mais le temps perdu n’a pas été rattrapé.

[…] Démocrate progressiste, Gavin Newsom aurait préféré qu’il en aille autrement, mais, à l’heure du chacun pour soi, il a décidé d’utiliser l’énorme pouvoir d’achat de la Californie. Jeudi, il s’est félicité d’avoir réussi à se procurer 100 millions de masques N95. « On était en concurrence avec d’autres Etats, d’autres pays et probablement les Etats-Unis eux-mêmes », a-t-il expliqué, sans cacher que la surenchère faisait monter les prix. Comme son collègue de New York, il a appelé à une centralisation fédérale et à une répartition plus juste des équipements de secours : « Je ne veux pas profiter de notre pouvoir d’achat en ignorant l’angoisse et les besoins des Etats plus petits », a-t-il insisté. Gavin Newsom se veut californien d’abord, « mais aussi américain ».

https://www.lemonde.fr/international/article/2020/03/30/a-l-heure-du-covid-19-la-californie-s-affirme-comme-un-etat-nation_6034886_3210.html

Comment San Francisco a su limiter l’épidémie :

« London Breed n’a pas tergiversé. Lorsque la maire démocrate de San Francisco a déclaré l’état d’urgence fin février, la ville n’avait pas encore un seul cas de coronavirus confirmé, rappelle The Atlantic. Près d’un mois après les premières mesures imposant la distanciation sociale, San Francisco et les villes voisines de la Bay Area sont devenues « un exemple national pour l’efficacité d’une action précoce et agressive » contre la pandémie. Le nombre de cas recensés à San Francisco (872 au 12 avril dont 14 décès), est « bien inférieur à celui des métropoles de taille comparable comme La Nouvelle-Orléans, Detroit, Boston et Washington », observe le magazine américain. À San Francisco, la courbe de l’épidémie « est basse et s’aplatit, et les patients n’affluent pas dans ses salles d’urgence ».

[…] La maire a ordonné le confinement des habitants et paralysé l’activité économique dans toute la ville à partir du 17 mars, « à un moment où San Francisco comptait moins de 50 cas confirmés », souligne The Atlantic. Le gouverneur de Californie, Gavin Newsom, « a suivi avec un décret similaire à l’échelle de l’État quelques jours plus tard ». À cette date, la ville de New York comptait déjà plus de 2.000 cas positifs, mais elle a attendu jusqu’au 22 mars pour procéder au confinement.

[…] Pour The Atlantic, les chemins divergents empruntés par San Francisco et New York, deux villes liées par un coût prohibitif du logement et des inégalités criantes, « reflètent un fossé plus large entre les côtes est et ouest du pays ». La côte ouest a « probablement bénéficié des restrictions imposées par le gouvernement Trump à la fin du mois de janvier sur les voyages en provenance de Chine », souligne le magazine, « tandis que le retard pris par le président pour interdire les vols en provenance d’Europe, ce qu’il n’a fait qu’à la mi-mars, a durement touché New York. »

https://www.courrierinternational.com/article/etats-unis-moins-de-15-deces-lies-au-coronavirus-san-francisco-un-exemple-suivre

Le coronavirus fait exploser les ventes d’armes aux États-Unis :

« Les ventes d’armes sont en forte hausse dans de nombreux États américains, notamment ceux qui sont les plus durement touchés par l’épidémie, comme la Californie, l’État de New York et l’État de Washington. Mais on observe aussi une augmentation des achats d’armes dans les régions moins affectées par la pandémie, certains Américains se décidant à acheter leur première arme à feu de crainte d’un effondrement de l’ordre social ou d’une limitation des ventes décrétée par le gouvernement.

[…] Ce 15 mars, en Californie, une longue file d’attente s’est formée devant le magasin de Martin Retting. Une scène déjà vue la veille devant d’autres magasins d’armes. « Les politiques et les militants anti-armes nous disent depuis des années que nous n’avons pas besoin de nous armer, souligne John Gore, qui patiente parmi les autres acheteurs. Mais aujourd’hui beaucoup de gens ont vraiment peur, et c’est à eux de prendre leurs décisions. » Le site ammo.com, spécialisé dans la vente de munitions, a également enregistré une augmentation de ses ventes. Son volume de transactions pour la période du 23 février au 4 mars a augmenté de 68 % par rapport aux onze jours précédents, c’est-à-dire avant l’explosion de l’épidémie en Italie.

[…] Certains défenseurs du contrôle des armes ont fait part de leur inquiétude liée au fait que des enfants vont être amenés à rester chez eux pendant plusieurs semaines dans des maisons où pourraient se trouver des armes à l’accès non sécurisé. Mais la National Rifle Association et les défenseurs du second amendement de la constitution saluent cette augmentation des ventes. « Vous n’en avez pas besoin, jusqu’au jour où vous en avez besoin, a tweeté Donald Trump junior, le fils aîné du locataire de la Maison-Blanche le 14 mars. Ironie de l’histoire, ce sont à présent mes amis démocrates qui m’appellent pour me demander quelle arme acheter au cas où… Leurs questions portent notamment sur les armes automatiques. J’imagine qu’ils n’ont plus d’objections vis-à-vis du second amendement maintenant. »

[…] À en croire diverses sources, les ventes ont commencé à augmenter il y a plusieurs semaines dans l’État de Washington et en Californie, et elles étaient en bonne partie le fait d’acheteurs d’origine asiatique redoutant une stigmatisation de leur communauté à cause du coronavirus. Au sud de Sacramento, en Californie, le propriétaire du magasin Laguna Guns & Accessories dit avoir assisté à une véritable ruée dans sa boutique, avec de nombreux acheteurs asiatiques mais pas seulement. Une femme âgée, pensionnaire d’une maison de retraite, est morte du Covid-19 à Elk Grove la semaine dernière, et les écoles du district, l’un des plus vastes de Californie, ont été parmi les premières à fermer leurs portes. « C’est la panique », reconnaît George, propriétaire du magasin, qui n’a pas souhaité que son nom de famille soit mentionné. »

https://www.courrierinternational.com/article/panique-le-coronavirus-fait-exploser-les-ventes-darmes-aux-etats-unis

Dans certains Etats américains, des prières plutôt que du confinement :

« Une poignée d’Etats américains refusent obstinément de calfeutrer leur population, malgré les ravages du coronavirus dans le pays. Notamment au nom de la religion. Deux de ces Etats, le Dakota du Sud et l’Iowa, ont préféré officiellement appeler à des journées de prière collective à l’approche de Pâques. Dans le Dakota du Sud, la gouverneure républicaine Kristi Noem a justifié ainsi sa décision de ne pas publier d’ordre de confinement pour l’ensemble du territoire : « Ce sont avant tout les gens qui sont responsables de leur sécurité ». Dans l’Iowa voisin, c’est le Jeudi saint que la gouverneure locale a choisi comme jour officiel de prière contre le coronavirus.  « A travers l’histoire, les habitants de l’Iowa ont trouvé la paix, la force et l’unité à travers la prière à Dieu, en l’implorant humblement de leur donner sa force durant les périodes difficiles », écrit Kim Reynolds.

[…] La semaine dernière, les autorités médicales de l’Iowa avaient recommandé par un vote unanime des mesures de confinement semblables à celles que plus de 95% des Américains connaissent actuellement. Mais la gouverneure Reynolds a estimé que de telles restrictions ne s’imposaient pas dans les zones où le coronavirus n’avait pas encore été signalé. La dirigeante a tout de même décidé de fermer les écoles, de nombreux commerces et lieux publics et a interdit les rassemblements de plus de dix personnes. […] Même dans les Etats où le confinement général est imposé, certains font de la résistance, en invoquant notamment la liberté religieuse garantie par la Constitution. C’est par exemple le cas des fidèles de la Life Tabernacle Church dans la ville de Central, en Louisiane, qui sont venus par centaines, parfois massés dans des autocars, assister à la messe dimanche dernier malgré l’interdiction. « Les virus se nourrissent de la peur, je n’ai pas peur, j’ai la foi », a lancé une croyante interrogée par le Washington Post devant l’église. »

https://www.lci.fr/international/coronavirus-covid-19-dans-certains-etats-americains-des-prieres-pour-paques-plutot-que-du-confinement-2150701.html

Sans assurance aux Etats-Unis ? Une hospitalisation vous coûtera 73.000 $ :

« En dépit de l’adoption de l’Affordable Care Act, ou Obamacare, en 2010, qui visait à réduire le nombre de personnes non assurées et à maîtriser la croissance des dépenses de santé, on estime aujourd’hui que plus de 27 millions de personnes vivant aux États-Unis ne possèdent pas de couverture santé. Selon ce nouveau rapport, si ceux-ci étaient touchés par le Covid-19 et venaient à être hospitalisés pour une durée de 6 jours, il leur en coûterait en moyenne 73.300 dollars. Ce qui s’avérerait également valable pour les Américains disposant d’une couverture maladie limitée, s’ils étaient pris en charge par un établissement de santé ne faisant pas partie du réseau de leur assureur.

[…] Pour les personnes assurées, la facture médicale s’élève en moyenne à 38.221 dollars pour un séjour de même durée. Toutefois, il ne s’agit pas du montant qu’elles paieront, mais du tarif négocié entre l’assureur et les prestataires de soins de santé de son réseau. La facture finale dépendant quant à elle du régime d’assurance auquel le patient a souscrit.

[…] La facture pourra également se révéler très salée pour les personnes touchées par le Covid-19 dont l’état ne nécessite pas une hospitalisation prolongée : une femme vivant dans la région de Boston et ne possédant pas de couverture maladie a ainsi dû débourser la somme de 40.000 dollars pour 3 allers-retours aux urgences et un traitement avant qu’elle ne soit testée. Deux personnes qui avaient été testées négatives mais qui avaient reçu d’autres traitements et passé des tests connexes, ont quant à elles dû s’acquitter d’une facture de plus de 3.000 dollars. »

https://dailygeekshow.com/cout-hospitalisation-coronavirus-usa/

Jair Bolsonaro ou l’inconséquence du populisme face à l’épidémie :

« Le coronavirus a pris son temps pour se poser sur les plages brésiliennes, mais Jair Bolsonaro semble incapable de saisir le manche pour éviter le crash. Une perspective inquiétante dans un pays de 210 millions d’habitants, dont les infrastructures sanitaires sont souvent précaires. Climato-sceptique, le président brésilien s’est initialement révélé négationniste en matière de coronavirus (« une invention »). Même lorsque la gravité de la pandémie est apparue au grand jour, il n’a cessé de minimiser la crise et de fustiger « l’hystérie, comme si c’était la fin du monde ».

[…] L’ancien para a tout d’abord sciemment ignoré les risques de contamination pour lui-même et son entourage. Au retour d’un voyage officiel en Floride, un des ministres qui l’accompagnaient a en effet été testé positif au coronavirus. Qu’importe ! Quelques jours plus tard, et avant même d’avoir les résultats définitifs de ses propres analyses, Jair Bolsonaro est allé serrer les mains et prendre des selfies avec des militants venus manifester contre le Congrès. Un mini-bain de foule qu’il a justifié en évoquant l’obligation « d’être avec mon peuple ». […] Au cours des jours suivants, une vingtaine de membres de sa délégation aux Etats-Unis ont été testés positifs, dont trois ministres. Avant d’être lui-même soumis à d’autres tests de dépistage, il a assuré que « ce n’est pas une grippette qui va me terrasser ! » […] Par la suite, alors que la situation sanitaire s’aggravait dans le pays après l’apparition des premiers morts, il a condamné, lors d’une allocution officielle, les fermetures d’écoles et les mesures de confinement décrétées par certains gouverneurs d’Etat. « Quand la dose est trop forte, il se peut que le remède ne marche pas bien, dit-il. L’économie doit fonctionner, sinon les gens vont rester chez eux sans avoir de quoi manger », a-t-il averti.

[…] Bolsonaro est-il en train de scier la branche sur laquelle il est assis ? Le président de la Chambre des députés, appartenant à la droite modérée, a été le premier à manifester son irritation à l’égard du chef de l’Etat. […] Le chef de l’extrême droite brésilienne commence aussi à perdre du terrain sur son terrain privilégié : les réseaux sociaux. […] Bolsonaro, connu pour son goût pour la polémique, a ainsi contribué avec zèle à la chute de sa propre popularité. A tel point que plusieurs demandes de destitution ont déjà été déposées au Congrès. Et que certains chefs d’entreprise, en sous-main, n’écartent plus cette hypothèse. Lâché par ses anciens alliés, le président brésilien adopte une mentalité d’assiégé et soupçonne ouvertement que se trame un coup d’Etat contre lui.

[…] Plusieurs caractéristiques de la société brésilienne compliquent encore la situation : inégalités sociales (certains habitants de favelas n’ont même pas d’eau pour se laver, ni d’argent pour se payer des savonnettes), un grand nombre de travailleurs informels, et des prisons dangereusement surpeuplées. Quand au système de santé public, le ministre de tutelle a estimé qu’il risquait d’imploser dès le mois prochain si la population ne prenait pas ses précautions. Une mise en garde que n’a pas du tout apprécié son chef. »

https://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/jair-bolsorano-ou-linconsequence-du-populisme-face-a-lepidemie-1189191

Le Brésil décrète les cultes religieux « essentiels » :

« La décision a suscité l’ire de plusieurs de ses détracteurs politiques. Au même titre que celles des enseignes alimentaires et des pharmacies, le président Jair Bolsonaro a intégré, le 26 mars, dans un décret publié au journal officiel, les activités religieuses « quelle qu’en soit leur nature » dans la liste des services considérés comme « essentiels » à la nation brésilienne, durant la période de confinement liée à la propagation mondiale du coronavirus. Toutefois, ces activités « devront être conformes aux instructions du ministère de la santé », a-t-il précisé dans le texte : à ce titre, le ministère pourrait choisir d’imposer in fine des restrictions aux lieux de culte.

[…] Dans le pays, certains États et municipalités ont déjà adopté certaines mesures, prônant notamment la suspension des célébrations religieuses et imposant la fermeture des écoles et des commerces considérés comme « non essentiels ». Ces décisions locales ont vertement été critiquées par Jair Bolsonaro, qui a accusé plusieurs gouverneurs de mettre en place une politique de « la terre brûlée ». Élu en 2018 avec pour slogan de campagne « Le Brésil au-dessus de tout, Dieu au-dessus de tous », le chef de l’État, né catholique, avant d’être baptisé en 2016 par le pasteur Everaldo Dias Preira, une figure influente au sein de l’Assemblée de Dieu brésilienne, avait, à l’époque du scrutin, bénéficié du très large soutien des églises évangéliques du pays.

[…] La Conférence nationale des Évêques du Brésil (CNBB), pays considéré comme le plus catholique au monde, avec près de 128 millions de fidèles, a assuré le 26 mars à la chaîne TV Globo que les paroisses devaient privilégier les messes à distance. L’épiscopat local avait déjà fortement critiqué l’allocution prononcée par le président Bolsonaro, remettant en cause les mesures de confinement prises par certains États. « Restez à la maison. C’est l’indication des autorités sanitaires compétentes et sensées. Faisons tout notre possible pour contribuer à la construction d’une société juste et fraternelle. Le travail doit être maintenu dans les conditions nécessaires, en protégeant et en prenant soin de la vie de chacun d’entre nous », avait exhorté l’archevêque de Belo Horizonte et président de la CNBB, accusant l’exécutif de « minimiser » sa responsabilité dans la crise actuelle. »

https://www.la-croix.com/Religion/Protestantisme/Covid-19-Bresil-decrete-cultes-religieux-essentiels-2020-03-27-1201086471

Au Canada, pas de retour à la normale attendu avant au moins un an  :

« Les Canadiens ne doivent pas s’attendre à ce que la vie reprenne son cours normal avant qu’un vaccin ne soit disponible, et cela prendra vraisemblablement entre 12 et 18 mois, prévient Justin Trudeau. Le premier ministre a fait ces commentaires après que l’Agence de la santé publique du Canada eut dévoilé ses projections concernant l’évolution de l’épidémie. « On va probablement connaître d’autres vagues d’infection moins importantes pendant un certain nombre de mois. Ce sera notre nouvelle réalité jusqu’à ce qu’on trouve un vaccin. » La reprise économique devra conséquemment attendre encore plusieurs semaines, a convenu Justin Trudeau, mais il ne s’agira toujours pas d’un retour à la normale. « Quand on sera passés à travers cette première vague, on va pouvoir ouvrir un peu l’économie, mettre des mesures de côté », a-t-il dit.

[…] Le premier ministre a toutefois soutenu que les « petites épidémies plus localisées », qui auront probablement lieu une fois la première vague passée, seront « plus faciles à gérer », puisque le Canada sera mieux préparé, et surtout mieux équipé, pour les affronter. Cela permettra de reprendre « énormément » d’activités, selon M. Trudeau. Il a d’ailleurs réitéré à de multiples reprises l’importance de continuer à respecter toutes les consignes de sécurité, puisque cela aura ultimement un impact sur la durée et la sévérité de l’épidémie. « Pour l’instant, nos systèmes de santé tiennent le coup, mais on est à la croisée des chemins », a-t-il observé. Le Canada compte plus de 20 000 cas de Covid-19 et plus de 500 morts liés à la maladie. »

https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1692434/justin-trudeau-coronavirus-covid-19-point-presse-mesures

Au Mexique, la pandémie frappe un pays déjà fragilisé par la précarité :

« Le 14 mars dernier, alors que de nombreux pays européens entraient dans une période de confinement sans précédent pour ralentir la propagation du Covid-19, le Mexique accueillait 70.000 participants à son plus grand festival de musique : le Vive Latino. Malgré les recommandations de l’OMS d’éviter tout rassemblement massif, le gouvernement a autorisé l’organisation du festival soulignant que le Mexique n’était, à l’époque, qu’au stade 1 de la pandémie.

[…] Les autorités, qui disposaient pourtant d’informations fiables, ont fait preuve d’une attitude peu rationnelle si ce n’est peu responsable. Il est vrai que ces décisions sont en partie nées d’un manque de préparation et d’anticipation devant une situation sanitaire inédite. Mais le comportement de certains responsables politiques, en particulier celui du président mexicain, ont de quoi laisser perplexe. Ce dernier, lors d’une conférence de presse le 18 mars, déclarait se protéger du coronavirus à l’aide d’amulettes et de porte-bonheur et recommandait à la population de se réfugier dans la foi pour affronter le virus. Quelques jours plus tard, faisant fi des fameux « gestes barrière », il participait à des bains de foule, et allait jusqu’à embrasser une petite fille ou encore serrer la main de la mère du baron de la drogue « El Chapo ».

[…] Il aura fallu attendre le 30 mars et la mise en place de l’état d’urgence sanitaire recommandant aux citoyens de rester chez eux et annulant les activités non essentielles, pour observer un changement notable de ligne de conduite du chef d’État mexicain. Le respect des nouvelles mesures nécessaires à la lutte contre le coronavirus apparaît cependant comme une véritable contrainte dans un pays où plus de 50% de la population vit dans la pauvreté et occupe des emplois informels. Le confinement, bien que non obligatoire, ainsi que la diminution de l’activité économique forcent aujourd’hui un grand nombre de Mexicains à choisir entre un risque de contamination ou l’aggravation de leur situation de pauvreté.

[…] Si les individus et les familles les plus riches peuvent s’isoler et résister à la situation pendant quelques mois en bénéficiant parfois d’une assurance maladie privée, ils ne vont pas pouvoir échapper longtemps au problème d’engorgement des services médicaux. Face à cette situation, le gouvernement a rapidement ordonné aux forces armées d’installer des hôpitaux, mais les services publics médicaux actuellement dépourvus d’équipement, de personnel et de médicaments, évoquent publiquement l’absence de soutien adéquat. De plus, le flou s’installe sur la stratégie du gouvernement en matière de dépistage. Pour contenir la propagation du virus sur le territoire mexicain, un système de tests a bien été mis en place. Mais un certain nombre de règles ont été édictées limitant la mise en place de tests à grande échelle. »

https://theconversation.com/au-mexique-la-pandemie-frappe-un-pays-deja-fragilise-par-la-precarite-et-sa-dependance-economique-135848

En Équateur, Guayaquil est submergée par la mort :

« Guayaquil est devenue l’une des villes d’Amérique latine les plus affectées par la pandémie de Covid-19. La capitale économique de l’Équateur, ville aux quelque 2,7 millions d’habitants, représente à elle seule tout le spectre de ce que peut produire la diffusion du coronavirus dans les pays en développement, si l’épidémie n’est pas maîtrisée à temps. Des jours durant, des centaines de cadavres y ont en effet été abandonnées chez eux, voire dans les rues, enveloppés de plastique noir. Les services funéraires ont été dépassés, et le secteur sanitaire, en manque de fonds et de personnel, s’est effondré. […] Confronté à la pandémie, le gouvernement du président Lenin Moreno a déclaré l’état d’exception, l’urgence sanitaire, la suspension du travail sur le lieu habituel d’activité, la suspension des cours dans les établissements d’enseignement, la restriction de la circulation automobile et la fermeture des frontières. »

https://www.la-croix.com/Monde/Ameriques/En-Equateur-Guayaquil-submergee-mort-2020-04-13-1201089193

Le Venezuela, au bord d’un désastre sanitaire :

« La dernière frasque de Nicolas Maduro prêterait à sourire si elle ne risquait d’avoir des conséquences graves. « Cinq verres par jour, pendant douze semaines, de potions de citronnelle » avec du jus de citron, du gingembre, du sureau, du poivre noir et du miel protégeraient du Covid-19. Il tire ce conseil délirant de Sirio Quintero, qui se présente comme « docteur nanotechnologue », diplômé en histoire des sciences en Italie, à qui l’on doit la théorie selon laquelle le cancer qui a tué le président Hugo Chavez lui avait été inoculé et le coronavirus « élaboré pour attaquer spécifiquement les organes des races chinoises et des ethnies latino-américaines. » Une arme de bioterrorisme, donc. Pas très efficace, serait-on tenté de répliquer, si l’on peut s’en prémunir avec du jus de citron.

[…] De quoi inquiéter encore davantage sur la politique menée dans un pays où le virus pourrait causer une catastrophe sanitaire. Comme beaucoup de dirigeants, Maduro a décrété le confinement, le 17 mars. Il est douteux que cela suffise. Selon le Global Health Security Index, qui a classé les pays selon leur degré de préparation, le Venezuela occupe la 176e place sur 195, entre Djibouti et le Burundi. L’Assemblée nationale, d’opposition, a constitué une commission d’experts de la santé. Selon l’un de ses récents rapports, 23% des hôpitaux et cliniques disposent de masques, 21%, de gants, et 92% n’ont pas de savon. Les études indépendantes ne sont guère plus rassurantes. Selon L’ONG Medicos Unidos, 94% n’ont pas de service de tomographie, 84% n’ont pas de laboratoire ou en ont un déficient. Seulement 4% ont l’eau courante de façon continue. La situation est meilleure dans les cliniques privées, mais elles sont inabordables pour la majorité de la population.

[…] D’autant que l’hôpital s’est vidé de son personnel, avec l’exode dû à la crise économique et humanitaire. Selon l’ONU, elle a poussé au moins 4,9 millions de personnes sur les routes. « De ma promotion de 85 diplômés en 2010, seulement 3 sont encore dans le pays », calcule Jose Manuel Olivares. Le cancérologue de 34 ans et député de l’opposition pour l’État de Vargas a rejoint la Colombie en 2018, après des menaces du gouvernement. « Si on applique ce ratio aux autres universités et avec des données comme les 4 894 médecins vénézuéliens homologués au Chili, on arrive à au moins 15.000 médecins exilés », estime-t-il. Il appartient à la commission de Santé de Guaido et est persuadé que la pandémie sera un « désastre » au Venezuela : « La mesure de base est de se laver les mains, elle est impossible à suivre sans eau. On ne peut pas faire de tomographie pour détecter les pneumonies, à peine cinq sur les dix médicaments nécessaires sont disponibles, énumère-t-il. Le pays est en crise alimentaire sévère, en particulier chez les personnes âgées dont beaucoup ne mangent qu’une fois par jour, et très peu de protéines. Leurs organismes ne pourront combattre la maladie. »

https://www.lepoint.fr/monde/coronavirus-le-venezuela-au-bord-d-un-desastre-sanitaire-27-03-2020-2369098_24.php

 

Afrique et Inde : des bombes à retardement

L’Afrique, bombe à retardement :

« Avec moins de 1.000 cas avérés identifiés officiellement, probablement infiniment plus, le continent africain redoute une accélération brutale de la pandémie. « Nous ne sommes pas prêts », constatent la plupart des spécialistes locaux, notamment en Afrique de l’Ouest où les systèmes hospitaliers sont défaillants. Le compte à rebours a commencé. […] « Certains se sont imaginés que l’Afrique resterait à l’écart de la pandémie, c’était évidemment ridicule et ce qui est vraiment à craindre maintenant, c’est qu’on retrouve dans tous les pays touchés la même courbe exponentielle que celle observée en Italie, en France ou en Angleterre » martèle le docteur Massamba Sassoum Diop, président de SOS Médecins Sénégal, très présent sur divers médias du continent noir.

[…] Pour le virologue camerounais John Nkengasong, directeur du Centre africain de prévention et de lutte contre les maladies de l’Union africaine, le doute n’est guère permis : « A l’évidence, des personnes n’ont pas été détectées. » Combien et surtout combien chaque jour alors même que le tsunami risque fort de frapper assez vite un système hospitalier défaillant dans la plupart des pays en particulier en Afrique subsaharienne. « Il faut rappeler quelques données pour avoir une idée de la catastrophe potentielle, explique Augustin Augier d’Alima. En France on compte 7 lits en hôpital pour 1.000 habitants, 0,3 en Afrique de l’Ouest. 50 médecins pour 15.000 habitants dans l’Hexagone, 1 pour 15.000 au Burkina Faso. Chez nous on estime qu’il faut actuellement doubler la capacité hospitalière pour accueillir les personnes contaminées plus ou moins sévèrement. Là-bas il faudrait la multiplier par cinquante ! » Le constat fait trembler ceux qui sont en première ligne, à l’image du virologue congolais Jean-Jacques Muyembe Tanfum, co-découvreur du virus Ebola en 1976 : « Avec le coronavirus, nous aurons certainement un taux de mortalité qui avoisinera les 10% et un taux d’infection du personnel médical assez effrayant. »

[…] Avec, comme double peine dramatique, l’impossibilité pour les experts internationaux de se rendre désormais sur le continent ou, pour ceux qui s’y trouveraient, de circuler afin de traiter les nouveaux foyers de contamination. « L’espace aérien entre l’Afrique et le reste du monde comme à l’intérieur de l’Afrique doit être ouvert à ceux qui peuvent aider à contenir et traiter la pandémie », estime Augustin Augier d’Alima. En attendant, les politiques de confinement se mettent peu à peu en place mais posent à peu près autant de problèmes que ceux qu’elles sont censées résoudre. […] « Les gens du peuple n’ont pas encore pris conscience de la gravité du problème, raconte le photographe malien Emmanuel Bakary Daou. Certains s’en remettent à Dieu, quelques uns disent que c’est un complot contre l’islam, les intellectuels, les politiques, l’élite, elle, commence à avoir peur. » […] Le plus dur est de toute manière à venir, « quand il faudra vraiment confiner les gens chez eux, seule barrière réellement efficace », note Clémentine Colas. Efficace mais presque intenable. « L’économie informelle fait vivre une partie de la population. S’ils ne peuvent plus sortir, travailler, trouver le subside quotidien, ils crèvent de faim, il n’y a pas d’airbag social ici ! » A Bamako, Emmanuel Bakary Daou n’imagine guère qu’on puisse en arriver là. « Si on contraint les gens de cette façon, on peut redouter des violences. »

https://www.marianne.net/monde/coronavirus-l-afrique-bombe-retardement

Des scientifiques prévoient 450.000 cas de coronavirus en Afrique d’ici début mai :

« Avec seulement 9.000 cas recensés aujourd’hui, l’Afrique affiche un bilan en trompe-l’œil qui ne rassure ni les experts, ni la communauté scientifique qui envisage avec inquiétude les effets de la pandémie sur le continent. Le bilan officiel, 400 morts sur l’ensemble du continent, paraît marginal par rapport au reste du monde, anecdotique au regard des crises sanitaires que l’Afrique a traversées. Pourtant fin mars, l’OMS a jugé utile de prévenir le continent de « se préparer au pire ».

[…] Avec 2 millions de Chinois vivant en Afrique et huit vols directs par jour, de nombreuses liaisons avec l’Europe nouvel épicentre de la pandémie, il paraissait difficile d’imaginer que l’Afrique passe au travers. Après s’être propagé en Egypte puis en Algérie et au Nigéria, le virus frappe aujourd’hui 50 pays africains sur 54. C’est peut-être le seul chiffre qui parait fiable aujourd’hui.

[…] Prenant en compte les marges d’erreur possibles, une équipe de scientifiques de la London School of Hygiene and Tropical Medicine estime à 450.000 le nombre de personnes infectées en Afrique d’ici début mai. Outre les victimes directes qui pourraient alors se chiffrer en dizaines de milliers, ce sont les effets secondaires qui inquiètent les chercheurs britanniques. Un membre de l’équipe, Carl Pearson cité dans The East African évoque des « répercussions négatives sur les systèmes de santé avec l’interruption de traitement pour les patients non atteints, la perturbation des campagne de médecine préventives, comme les vaccinations ». Plus largement, la crise pourrait cristalliser les faiblesses des systèmes de santé publique de pays africains.

[…] Avec un âge médian inférieur à 20 ans, la population la plus jeune du monde n’est pas pour autant immunisée contre le coronavirus. « Parmi les 25 pays du monde les plus touchés par les maladies respiratoires, l’Afrique en compte 22 », signale le rapport Mo Ibrahim, qui évoque le nombre élevé de personnes atteintes d’asthme, de maladies chroniques pulmonaires, pneumonies, tuberculoses ou de syndromes respiratoires liées à une infection au syndrome HIV. Autant de personnes jugées « à risques » quel que soit leur âge.

https://www.parismatch.com/Actu/International/Des-scientifiques-prevoient-450-000-cas-de-Coronavirus-en-Afrique-d-ici-debut-mai-1681058

L’Afrique au défi de son système de santé :

« Nous ne sommes qu’au matin de cette pandémie » constate John Nkengasong, le directeur du Centre africain de prévention et de lutte contre les maladies de l’Union africaine (CDC), encore animé de l’espoir que l’épidémie ne tournera pas au désastre sanitaire sur le continent. L’Afrique n’est encore que faiblement touchée, mais la progression de l’épidémie inquiète les scientifiques, conscients, comme le patron du CDC, que « l’Afrique n’aura pas les moyens de répondre médicalement à un afflux de cas graves comme en Asie, en Europe ou aux Etats-Unis ». Les capacités hospitalières des 54 pays africains sont loin d’être homogènes, des Etats comme l’Afrique du Sud, l’Algérie ou le Maroc ne peuvent être comparés au Tchad ou à la République centrafricaine par exemple, où seulement trois respirateurs artificiels seraient actuellement disponibles pour une population d’environ 5 millions d’habitants.

[…] « Nous sommes en train d’effectuer des projections pour savoir quel est le nombre de respirateurs dont nous aurions besoin. Nous regardons les possibilités d’acheter des hôpitaux mobiles à la Chine, où la maladie est en régression », relate le docteur Nkengasong, tout en reconnaissant son incapacité à prévoir comment l’épidémie évoluera dans les prochains jours. « La première urgence est d’étendre le diagnostic. Il nous faut détecter et isoler les cas positifs, car si nous n’arrivons pas à généraliser les tests, il nous sera difficile de savoir quelle est l’ampleur de l’épidémie », analyse-t-il. […] Faute de détection, la pandémie pourrait en effet se transformer en tueur invisible et silencieux. Au Cameroun, le professeur Yap Boum II est lucide. « Notre système sanitaire est sans aucun doute le talon d’Achille de notre réponse au Covid-19 » […] « Il y a un fort risque que l’on ne voit pas les malades du fait du manque de confiance dans les services sanitaires, de l’impossibilité de se rendre dans les hôpitaux, trop loin, trop chers », ajoute Augustin Augier, le directeur de l’ONG Alima. Selon lui, « si, en France, il faudrait multiplier par deux ou trois le nombre de lits, dans nombre de pays africains, c’est par 40 qu’il faudrait le faire afin de soigner les cas les plus graves ! »

[…] De la crise qui s’annonce, tous les scientifiques et acteurs humanitaires interrogés tirent déjà la conclusion suivante : si celle-ci met en exergue les immenses lacunes des systèmes de santé du continent et incite les gouvernants à investir davantage dans ce secteur, la réponse qui devra être soutenue par une mobilisation internationale ne pourra se limiter au seul domaine médical et devra prendre en compte les réalités particulières de chaque Etat et région. Sans ce soutien, le nombre de malades pourrait fortement augmenter avec le risque de voir le virus muter et, comme a prévenu Antonio Gutteres, « revenir du Sud vers le Nord ».

https://www.lemonde.fr/afrique/article/2020/04/03/coronavirus-l-afrique-face-au-defi-de-son-systeme-de-sante_6035441_3212.html

L’Afrique suit la prescription de chloroquine du Pr Raoult :

« Le Pr Didier Raoult fait des émules en Afrique alors que l’épidémie ne cesse de progresser sur le continent. C’est le cas à Dakar, la ville qui l’a vu naître et avec laquelle il a effectué, dans le passé, de nombreux partenariats de recherche. Ne souhaitant pas rentrer dans les débats qui animent les scientifiques sur le protocole du directeur de l’IHU Méditerranée, le Pr Moussa Seydi, chef du service des maladies infectieuses de l’hôpital de Fann à Dakar, teste actuellement l’hydroxychloroquine. Il a justifié à la télévision nationale son utilisation par la tolérance des malades, la réduction de la charge virale et de la contagiosité.

[…] L’hôpital de Fann coopère aussi avec l’Institut Pasteur de Dakar pour la réalisation d’essais sur ce traitement. D’autres pays comme le Maroc, la Côte d’Ivoire et le Togo ont déjà entamé l’emploi de la chloroquine, en l’associant ou pas avec d’autres molécules dans leurs protocoles thérapeutiques. En état d’urgence sanitaire, avec des villes mises en quarantaine, le Burkina Faso a lancé deux essais cliniques sur son utilisation, qui vont être comparés avec les résultats obtenus au Bénin voisin où elle est déjà administrée.

[…] Principale crainte : l’automédication. Certains pays, comme le Nigeria, se montrent prudents après avoir connu des cas d’intoxication liés à de mauvais dosages de ce produit. D’autres ont aussi peur d’une ruée vers les médicaments contrefaits, venus de Chine ou produits localement. Enfin, plusieurs Etats craignent une pénurie de cet antipaludéen. Lomé a interdit sa vente libre en pharmacie. La République démocratique du Congo a relancé sa production. Mais l’Afrique cherche avant tout à sauver des vies et à libérer des places rapidement dans les hôpitaux, en faisant reposer une partie de ses espoirs sur cette bonne vieille molécule. »

https://www.lopinion.fr/edition/international/coronavirus-l-afrique-suit-prescription-chloroquine-pr-raoult-215311

Comment la France imagine une possible implosion de l’Afrique :

« Dans une note du Centre d’analyse, de prévision et de stratégie, titrée « L’effet pangolin : la tempête qui vient en Afrique ? », le Quai d’Orsay estime que la crise du Covid-19 pourrait être en Afrique « la crise de trop, qui déstabilise durablement, voire qui mette à bas des régimes fragiles (Sahel) ou en bout de course (Afrique centrale) ». En tout cas, la crise sera probablement le révélateur des limites de capacité des Etats, incapables de protéger leur population.

[…] La crise va révéler de nouveaux rapports de force pour le contrôle de l’Etat, pendant et après la crise. « Anticiper le discrédit des autorités politiques signifie accompagner en urgence l’émergence d’autres formes d’autorités africaines crédibles pour s’adresser aux peuples afin d’affronter les responsabilités de la crise politique qui va naître du choc provoqué par le Covid-19 en Afrique ».  […] La plupart des Etat africains vont faire « massivement la preuve de son incapacité à protéger ses populations. Cette crise pourrait être le dernier étage du procès populaire contre l’Etat, qui n’avait déjà pas su répondre aux crises économiques, politiques et sécuritaires », souligne le Quai d’Orsay.

[…] En Afrique centrale, « le choc pourrait précipiter la crise finale de la rente pétrolière au Cameroun, au Gabon et au Congo-Brazzaville, là aussi au cœur des équilibres sociaux ». Dans les deux cas, cela pourrait constituer le facteur économique déclencheur des processus de transition politique. Certains pays africains devront faire face à ce qu’appelle le CAPS, un « virus politique ». Il part du principe que les villes seront l’épicentre des crises et que très rapidement, la question du ravitaillement des quartiers se posera pour l’eau, la nourriture et l’électricité. « Des phénomènes de panique urbaine pourraient apparaître : elles sont le terreau sur lequel se construisent les manipulations des émotions populaires. Cette recette fait le lit d’entreprises politiques populistes », explique le CAPS. Ce sont les classes moyennes en cours de déclassement qui seront les premières fragilisées, car leur quotidien risque de s’effondrer, précise-t-il.

[…] Pour la France, dans ce chaos, il s’agit de trouver des interlocuteurs à la fois fiables et légitimes pour compenser la possible faillite des Etats. […] Quels sont ces interlocuteurs ? Les premiers sont les autorités religieuses. […] Les deuxièmes sont les diasporas, qui peuvent avoir un devoir d’information civique. Les troisièmes sont les artistes populaires. […] Les quatrièmes peuvent être des entrepreneurs économiques et des businessmen néo-libéraux. […] Enfin, face à l’incapacité de l’Etat à protéger ses populations et face aux possibles ambitions opportunistes de certains, il convient de « soutenir des paroles publiques d’experts africains scientifiques et spécialistes de la santé. »

https://www.latribune.fr/economie/international/comment-la-france-imagine-une-possible-implosion-de-l-afrique-face-au-covid-19-844055.html

Derrière les achats sanitaires en Afrique, des détournements massifs de fonds :

« La crise a tôt fait de révéler au monde entier le système sanitaire largement défaillant des pays africains. Elle est le révélateur des limites de capacité des états, incapables de protéger leur population mais aptes à organiser des scrutins à plusieurs milliards de francs CFA. Depuis le début de la pandémie, plusieurs chefs d’États qui ne prenaient la parole face à leurs concitoyens qu’une fois l’an, ont tous été subitement piqués par le virus des discours télévisés, souvent creux et sans mesures pragmatiques.  […] Derrière les grandes annonces de mobilisation de fonds, des achats de masques, gels hydroalcooliques et gants, se jouent de grosses luttes pour s’arracher les marchés juteux. Selon une note de plusieurs associations luttant contre la corruption en Afrique subsaharienne, plus de 400 milliards ont été déjà détournés en Afrique de l’Ouest et du centre. Les États incriminés passent commande pour la plupart auprès de fournisseurs amis, en gré à gré.

[…] « Ce sont des milliards sans contrôle », assène un haut responsable de la BCEAO qui a souhaité garder l’anonymat, avant de poursuivre : « nous voyons de plus en plus de mouvements financiers douteux, entre les États membres, cela s’apparente clairement à des détournements et du blanchiment de capitaux. Comment expliquer que des revendeurs de produits GSM avec des revenus modestes, se retrouvent avec 4 ou 5 milliards sur un compte en banque dont le plafond depuis dix ans tournait autour de 350.000 CFA ? Très souvent ces montants proviennent de Trésors publics ». […] Alexandre Legendre, expert en stratégie Politique explique ces détournements massifs de milliards dans cette période de crise sanitaire, par les échéances qui approchent : « si vous observez bien la situation dans le pays où les détournements sont importants, soit il y a une élection majeure cette année ou soit l’an prochain. Le Covid-19 sonne comme du pain béni pour ces hommes politiques qui doivent mobiliser des ressources importantes pour faire campagne. On détourne, et dans le même temps on fait appel à l’aide internationale pour faire passer la pilule de la récession qui s’annonce. Le malheur ne frappe pas forcément tout le monde, ce sont les populations qui seront évidemment perdantes », insiste-t-il, visiblement désabusé par le contexte.

[…] D’un côté les dirigeants qui profitent de la situation sanitaire pour détourner des fonds, communiquer sur des chiffres inexacts, et s’enrichir, et de l’autre, les populations abandonnées à elles-mêmes dans un contexte socio-économique critique. De source digne de foi, les achats de dizaines de millions de masques annoncés par les différents États à grands coups de communication ne sont en réalité que des vues de l’esprit. […] L’Afrique et ses dirigeants ne consacrent que 1% aux dépenses mondiales de santé. Avec deux médecins pour 10.000 habitants, les hôpitaux publics sont de véritables mouroirs et ne disposent en moyenne que de 1,8 lit pour 1.000 personnes. En RDC, il n’y a qu’une cinquantaine d’appareils d’assistance respiratoire pour plus de 80 millions d’habitants vivant sur un territoire aussi vaste que l’Europe occidentale. »

https://www.lsi-africa.com/fr/actualite-africaine/afrique-covi-19-detournements-corruption.html

Le verrouillage de l’Inde enclenche une tragédie humaine :

« Le confinement est-il possible en Inde? Depuis le 25 mars, les autorités imposent des restrictions strictes pour empêcher les Indiens de circuler, avec l’ordre de rester à domicile pour 21 jours, des contrôles de barrages policiers et la paralysie des transports. L’Inde comptabilise plus de 1600 cas, dont 38 décès, mais ces chiffres restent sous-estimés en raison de la rareté des dépistages du virus. Dans un pays de 1,3 milliard d’habitants, les experts agitent l’éventualité d’une bombe à retardement. Le contexte est explosif : densité élevée de la population, carences sanitaires et faiblesse de l’équipement hospitalier.

[…] Si les Indiens riches ont les moyens de s’isoler, des millions de pauvres vivent dans des espaces exigus, sans latrines privées. « Personne ne respecte vraiment le confinement, commente Satish Bhatt, dans le camp insalubre d’Anand Parbat, à Delhi, où se massent plus de 10.000 personnes. Les femmes continuent à aller chercher l’eau en groupe et les hommes sortent durant la journée. » Les pratiques sociales s’articulent en Inde autour de la vie en communauté, rendant impossible l’isolement chez les plus démunis. Face à la propagation du virus, la solution du confinement exclut d’emblée les couches défavorisées.

[…] « L’implémentation du confinement a été extrêmement mal gérée, souligne Paranjoy Guha Thakurta, auteur et commentateur politique. Les ouvriers migrants n’ont pas pu s’organiser et le gouvernement n’avait rien prévu pour eux. » Dans la soirée du 24 mars, l’annonce du premier ministre Narendra Modi n’a en effet laissé que quatre heures de répit à la population avant le confinement. La panique a été totale. Les manutentionnaires et journaliers, originaires des villages et soudain piégés dans les villes sans travail ni argent, ont tenté de fuir à pied pour rentrer chez eux, dans les Etats voisins. Cet exode de masse a été une tragédie monumentale. Plus d’une vingtaine de personnes sont mortes sur les routes.

[…] Faire respecter le confinement par la force est, en Inde, une tentation vouée à la brutalité. La police n’a ainsi pas hésité à frapper à coups de bâton, à punir et à humilier ces migrants qui ont été jetés sur les routes. Les dérives autoritaires sont aussi une menace. Par direction de la Cour suprême, les médias ne doivent désormais relayer que les informations officielles sur la pandémie. Des techniques de surveillance des citoyens confinés se développent dans certains Etats, au moyen de caméras, d’applications et de géolocalisation des téléphones.

[…] Les migrants restés dans la capitale sont à présent dépendants des distributions de nourriture. « Le secteur informel, qui représente 90% de la force de travail en Inde, est touché de plein fouet, explique Paranjoy Guha Thakurta. L’économie indienne se portait déjà mal avant la pandémie. La crise actuelle va plonger le pays dans une forte récession. » « Et la fracture entre riches et pauvres va s’élargir plus encore, poursuit-il. L’incapacité des autorités à anticiper en dit long sur la faiblesse de notre gouvernance face à la crise. » Harsh Mander, grand défenseur des droits de l’homme, alerte : « Cette période est terrifiante, dit-il. J’ai peur qu’elle dévaste les pauvres comme jamais depuis des décennies et crée la pire crise humanitaire depuis la Partition en 1947. »

https://www.letemps.ch/monde/verrouillage-linde-13-milliard-dhabitants-enclenche-une-tragedie-humaine

Dans les bidonvilles du monde entier, l’impossible confinement :

« Des policiers ougandais qui blessent par balles deux hommes tentant d’échapper aux mesures de confinement. Ou encore des policiers indiens qui frappent avec leurs matraques, parfois jusqu’à la mort, des habitants qui sortent de chez eux, ou qui les humilient en public. Dans les bidonvilles du monde entier, les mesures de confinement s’accompagnent de violences et, parfois, d’un déploiement de l’armée pour les faire respecter. « Imposer aux habitants le confinement, cela revient à les laisser mourir de faim », souligne W. Gyude Moore, ancien ministre des travaux publics au Liberia et chercheur au Center for Global Development.

[…] Le tiers de la population urbaine de la planète, celle qui vit dans des bidonvilles surpeuplés, est la plus menacée par le virus du Covid-19. « Le logement est devenu la protection première contre le coronavirus. Le domicile a rarement autant été une question de vie ou de mort », a déclaré le 18 mars Leilani Farha, la rapporteuse spéciale des Nations unies sur le droit à un logement convenable. Une situation d’autant plus préoccupante que ces campements informels manquent de centres de soins et concentrent des populations à la santé précaire, souffrant de malnutrition ou d’autres épidémies telles que la tuberculose. La fermeture des écoles, au-delà des conséquences sur l’éducation, menace de malnutrition des millions d’élèves en les privant de repas scolaires. « Les risques de maltraitance et d’exploitation sur les filles et les garçons sont plus élevés que jamais », s’inquiète l’Unicef.

[…] Dans les camps de réfugiés, une autre menace se profile : l’arrêt de l’aide alimentaire ou humanitaire. Le Conseil norvégien pour les réfugiés dit avoir perdu le contact avec 300.000 bénéficiaires de ses programmes au Moyen-Orient et s’inquiète des restrictions de mouvements dues aux fermetures des frontières, compromettant la distribution d’aide, y compris de savon, d’eau ou encore de kits hygiéniques. Sans parler du coût de transport de l’aide matérielle qui a explosé avec la réduction du trafic aérien et maritime. « Si les travailleurs humanitaires ne peuvent plus déployer une aide d’urgence à cause des mesures de confinement, les approvisionnements vitaux seront interrompus et les personnes déplacées perdront leur unique source de subsistance », a déclaré Jan Egeland, le secrétaire général du Conseil norvégien pour les réfugiés.

[…] Comment protéger ces bidonvilles alors que les autorités ignorent souvent tout d’eux, du nombre de cliniques ou de soignants – pas toujours déclarés – à la taille de la population, en passant par les points d’alimentation en eau ? En 2016, des chercheurs de l’université américaine de Virginie ont montré que cette méconnaissance conduit les autorités indiennes à sous-estimer le rythme de progression et l’ampleur de la grippe à Delhi et nuit à l’efficacité des campagnes de vaccination. « Les autorités sanitaires doivent travailler avec les représentants, souvent non officiels, des habitants de bidonvilles car ils ont une connaissance fine de la réalité du terrain et leur parole est respectée », explique Annie Wilkinson, chercheuse à l’Institut pour les études sur le développement en Grande-Bretagne. »

https://www.lemonde.fr/international/article/2020/04/06/dans-les-bidonvilles-du-monde-entier-l-impossible-confinement_6035744_3210.html

It's only fair to share...Tweet about this on TwitterShare on LinkedIn
24/04

Les articles de

Nos
Publications

Financial Communication in the Digital Era

La communication financière se transforme profondément avec le digital. Dans cet e-book, vous comprendrez les principales mutations dans ce domaine.

International social media strategies

Find out how to create and implement successful global-local social media strategies.